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Vente aux enchères du Mercredi 27 mai 2009
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Lot 40 : RARES CHAPITEAU ET COLONNE SCULPTÉS - Chapiteau : Roussillon…
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RARES CHAPITEAU ET COLONNE SCULPTÉS
en marbre rose et gris de Villefranche-de-Conflent. Le chapiteau, à la corbeille évasée, est orné sur les quatre faces de personnages illustrant l'Ancien Testament. Sur l'une, Le Jugement de Salomon : au milieu, le roi juge est debout, la tête couronnée, un bâton de commandement dans sa main droite tandis qu'il lève son autre main dans un geste d'autorité ; de part et d'autre, aux angles, les deux femmes prostituées, au visage rond encadré de cheveux mi-longs, l'une portant l'enfant emmailloté dans ses bras. Sur une autre, Moïse tenant d'une main les Tables de la Loi remises par Iahvé qu'il désigne d'un doigt levé vers le ciel. Sur une troisième face, Le Veau d'or entre deux adorateurs. Sur la quatrième, un ange, exécuteur de la justice divine, les ailes déployées, avec une épée dans une main et une flamme dans l'autre.
L'astragale est en tore et l'abaque en bandeau. Colonne lisse et cylindrique reposant sur une base circulaire moulurée avec socle carré aux angles soulignés de griffes en pointes creusées de nervures.
Chapiteau : Roussillon, Cloître de Saint Genis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales), premier tiers du XIIIe siècle.
Base et colonne : Roussillon, XIIe ou XIIIe siècle.
(Petits accidents et usures).
Chapiteau : Hauteur : 29,5 cm - Largeur : 35,3 cm
Hauteur total : 155 cm
Provenance :
Acquis par le docteur Maillant le 21 septembre 1957 auprès de la maison L.P. Bresset, Paris.
Le cloître de l'abbaye bénédictine de Saint-Genis-des-Fontaines, dont la construction s'est échelonnée sur plusieurs décennies, est l'un des nombreux cloîtres romans du Roussillon comme ceux de Saint-Michel-de-Cuxa, Serrabonne, Elne, Saint-Guilhem-le-Désert ou Saint-Martin-du-Canigou. A la différence des autres cloîtres, plusieurs variétés de marbre ont été utilisées pour son édification, du blanc veiné de gris bleuté des carrières de Céret, du rose veiné de blanc et de gris de Villefranche-de-Conflent ou encore du gris-vert d'une provenance mal définie. Beaucoup de ces cloîtres du Roussillon ont eu une histoire mouvementée et ont suscité dès le XIXe siècle l'intérêt des antiquaires ou collectionneurs à la recherche de pierres sculptées laissées à l'abandon. C'est à partir du démantèlement de nombreuses abbayes de l'ouest de l'Europe, en particulier celle de Saint-Michel-de-Cuxa, que se sont ainsi bâties les collections du musée des Cloisters à New York appartenant au Metropolitan Museum qui abrite de nombreux chef d'oeuvres du Moyen Age.
Le cloître de Saint-Genis-des-Fontaines n'a pas échappé aux tribulations de l'histoire et devint, après la Révolution, le siège d'une exploitation viticole à la suite de sa vente comme bien national en 1796. Son démantèlement eut lieu bien plus tard durant les années 1924 à 1926 lorsque deux sur trois des soeurs héritières cédèrent leurs parts à l'antiquaire parisien Paul Gouvert. Celui-ci, animé d'un zèle commercial peu commun, fit sculpter un certain nombre de chapiteaux et de colonnes supplémentaires ce qui lui permit de négocier deux cloîtres, certes plus petits que l'original : l'un - qui s'est avéré dans sa quasi-totalité d'époque - fut installé au château des Mesnuls (Yvelines), propriété du banquier Crissoveloni, et l'autre - où seuls deux chapiteaux médians sont authentiques - fut acquis par le Philadelphia Museum of Art (E.A.). Deux arcatures, trois chapiteaux, colonnes et bases furent donnés par le marchand au musée du Louvre. Les éléments du cloître restés sur place firent quant à eux l'objet d'un classement au titre des Monuments
Historiques.
A partir des années 60, l'Etat s'engagea dans des négociations pour le rachat des différents éléments. On put aboutir ainsi à la récupération de la partie conservée aux Mesnuls, sans espoir toutefois de rentrer en possession des éléments de Philadelphie achetés en bonne et due forme. De 1986 à 1988, la reconstruction du cloître de Saint-Genis in situ a pu cependant être entreprise à partir des éléments restés sur place, de ceux récupérés dans le château des Yvelines, des trois colonnes et chapiteaux "prêtés" par le Louvre et des moulages des éléments authentiques restés outre-Atlantique. Grâce aux traces du calepinage effectué lors du démontage en 1926, les pierres ont pu être remontées à leur emplacement d'origine. On peut ainsi apprécier la singularité du cloître de Saint-Génis-des-Fontaines où les trois couleurs de marbre, blanc, rose et gris-vert, ont été utilisées en alternance régulière selon un parti pris décoratif. Il manque cependant une colonne rose à l'ensemble aujourd'hui reconstitué. Cette colonne fut en toute vraisemblance enlevée en 1531, lors de travaux de maçonnerie dont on a connaissance grâce à un marché qui fut conclu auprès d'un tailleur de pierre d'Elne, afin de faciliter l'accès au puits ; l'arcature fut alors remplacée à cette époque par un arc en anse de panier selon la mode de la Renaissance. Le chapiteau de la collection Maillant ne peut donc être que celui ayant appartenu à cette colonne.
La corbeille correspond à la typologie de Saint-Genis avec un profil légèrement évasé, un abaque en bandeau et un astragale mouluré. Il est sans conteste de la même main que certains autres que l'on peut observer sur place avec cette facture bien particulière : sculpture en faible relief, peu raffinée, aux formes et modelés simplifiés avec des détails gravés, caractères qui ont fait penser aux historiens d'art que ces chapiteaux devaient être peints. Les scènes historiées sont rares et les thèmes religieux y font une apparition ponctuelle ce qui rend d'autant plus intéressant le chapiteau proposé ici. Des points stylistiques constituent comme une signature : les extrémités pointues des chaussures reposant sur l'astragale se retrouvent sur les représentations du chapiteau dit de la procession de l'abbé (voir fig. c) ou de celui du personnage levant un gourdin, les arcades sourcilières et le nez de Moïse sont comparables à ceux de l'abbé et on note enfin une schématisation semblable des plis des vêtements. De facture très éloignée de celle des chapiteaux de Saint-Michel-de-Cuxa ou de Serrabonne (XIe et XIIe siècles), ceux de Saint-Genisdes-Fontaines sont plutôt attribués au ciseau d'ouvriers sculpteurs que d'artistes réputés. Leur style disparate est le reflet de la durée du chantier qui s'est étalé sur plusieurs décennies durant le XIIIe siècle à une époque où l'art roman catalan commençait à perdre de sa splendeur. Les similitudes observées entre le chapiteau Maillant et celui dit "de l'abbé" qui porte le blason d'or losangé de gueule de Ramon de Centelles permettent de le situer vers 1200/1230, au début du chantier du cloître et peu après la mort de l'abbé.
Références bibliographiques :
G. Mallet, Les cloîtres démontés du Roussillon, Thèse université de Montpellier - 1992, Archives municipales de Perpignan, 2000; G. Mallet, Églises romanes oubliées du Roussillon, Montpellier, 2003; L. Boulet, R. Barde, L'Abbaye romane de Saint Genis que l'on dit des Fontanes, Saint-Genis-des-Fontaines, 2005.
COLLECTION DU DOCTEUR CHARLES MAILLANT (1898-1993) : LOTS 35 À 46
On entrait au 36 de la rue Charles Laffitte, dans le Neuilly résidentiel, plus près du Bois que du coeur bruyant de la Capitale ; on poussait la porte de cet hôtel brique et pierre et là, coupé du monde, pouvait commencer un voyage dans le temps et sur tous les continents. Dès le hall, sur chaque marche de l'escalier monumental qui desservait les étages, un masque, un buste, un chapiteau, une statue étaient là pour vous accompagner durant votre visite. Des idoles des lointaines Cyclades, des masques africains, des divinités précolombiennes, des poteaux des Iles Salomons et, dans chaque pièce, des meubles sévères, des saints, des Christs, des objets liturgiques du Moyen Age. Pas tant celui du XVe siècle, à l'expression souvent exubérante ou déjà aimable, non, mais celui, austère, sacré, mystique des cloîtres et des cathédrales.
Charles Maillant, né Mayer, se souhaitait expert en oeuvres d'art à l'exemple de son oncle Charles-Amédée Mannheim. Il dut se résoudre à faire sa médecine et devint ainsi pneumologue. Mais l'art sous toutes ses formes l'habitait. Violoniste à ses heures perdues, il s'adonna à la fabrication de meubles, de bijoux et de sculptures, faisant réaliser en métal les formes aériennes qu'il créait dans du carton découpé. Il écrivit une quinzaine d'ouvrage dans des domaines aussi différents que le sommeil, la volonté, la beauté, les rêves et même les aphrodisiaques dans lesquels l'aspect philosophique ou psychologique tient toujours une place prépondérante. Son admiration vis-à-vis de la nature est aussi manifeste à travers ses études sur les sociétés organisées de certains insectes telles les abeilles ou les fourmis. Mais le sujet que l'on devine sous-jacent de tous ces domaines d'intérêts demeure l'homme et, plus précisément l'Homme, Créature de Dieu. Son livre, le plus personnel, est sans conteste Dieu revu et corrigé qu'il écrivit en 1954 où il s'interroge sur le flot continuel de violences qu'engendrent les religions depuis des millénaires. Meurtri dans sa chair, il essaye de comprendre l'antisémitisme et d'expliquer la place des juifs dans la société.
Charles Maillant était un acheteur infatigable, hantant les galeries et les salles de vente, notamment Drouot “une mine d'or pour qui sait voir”. Il ne se passait pas une semaine sans une trouvaille ou un nouvel émerveillement. C'est dans le domaine de l'art médiéval que son goût trouva sa juste mesure, s'intéressant aux sculptures des XIIe et XIIIe siècles, âge d'or de la spiritualité. La pierre ne l'effrayait pas, n'hésitant pas à monter à l'étage de sa demeure colonnes, chapiteaux, gisants et fonts baptismaux. On ne trouve curieusement ni émaux de Limognes ni ivoires parisiens du XIVe siècle dans sa collection. Il avait plutôt l'âme d'un bâtisseur et aimait recréer des ambiances, accrochant des grandes fresques catalanes aux murs, des tapisseries mille-fleurs, installant des vitraux en guise de tableaux, jusqu'à son jardin évoquant celui d'un cloître avec un imposant bénitier entouré de buis taillés.
Des pièces de cette collection, et non des moindres, malheureusement sans indication de provenance, ont déjà fait l'objet de batailles d'enchères ou de transactions. Il a été possible de réunir dans cette vente une dizaine d'oeuvres d'art qui ne représentent qu'une toute petite partie de ce que cet amateur avait accumulé. D'une grande force expressive ou spirituelle, d'un style parfois atypique, d'origine prestigieuse ou d'une grande rareté, ces objets et ces sculptures ont chacun une histoire à conter et sauront, j'espère, faire revivre la personnalité singulière, passionnée, attachante, discrète et profondément humaine du Docteur Maillant.
Laurence Fligny
Quelques résultats de vente d'objets de la collection Maillant :
Siège cariatide, Zaïre, Luba (Vente Drouot, Mes Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur, 17 mai 1993, lot 39, 12 000 F)
Devant d'autel en bois polychrome, École catalane, vers 1200 (Vente Drouot, Mes Laurin-Guilloux- Buffetaud-Tailleur, 24 novembre 1993, lot 93, 100 000F)
Fresque murale, Catalogue, XIIe siècle (Vente Drouot, Mes Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur, 24 novembre 1993, lot 94, 120 000 F)
Joug en pierre, Vera-Cruz, Classique, vers 450-650 (Vente Christie's, Paris, 12 juin 2003, lot 671, 150 000 E)
Kero, début de la période coloniale, vers 1470-1560 (Vente Christie's, Paris, 10 décembre 2003, lot 426, 28 000 €)





