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Lot 49 - Claude III AUDRAN (1658-1734) - Exceptionnel ensemble composé de deux hauts lambris [...]

Estimation : 40 000 € / 60 000 €

Claude III AUDRAN (1658-1734)
Exceptionnel ensemble composé de deux hauts lambris se répondant et d’un lambris rectangulaire peint sur toile à l’huile sur un fond d'or au commencement du XVIIIème siècle :

- Un lambris rectangulaire (peut-être un dessus de porte) à décor arabesque d'un Bacchus aux léopards, dans un entourage de treille suspendue, de part et d’autre deux brûle-parfums le tout surmonté d’un masque de femme. De part et d’autre du mascaron, deux coquilles et deux perroquets placés symétriquement. Sur fond d'or.
H. 98 cm, L. 117 cm Il faut probablement voir dans ce dessus de porte une allégorie de l’Automne dont la rare iconographie est à rapprocher du fronton sculpté par Jean-Baptiste Poultier (1653-1719) sur le pavillon Vendôme à Clichy où nous savons qu'Audran intervint pour de nombreux décors entre 1699 et 1702 (et dont seul le plafond du grand salon subsiste).
- Un haut lambris à décor arabesque d'une figure allégorique de femme maintenant une bêche plantée en terre, probablement Pomone, assise sur un tertre, dans un entourage d’arabesques, encadrée par deux jeunes homme ailés. Elle surmonte un médaillon en grisaille, entouré de roses, représentant un putti taillant un arbre. De part et d’autre de ce médaillon, deux vases Médicis contenant des fruits, surmontés de trophées suspendus aux outils du jardin. Sur fond d'or. H. 132 cm, L. 80 cm
- Un haut lambris à décor arabesque d'une figure allégorique de femme tenant un sceptre dans sa main, probablement Flore, sur un tertre, dans un entourage d’arabesques, encadrée par deux jeunes hommes ailés, surmontant un médaillon en grisaille, entouré de roses, représentant un putti versant de l’eau dans un jardin. De part et d’autre de ce médaillon, deux vases Médicis contenant des fleurs, surmontés de trophées suspendus aux outils du jardin. Sur fond d'or. H. 132, L. 80 cm

Commencement du XVIIIe siècle. Rentoilage et restaurations à signaler.

Provenance :

- Peut être conçus pour le pavillon Vendôme à Clichy entre 1699 et 1702.
- Probablement dispersés vers 1720 et acquis par la famille d'Harcourt.
- Collection d'Harcourt, puis par descendance.


Les trois panneaux que nous présentons sont à considérer comme le témoignage précieux d’un ensemble plus important qui devait orner tout un salon doré où petit cabinet peut-être voulu par Philippe de Vendôme (1712-1727) pour le pavillon de Clichy lors de son réaménagement effectué entre 1699 et 1702 dans le plus pur raffinement emblématique du commencement du XVIIIème siècle.
Il faut s’imaginer une pièce entièrement consacrée aux Saisons et l’Art du Jardin comme en témoigne l’iconographie de nos panneaux. Après 1720, Louis Armand de Bourbon, prince de Conti (1695-1727) devint le nouveau propriétaire du pavillon de Clichy et y effectue de nombreux travaux réaménagements, il nous est permit de penser que c'est à cette époque que les décors d'arabesques par "Audran du Luxembourg" furent remplacés à l'exception du plafond du grand salon d'honneur qui subsiste aujourd'hui. Il semblerait qu'après leur démantèlement, ces trois panneaux se soient très tôt retrouvés dans la famille d’Harcourt. Au XIXème siècle ils sont notamment exposés dans l’un des trois hôtels particuliers de la famille qui faisaient l’angle entre la rue de Constantine et de l’Esplanade des Invalides plus connu sous le nom de «mur d’Harcourt».

L’attribution de cet exceptionnel ensemble sur fond or à Claude III Audran trouve un sens probant en comparaison avec les décors peints se retrouvant sur au moins deux clavecins conservés dans les collections nationales : tout d’abord un clavecin du facteur Ioannes Rückers conservé au château de Versailles (VMB 14382) décoré par Audran en 1704 ainsi que le clavecin du facteur Ioannes Couchet conservé au musée de la Philharmonie de Paris (E.2003.6.1) décoré en 1701.
Par ailleurs les figures allégoriques peintes sur les hauts lambris que nous présentons sont à rapprocher des cartons de tapisserie des douze mois grotesques livrés par Claude Audran pour la chambre de Monseigneur au château neuf de Meudon. Et enfin les médaillons des petits amours en grisailles se retrouvent sur un plafond redécouvert en 2009 à Paris et attribué à la triple collaboration de Claude III Audran et de ses deux célèbres praticiens : Antoine Watteau et Nicolas Lancret.

Né d’une famille de graveurs et peintre français de décorations murales, Claude Audran III (1658-1734) est l’élève de son père et de son oncle Claude II. Membre de l’Académie Royale de peinture et de sculpture en 1675, il prend le titre de peintre ordinaire du roi en 1699 et obtient la charge de concierge du Palais du Luxembourg en 1704.
La renommée que connait son atelier au début du XVIIIe siècle et les rapports qu’il entretient avec les grands du royaume lui permettent de participer à la réalisation de plusieurs décors de grande importance tels que celui de la ménagerie de Versailles, de la chapelle de Versailles, ou encore des châteaux de Fontainebleau, Anet et Meudon. Toute la richesse de sa production réside dans son extrême variété : décorations murales, carrosses, clavecins, mais aussi broderies, vêtements d’église, vitraux et enfin tapis de la Savonnerie. Maître de Jean-Antoine Watteau, Claude Audran fut assisté de nombreux collaborateurs comme Paul Chéron, Pierre Nicolas Huilliot (1674-1751) peintre d’attributs et de décorations, François Taraval (1665-1715) peintre de fleurs, Antoine Watteau et le peintre animalier Alexandre-François Desportes (1661-1743). Il influença beaucoup l’art du décor intérieur, en participant à la remise au goût du jour, initiée par Jean Bérain, des décors arabesques, dont il se différencie par la délicatesse et la légèreté de son dessin. Germain Brice dans sa « Description de Paris » de 1792 qualifiait ses décors de « choses dignes d’admiration, plus belles et plus ingénieuses, que tout ce qui s’était encore vu jusqu’ici en France en ce genre singulier ».
Les commentaires de l’époque ainsi que la multitude de commandes reçues par ce peintre de grotesques et d’ornements attestent du succès qu’il a pu connaître et de cette production d’exception qui continue encore de susciter de l’intérêt.

La plupart des productions de Claude III Audran sont aujourd'hui détruites et ce rare ensemble à la provenance prestigieuse est un témoignage précieux et inédit des arts décoratifs sous le règne de Louis XIV.

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Thème : Eléments d'architecture, Boiseries Ajouter ce thème à mes alertes