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Lot 231 - George SAND. 136 L.A.S., Paris ou Nohant 1844-1858, à son homme d’affaires Gabriel [...]

Estimation : 15 000 € / 20 000 €

George SAND. 136 L.A.S., Paris ou Nohant 1844-1858, à son homme d’affaires Gabriel Falampin ; environ 210 pages la plupart in-8, montées sur onglets et reliées en un volume in-8 demi-veau fauve.
Importante correspondance à son homme d’affaires, qui jette un jour nouveau sur les conditions d’existence de George Sand, sur sa fortune et sur ses biens, sur ses revenus et sur ses problèmes d’argent (rentrées difficiles, nombreuses dettes), ses dépenses et ses besoins, etc. Nous ne pouvons en donner ici qu’un trop bref aperçu.
Elle charge Falampin de faire rentrer l’argent qui lui est dû par des journaux et revues (La Réforme), d’examiner ses traités avec les éditeurs Perrotin, Garnier ou Hetzel. Falampin était également directeur artistique de L’Illustration. Elle le prie de commander des vers au poète-ouvrier Charles Poncy : « il n’y a aucun moyen de lui faire accepter de l’argent si ce n’est en payement de son travail de maçon ou de poète »… Elle écrit pour lui un article sur les tapisseries de Boussac (la Dame à la Licorne), et elle lui envoie des dessins de son fils Maurice, notamment « un aspect très fidèles des pierres jômatres, ce cromlech celtique qui figure dans Jeanne »...
À la fin de 1847, elle le charge de négocier avec l’industriel Delatouche la vente d’Histoire de ma vie, « une série de souvenirs et de réflexions, où je tâcherai de mettre quelque intérêt et quelque utilité pour toutes les classes de lecteurs. Ce ne seront point des confessions à la Jean-Jacques, ouvrage que je blâme autant que je l’admire, et où il confesse tout le monde, ce que je trouve assez sournois et rancuneux. Dieu merci je ne ferai de peine et de mal à personne. Il y a longtemps que je travaille à ramasser les matériaux de mes petits mémoires. Je n’ai plus qu’à mettre en ordre » (20 décembre 1847).
Falampin suit également pour Sand le procès qu’elle a intenté à la suite de la reproduction illicite de La Mare au Diable. Elle lui parle d’un projet d’édition expurgée de Rabelais qui permettrait « d’initier les femmes et les jeunes gens à un chef-d’œuvre »… Elle prie Falampin de négocier avec Le Siècle la vente de de La Petite Fadette (septembre 1848), et d’en récupérer le manuscrit au journal Le Crédit.
Elle parle des loyers et du bail de son appartement de la rue Saint-Lazare (square d’Orléans qu’elle habite avec Chopin).
En mai 1847, Chopin a été « très dangereusement malade pendant que j’étais clouée ici [à Nohant], ne pouvant quitter ma famille d’un instant, et tout cela m’a émue et brisée plus que de raison. Le voilà encore une fois sauvé »... Elle donnera bientôt congé de son appartement ; mais elle garde l’atelier de peintre de son fils Maurice. Elle ne veut plus que Marie de Rozières s’occupe de ses affaires....
George Sand se montre ici une femme avisée, attentive à la gestion de son patrimoine, notamment de l’hôtel de Narbonne, rue de La Harpe à Paris, dont Falampin est le gérant ; elle s’inquiète des dépenses et des travaux. Ainsi (11 novembre 1846) : « Les dépenses me paraissent énormes, et je voudrais bien que vous ne fassiez plus faire de ces grands travaux qui augmentent mon budget, sans augmenter les revenus. […] Vous me direz que la valeur augmente en raison de mes dépenses. Je crois le contraire; car au printemps dernier, lorsque je vous ai interrogé sur la valeur de cet immeuble, vous m’avez dit au moins 230 000 f. Et maintenant quand nous venons d’y faire pour environ 5 000 f. de dépenses nouvelles, vous terminez votre état de situation par une évaluation du capital à 200 000 et même 190 000 f. […] Il valait donc mieux laisser les choses dans l’état où elles étaient et ne pas me fendre encore d’une somme, pour une augmentation de revenus dont je ne jouirai pas, ni mes enfants non plus, car une propriété semblable est une ruine. Vous m’aviez dit, il est vrai, que vous feriez diviser les grands appartements en petits, et j’avais approuvé, mais je n’avais pas l’idée que quelques cloisons à établir pussent coûter 5 000 f. […] Je trouve aussi l’éclairage à 300 f. par an exhorbitant, et je crois que le concierge vous trompe là-dessus. […] Mes portiers les plus voleurs n’ont jamais atteint ce chiffre dans leurs mémoires antérieurs à votre gestion »….
À la fin de 1846 et en 1847, elle prépare le mariage de sa fille Solange avec Clésinger (19 mai 1847), et recommande le plus grand secret à Falampin. Elle donne à sa fille l’hôtel de Narbonne par contrat de mariage. Mais la brouille avec son gendre survient bien vite ; les dettes de Clésinger vont l’obliger de vendre l’hôtel de Narbonne. Sand ne veut pas que son fils Maurice soit lésé par la suite dans sa part d’héritage. Elle parle longuement de ses différends avec sa fille et son gendre. Ainsi, le 19 août 1847, après une explication désagréable avec Clésinger : « Ma fille m’a fait beaucoup plus de peine, en ne dirigeant pas bien cette tête violente et faible en même temps. J’ai été forcée de me montrer sévère et de ne pas céder à des exigeances qui eussent peu à peu compromis je ne dis pas mon avenir, je ne pense jamais à cela, mais celui de mon fils qui est le plus doux et le plus juste des êtres. J’ai trouvé mal qu’on ne m’eût pas avoué, lorsque je questionnais avec sollicitude et indulgence, quelques dettes que l’on ne m’a confessé que lorsqu’on a prétendu me les faire payer. Je n’ai voulu autoriser un emprunt sur la dot de ma fille, qu’à la condition d’en savoir et d’en surveiller l’emploi. On me fait un grand crime de cela, et moi, je crois avoir rempli mon devoir. On s’est pris en outre d’une folle jalousie pour ma pauvre Augustine [Brault, que Sand a adoptée] qu’on a abreuvée de chagrin et la vie commune est devenue intolérable dès le premier essai. J’ai été et je suis encore très malade de ces malheurs domestiques dont la cause n’emportait certainement pas les résultats. La crise dans laquelle mon gendre s’est placé n’avait rien de grave en elle-même. Ses dettes n’étaient pas exhorbitantes et rien n’était plus facile que d’en sortir sans colère et sans bruit. Mais son cerveau est aussi faible qu’exhalté, et celui de ma fille est beaucoup trop entier »... Et le 22 novembre 1847, après une entrevue douloureuse avec Solange : « ces malheureux enfants, qui sont réellement fous à l’heure qu’il est, sont bien méchants dans leur folie. Ils ne respectent rien ni personne. Pour un peu, ils m’accuseraient de friponnerie moi-même. Ils m’ont fait bien du mal, ils m’en font encore et ils m’en feront toujours »... Elle sera soulagée d’apprendre la séparation de biens entre les deux époux, en juillet 1848.
Au début de 1849, elle est « sans argent », et presse Falampin de régulariser l’affaire de la rente qui lui revient de son demi-frère Hippolyte Chatiron, et celle de l’arrêt rendu par la Cour de cassation à son profit contre la commune de Nohant-Vic. En mai, elle veut liquider l’inscription de rentes sur l’État au profit de son fils, mais se heurte à des difficultés avec le Trésor…
En 1850, elle hésite à s’inscrire à la Société des Auteurs dramatiques : « J’ai dans l’idée que c’est un coupe-gorge, mais enfin puisqu’il n’y a pas moyen de l’éviter je signerai quand on me mettra en mesure de le faire »… Elle s’inquiète de l’annonce d’une Petite Fadette aux Variétés. Elle le charge d’empêcher les représentations de François le Champi, pour garder ses droits sur la pièce ; il doit également vérifier les recettes déclarées par les théâtres pour lui payer ses droits... Devant prendre un nouveau fermier, elle prie Falampin d’examiner les garanties des personnes qui se présentent.... Elle le pousse à réclamer le paiement de l’amende à laquelle la Société des Gens de lettres a été condamnée contre elle : « Je ne suis pas intimidée de leurs injures »… Elle le prie de se renseigner discrètement « sur la situation actuelle d’une ancienne femme de chambre à moi dont la fille est ma filleule et que je secours depuis de longues années sans trop savoir si je ne suis pas exploitée »… Le 24 mai, elle se plaint de la lenteur avec laquelle Falampin répond à ses questions, et elle se demande s’il veut continuer à se charger de ses affaires…
En février-mars 1851, ayant besoin d’argent après avoir fait de grands travaux à Nohant, elle charge Falampin de récupérer l’argent qui lui est dû sur les représentations de Claudie à la Porte Saint-Martin et la reprise de François le Champi à l’Odéon ; elle surveille de près et conteste les comptes fournis par les agents dramatiques. Elle le prie de trouver « un bon sujet, homme ou femme, qui saurait faire la cuisine passablement », pour remplacer sa cuisinière qui se meurt. Elle lui demande aussi de récupérer à la Revue des deux mondes le manuscrit de son roman Le Château des Désertes, qui doit lui être rendu après la publication.
En janvier 1852, elle charge Falampin de renouveler son abonnement à La Presse, et lui recommande de ne pas donner son adresse parisienne, 3 rue Racine : « Je me cache comme toujours, pour éviter les ennuyeux mais non pour cause de danger »…
Le 19 décembre 1854, elle envoie son article sur les Visions de la nuit dans les campagnes, avec « six bois » de son fils : « Maurice vous demande de faire graver avec un peu plus de soin que de coutume, de ne pas faire trop charger les fonds et noircir les transparences, afin de laisser détruite le moins possible ses petits effets nécessaires aux sujets »…
Elle accuse réception d’envois d’argent, ou charge Falampin de diverses commissions ou paiements : achat de plumes, commandes de livres, vin de champagne, notes d’épicier, paiement d’un livre sur la Flore du centre de la France, etc.
Correspondance (éd. G. Lubin), t. XXV. Ancienne collection du Colonel Daniel Sickles (XVII, n° 7663, 25-26 octobre 1994).

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