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Lot 125 - ARMAN - « COLERE DE CONTREBASSE», 1972 - Inclusion de contrebasse brisée et [...]

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ARMAN
« COLERE DE CONTREBASSE», 1972
Inclusion de contrebasse brisée et résine dans un emboîtage en plexiglas
Pièce unique
200 x 160 x 21 cm

Provenance :
- Galerie Ferrero, Nice
- Collection particulière

Bibliographie :
- Porte le n° 3984 des archives Denyse Durand-Ruel
- Porte le numéro 8208.72.200 des archives du Studio Arman, New York

« J’aime bien jouer à mettre des quantités sur d’autres, par exemple brûler un violon, faire exploser une voiture, démolir un piano à coups de masse, parce que j’ai toujours été conscient de ce que l’opération avait d’incongru, même si je la faisais très sérieusement »
Arman

C’est sans doute aux instruments de musique qu’Arman fit subir le plus grand nombre de variations. Sachant que son père jouait du violon, du violoncelle et de l’orgue, sa tante du piano ainsi que sa première femme, on comprendra que le travail de cette époque soit motivé par l’affectif, le psychologique allié à une rigueur mathématique. On comprendra aussi sa volonté de mettre à plat l’esthétique des instruments, de leur donner une autre fonction que la création de notes éphémères vouées à se volatiliser. Si l’on défini la musique comme étant l’organisation d’une durée par les règles, on comprendra que l’objet en soi ne puisse correspondre aux désordres imposés par le vacarme des hommes. Etre sous une autre forme ne peut passer que par la magnificence du saccage.
Dans cette composition de 1972, le couple destruction/reconstruction trouve sa démonstration et son accomplissement en dehors de sa forme achevée. C’est au contraire par l’acquisition d’une nouvelle forme que l’instrument pourra acquérir un nouveau sens. L’artiste novateur est celui qui est capable de produire des images nouvelles propres à incarner son temps, ce que pensait André Malraux en écrivant « l’artiste n’est pas le transcripteur du monde, il en est le rival ». Par l’acuité du regard, par la force de la pensée, par un confondant sens du mouvement Arman confère aux objets sur lesquels il intervient, une expressivité qui a la puissance d’une narration mystique. Violence visuelle, violence morale à l’image de la violence d’un monde où rien n’est donné, où tout doit se conquérir. Cependant s’il y a indéniablement célébration de la violence, celle-ci n’est pas hostilité mais carburant pour tordre le cou à l’académisme. Reconstruction salutaire, radicale, iconoclaste et blasphématoire, cette “Colère de contrebasse” dépasse le discours pour atteindre à la fois l’universel et l’intemporel. La prolifération d’éléments fragmentés issus de la dislocation inaugure une gestuelle nouvelle, une irréversibilité artistique que l’on peut rapprocher du mythe de Prométhée modernisé.

Dans leur forme initiale les instruments de musique ont pour fonction principale la transformation de l’air en instants mélodiques voués à une inexorable disparition. Arman en agissant sur l’objet, va lui offrir bien plus qu’une transformation : une immortalité. Sur cette contrebasse protégée par le plexiglas et qui maintenant parle un autre langage, le temps n’aura plus de prise. Par la volonté d’une pensée, par la volonté d’un geste va naître un état de survivance qui sera l’affirmation que la destruction peut être autre chose que la fin des temps.

Cette œuvre se présente à notre regard comme une provocation, comme l’affirmation qu’il n’y a de valeurs que dans l’agression du sens, dans sa transmutation, sa transfiguration et dans l’immanence d’une volonté farouche, antidote à la barbarie moderne et à l’aveuglement du temps. « L’art c’est la guerre, mais une guerre sans merci où l’on ne fait pas de prisonniers ».
En créant cette œuvre “Colère de Contrebasse” Arman démontre avec une force peu commune qu’il existe un droit de l’objet à l’expression organique et directe. Mutation irréversible du phénomène de destruction et de restructuration qui nous invite à assister à un étonnant baptême artistique.


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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes