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Vente aux enchères du Vendredi 13 février 2009
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Lot 19 : [Concino Concini, maréchal d'Ancre]. Pierre Dupuy (1582-1651). Manuscrit…
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[Concino Concini, maréchal d'Ancre]. Pierre Dupuy (1582-1651) historien, garde de la Bibliothèque du Roi. Manuscrit autographe, Relation exacte de tout ce qui s'est passé en la mort du mareschal d'Ancre et en consequence d'icelle, durant quelques jours aprez, avril-mai 1617 ; 60 pages in-fol. en 3 cahiers, avec ratures et corrections.
Extraordinaire témoignage contemporain de l'assassinat du favori de Marie de Medicis et de la prise du pouvoir par Louis XIII.
Le manuscrit, de premier jet, présente de nombreuses ratures et corrections, et d'importantes additions marginales. Ce récit, avec une introduction plus importante et quelques lignes de conclusion supplémentaire dans lesquelles l'auteur avoue avoir eu « bon-part dans toute cette intrigue », fut publié pour la première fois à Leyde chez Jean Elzevier en 1659, dans l'Histoire des plus illustres favoris anciens et modernes Recueillie Par feu Monsieur P.D.P. [Pierre Du Puy] Avec un Journal de ce qui s'est passé à la mort du Mareschal d'Ancre ; il fut réédité en 1837 par Michaud et Poujoulat dans leur Nouvelle Collection des Mémoires pour servir à l'histoire de France. Longtemps attribuée au garde des sceaux Michel de Marillac, cette relation fut donnée à Honoré d'Albert de Cadenet, duc de Chaulnes (1581-1649), maréchal de France, et frère du duc de Luynes, le favori de Louis XIII ; s'il en fut peut-être l'inspirateur, le manuscrit permet d'en identifier l'auteur comme étant Pierre Dupuy.
La Relation s'ouvre par une vive mise en scène du drame : « Le Roy lassé de l'insolente ambition & avarice du Mareschal d'Ancre & de sa femme, & de la mauvaise conduitte des ministres qui avoient esté establis soubs eux, & considerant que les esprits en estoient tellement aigris et alterez dans son royaulme, qu'on s'y soubslevoit de toutes parts, & qu'il couroit fortune d'un embrasement universel & d'une subversion entiere s'il differoit davantage à y pourvoir, se resolut de s'asseurer de leurs persones et en donna le commandement au Sr de Vitry Cappe de ses Gardes, avec charge expresse d'arrester led. Mareschal prisonnier dans le Louvre, & plus tost le tuer s'il faisoit resistance : ou bien de l'aller assieger dans son petit logis si la commodité ne se presentoit de faire cet exploict dans le Louvre, voire de l'aller suyvre dans les Provinces, partout ou besoing seroit, en cas qu'il esvadast & qu'il sortît de Paris. Auquel cas S. Mté faisoit estat de se retirer à Meaux, ville capitale du gouvernement dud. Sr de Vitry, & y attendre l'issüe de l'entreprise & y mander ses armees »…
L'assassinat eut lieu à l'entrée du pont dormant du Louvre, au milieu d'une foule d'hommes du favori, et d'hommes du Roi : « Vitry donc, se tournant du costé ou estoit led. Mareschal, dez qu'on le luy eut monstré, luy porta la main sur le braz droict disant, (Le Roy m'a commandé de me saisir de vre persone) […] Le Mareschal en grand estonement dict (A me ?) et faisant un pas en arriere s'accula contre la barriere dud. pont, y fit semblant de vouloir porter la main sur la garde de son espee […] Vitry repliqua (ouy à vous) & l'empoigna de plus prez, fit signe à ceux qui le suyvoient, de charger et à l'instant Du Hallier (frère de Vitry), Perré, Guichaumont, Morsains, & Le Buisson se jetterent sur luy, & lascherent tout, en un moment chascun un coup de pistolet sans qu'on puisse sçavoir qui fut le premier, dont les deux ne porterent que sur le boys de la Barriere, les autres trois porterent l'un dans la teste entre les deux ieux, l'autre dans le gozier, & le troisiesme à la joue soubs l'œil droict. […] Sarroq donna un coup d'espee dans le flanc soubs le tetin (il s'estoit offerct au roy plus d'un moys auparavant pour tuer le personage) Taraud, donna deux coups d'espee dont l'un estoit dans le col, les autres en donnerent aussy, mais il estoit desja mort […] et Vitry criant (Vive le roy) luy donna un coup de pied »…
Les pages qui suivent racontent, avec d'abondants détails, comment la nouvelle fut donnée à la Reine Marie de Medicis, à la Maréchale d'Ancre, et enfin à Louis XIII qui s'écria : « Grand mercy, grand mercy à vous à cette heure je suis roy ». On relate aussi la fouille et l'examen du cadavre, l'enterrement en secret à Saint-Germain l'Auxerrois, le partage des biens et des fonctions du favori ; la foule déterre le cadavre et le traîne jusqu'au Pont Neuf où on le pend par les pieds à une potence : « ce peuple se rua de rechef sur ce corps tout pendu, les uns à coups de poings, les autres à coups de bastons, de couteaux, de poignars, et d'espée, d'autres luy crevèrent les yeulx, d'aultres luy coupperent le nez, les oreille et autres parties de son corps. Aprez ils luy avallerent les bras à coups d'espée, et puis luy coupperent la teste, et touts ces morceaux estoient portez ou trainez en divers quartiers de la ville avec des cris, acclamations, et imprecations horribles » ; il est dépendu, traîné en Grève où on le repend avec une poupée faite du linceul et figurant l'effigie de la maréchale ; puis on le traîne à la Bastille, on lui arrache les entrailles qu'on brûle ; devant sa maison au Faubourg Saint-Germain, on lui arrache le cœur qu'on brûle ; puis on va brûler le corps en Grève... Suit la relation détaillée des premiers actes par lesquels le Roi concrétisa sa prise du pouvoir, dont l'exil de sa mère à Blois…





