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Lot 40 - BUREAU PLAT - Attribué au « Maître aux Pagodes » (actif à Paris vers 1730) - [...]

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BUREAU PLAT
Attribué au « Maître aux Pagodes » (actif à Paris vers 1730)
Paris, époque Régence, vers 1730
Bâti de chêne, placages de bois violet et d’amarante, bronzes dorés et cuir
H. 78 cm, L. 168 cm, P. 93 cm
Références bibliographiques
Alexandre Pradère, « Le Maître aux pagodes, un ébéniste mystérieux », L’Estampille l’Objet d’art, 256, mars 1992, p.22-44
Cet ébéniste avait déjà été mis en évidence par le même auteur en 1989, dans son ouvrage Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, p. 124-127
Ce bureau plat aux formes chantournées ouvre en ceinture par trois tiroirs et repose sur quatre pieds fortement galbés. Il est plaqué toutes faces de frisages de losanges, formant un motif en pointes de diamant, disposés en réserves recouvrant chacun des tiroirs sur les faces de la ceinture et sur les côtés, délimitées par une large bande dont le jeu de lamelles diagonales du bois de placage rappelle celui présent sur les pieds du bureau.
Les montants sont soulignés par une importante chute en bronze doré, composée
de deux volutes réunies en leur partie inférieure dans un double refend d’acanthe et
enserrant par le haut un masque de triton, dont la barbe se prolonge par deux corps
de dauphins entrelacés à queues épanouies, laissant s’échapper un fleuron d’acanthes mouvementées, d’où naît un motif d’entrelacs godronnés. Les chutes se prolongent avec une fine moulure en bronze dissimulant les arêtes des pieds, les réunissant ainsi aux sabots en volutes surmontées d’un motif de feuillages.
Disposés en saillie, les tiroirs latéraux du bureau sont soulignés par deux bronzes de
refend composés de feuilles d’acanthe à jour formant des enroulements de volutes
agrémentés de fleurettes et soulignés de registres de perles et de godrons perlés. En leur centre est disposée une poignée mobile de bronze, à décor incisé de godrons torsadés, prolongée par deux fleurons d’acanthe et prenant appui sur deux palmettes suggérant des coquilles. Chacun des trois tiroirs présentent une entrée de serrure, également de bronze doré, en forme de cartel chantourné, souligné de volutes et à fond guilloché, couronné d’une coquille cannelée et de trois petits de fleurons. Sur les côtés, dont la partie inférieure de la ceinture forme un tablier cintré, sont disposées deux appliques de bronze doré représentant un masque féminin, probablement une tête de Daphné, dont les cheveux réunis en nattes sous le menton laissent s’échapper des feuilles de laurier ;posée sur deux volutes adossés, celle-ci est coiffée d’une ample palmette suggérant une coquille à cannelures ornées dans leurs champs de fleurons dressés et d’une chute médiane surmontée d’une double volute et d’une petite palmette. Le plateau rectangulaire est ceint par un quart-de-rond mouluré dont les écoinçons en forme de cartouche trilobé, à décor de palmettes et de feuilles d’acanthe, sont ornés d’un motif à jour perlé, le tout en bronze doré. Son champ, délimité par un encadrement formé par une large bande de chevrons de bois violet disposée entre deux filets d’amarante de largeurs inégales, est recouvert de maroquin brun, frappé en son pourtour d’un motif de fleurons, doré au petit fer.
Notre bureau appartient à un groupe très homogène de meubles, composé quasi-exclusivement de commodes - trois en tombeau et trois à la Régence - et de six bureaux, tous aux mêmes placages d’amarante et de bois violet et au répertoire de bronzes décoratifs identique. Tout cet ensemble fut attribué par Alexandre Pradère au Maître aux pagodes, ébéniste anonyme dont la production correspond à une tranche chronologique située entre les années 1725 et 1735.
Notre modèle est stylistiquement le plus évolué des six bureaux inventoriés rattachés à la production du Maître aux pagodes. Tous ont été réalisés dans les années 1725-1730. Ils se caractérisent, entre autres, par l’aspect typique de leur ceinture, avec les tiroirs latéraux formant un léger ressaut et celui médian plus étroit, tous découpés en leur partie inférieure suivant un trajet en anse de panier, dont les contours très graphiques conservent pour deux d’entre eux encore un caractère assez archaïque, qui n’est pas sans rappeler celui des bureaux réalisés dans de la seconde décennie du XVIIIe siècle. Alors que, plus fluide et sinueux, le dessin de la ceinture de notre modèle, dont les tiroirs latéraux sont arrondis et celui médian présente une découpe ondulante suggérant un mouvement en arbalète, appartient déjà au style Louis XV des années 1735.
Présente sur les cinq bureaux plus anciens de la série, la platebande en bronze guilloché, qui délimite les compartimentations de la ceinture, est absente sur notre bureau. De même, les « portants » ou refends en forme de dragons festonnés en bronze, employés invariablement sur les tiroirs des cinq bureaux, ont été remplacés sur ce bureau par un élément plus conforme à l’orientation stylistique des années 1735, composé d’un enroulement de volutes feuillagées et fleurs d’acanthe formant une chute à jour (motif qui ne se retrouve par ailleurs que sur une commode estampillée de Jacques-Philippe Carel aujourd’hui conservée dans les collections Royales de Suède, inv. HGK405).
Trois types de chutes furent employés sur les bureaux : sur le plus ancien de la série, des chutes à rocailles, coiffées d’un cartel renfermé dans une volute recroquevillée, des chutes composées d’une fleur de tournesol dans un cartouche posé sur les deux volutes et enfin, des chutes à visages de tritons présentes sur notre bureau. Autre élément d’appartenance, le placage à frisages en pointe de diamant qui recouvre notre bureau est identique à celui d’une des commodes en tombeau (Vente Paris, Palais Galliera, 15 juin 1971, n° 105) et d’une des commodes à la Régence (Vente Christie’s Monaco, 1er juillet 1995, n° 198). Les sabots en bronze sont, quant à eux, en forme de griffes de lion feuillagées (hormis ceux pointus du bureau de l’ancienne
collection Normanton ) et tous se rattachent cependant à la tradition boullienne.
Enfin, dernier élément important dans l’étude de l’attribution au Maître aux pagodes est l’applique en bronze inspirée des oeuvres de Charles Cressent présente sur les petits côtés. Renfermant un masque féminin couronné par une palmette à jour, elle illustre probablement une tête de Daphné (branches à feuilles de laurier entremêlées dans ses cheveux). On retrouve par ailleurs ce motif sur des pièces estampillées
par Nicolas Sageot réalisées avant 1720 (notamment des armoires en bibliothèque en marqueterie Boulle).
L’existence de telles différences stylistiques, des bronzes inspirés soit du répertoire de Boulle, soit de celui de Cressent, des références chinoisantes ou d’autres plus sobres et équilibrés (chutes à têtes de tritons) sur un nombre très limité de meubles réalisés sur une si courte période, témoignent d’une pratique mise en évidence par Alexandre Pradère :
la présence d’un commerce de meubles de luxe réunissant ébénistes et bronziers parisiens destiné à contenter la riche clientèle aristocratique et princière dont les goûts évoluent rapidement.
Grâce à la découverte en 1996 sur une commode en tombeau, meuble phare de l’oeuvre du Maître aux pagodes, de l’estampille NG , à savoir Noël Gérard (1685-1736), on a pu comprendre toute la démarche stylistique du Maître aux
pagodes.
Ebéniste de formation, Noël Gérard devint l’un de plus importants marchands merciers parisiens lorsqu’il reprit en 1725 Le Magasin général, ouvert depuis 1722 par Hubert Houdart. Il y développa un commerce de meubles de luxe d’une ampleur sans précédent, s’appuyant principalement sur un solide réseau socioprofessionnel. Basée sur le principe de la sous-traitance en cascade, la production était orchestrée par Noël Gérard qui se réserva un rôle directeur (son inventaire après décès ne mentionne d’ailleurs aucun outil d’ébénisterie).
Le nombre important de pièces portant l’estampille NG confirme bien son rôle de décideur et témoigne de l’« esprit » des productions commercialisées par Le Magasin général. Le nom de Noël Gérard semble donc s’imposer définitivement sinon comme auteur, du moins comme commanditaire et revendeur des oeuvres d’ébénistes parisiens et en l’occurrence du Maître aux pagodes fusse-t-il l’un des fils Boulle, comme l’a suggéré Alexandre Pradère, ou bien un autre ébéniste dont d’anciens documents non encore retrouvés à ce jour cachent toujours l’identité. Les pratiques commerciales de Gérard, qui savait s’adapter au goût du jour et à celui d’une certaine clientèle, justifieraient donc l’existence de deux groupes de meubles, assez individualisés notamment par leurs parures, qu’on peut déceler parmi les créations du Maître aux pagodes : le premier, celui avec un surcroît de bronzes d’aspect chinoisant et le second, plus sobre et plus équilibré, orné de chutes à têtes de tritons. Et, c’est vraisemblablement parmi la clientèle du Magasin général, illustres aristocrates, financiers ou diplomates, que se comptait le propriétaire originel de ce
bureau.
Par sa puissance et par son équilibre, notre bureau représente une oeuvre significative de transition entre l’excès du rocaille, tel qu’il se faisait ressentir chez le Maître aux pagodes à ses débuts, et le mobilier plus assagi caractérisant le style Louis XV symétrisé des années suivantes. Il constitue également un maillon important dont l’analyse permet de reconsidérer les rapports entre le Maître aux pagodes et Noël Gérard et ouvre un jour nouveau sur les relations entre ces deux importants protagonistes de la fabrication du mobilier parisien et de sa commercialisation pendant les premières décennies du XVIIIe siècle.

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