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Lot 441 - Jean-Luc GODARD - Le Mépris

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Jean-Luc GODARD
Le Mépris
Manuscrit autographe, dont quelques feuillets tapuscrits. In-folio toilé. Daté avril/juin 1963.
- 59 p. in-4 autographes recto uniquement, numérotation manuscrite en haut du feuillet au centre + 24 p. in-4 tapuscrites avec nombreuses corrections, 58 lignes et 26 mots en tout ont été ajoutés sur 13 pages, ratures et annotations autographes de la main de Jean-Luc Godard. Ont été reliés à la suite des L.A.S. de Alberto Moravia, Fritz Lang, Michel Piccoli, Jack Palance et Brigitte Bardot.
Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs
Encore en mains privées, notre manuscrit autographe est celui du photographe de Brigitte Bardot, Ghislain [Jicky] Dussart, qui réalisait un reportage sur le film pendant le tournage. Laissons Brigitte Bardot évoquer son ami : C'est Ghislain Dussart qui me photographie nue et qui réalise les plus belles photos de ma vie. Nous avions, lui et moi, la légèreté complice et la force de l'amitié. Il me manque tant ! Anne, son épouse, est toujours près de moi. Jicky m'a aidée à fuir le monde, déchaîné des paparazzis et autres chroniqueurs qui, durant trente ans, ne m'ont laissé ni trêve ni repos
Les autres synopsis et scénarios dont nous avons connaissance sont essentiellement tapuscrits. Le fait de pouvoir donner à la vente un manuscrit à l'écriture appliquée et régulière de Jean-Luc Godard est une remarquable et inespérée, voire, une improbable opportunité. Comme si enfin nous pouvions maintenant accéder à l'impossible, à l'unique, à l'essence de la pensée, la gestation d'une œuvre.
Penser en même temps que Godard : en entendant Godard.
Le manuscrit comporte 13 séquences. Le film tel qu'il est sorti, après le montage en comportera 16. Notre séquence 5, la plus longue du film, est devenue la 8 finalement, avec de nombreuses modifications.
Adapté d'un roman de Moravia, l'histoire est celle de Paul Javal (Michel Piccoli), un écrivain français présent à Cinecittà pour le tournage de l'adaptation par Fritz Lang de L'Odyssée d'Homère, dont il a écrit le scénario. Paul Javal est à Rome en présence de sa jeune épouse, Camille (Brigitte Bardot), dont il se rend compte du mépris croissant qu'elle a pour lui.
Nous n'insisterons pas sur le mythe du film français le plus important des années 60. Le projet esthétique du Mépris est entièrement déterminé par ce contexte de la fin du cinéma classique et l'émergence de nouvelles formes révolutionnaires de récit. C'est assurément une œuvre moderne. Dans un certain sens, Le Mépris apparaît bien comme l'histoire de naufragés du monde occidental, des rescapés du naufrage de la modernité, qui abordent un jour, à l'image des héros de Jules Verne et de Stevenson, sur une île déserte et mystérieuse dont le mystère est inexorablement l'absence de mystère, c'est-à-dire la vérité (Jean-Luc Godard, 1963).
Godard réalise avec Le Mépris une mise en abîme du cinéma, un film dans un film, comme lorsque deux miroirs sont mis face-à-face : l'image devient infinie, vertigineuse. C'est une des premières fois où le cinéma est mis en miroir, l'image du film qui se reflète vampirise les personnages. Le reflet n'existe pas chez les vampires… tout est absorbé, l'amour, le cinéma, l'argent, le sexe, les producteurs, la beauté, la mer, l'écriture. La mort seule est réelle.
Camille meurt à la fin, comme Michel dans À bout de souffle, lui était un voyou fuyant sa vie, sa jeunesse aussi, Camille fuit l'absence d'amour, le mépris de l'homme, de tous les hommes.
Le Mépris est l'un des films les plus riches et les plus passionnants de Jean-Luc Godard, à la fois un magnifique et singulier hommage au cinéma, et une analyse puissante et profonde de l'hypothèse de l'évaporation du sentiment amoureux. Godard signe également une belle révérence envers Fritz Lang, à qui non seulement il offre de jouer son propre personnage, mais devant lequel il s'agenouille respectueusement en endossant lui-même le rôle de son assistant. Le Mépris est un film à propos du désir, très sûrement, mais également à propos du cinéma. Godard regarde l'art pour lequel il œuvre droit dans les yeux. Il cherche, expérimente et utilise tous les moyens à sa disposition pour le faire vivre… Pour au final nous décrire de la plus belle des manières la difficulté de réaliser un film en conformité avec ses aspirations…
Alberto Moravia dans le texte original monté en fin de volume (cf. infra) écrit un hommage magnifique à Brigitte Bardot, à la beauté éternelle, à la rencontre de deux monstres sacrés du cinéma universel : Bardot par Godard. Jean-Louis Bory, en 1971, lui rendra également hommage avec tout son talent de critique et en ayant le recul, les références, le temps et les comparaisons nécessaires. Un film devait être fait pour Brigitte Bardot, Godard l'a réalisé.
Le véritable Et Dieu… créa la femme , c'est Godard qui l'a tourné, et cela s'appelle Le Mépris. Le Mépris que nous voyons, c'est du pur Godard, et, je m'empresse de le dire, de l'excellent Godard. Le prétexte, l'objet du film, plus que le roman italien, c'est Brigitte Bardot. Ce que Vadim a imaginé dans son premier film, mais n'a plus été capable de réaliser, ce que Louis Malle a raté dans Vie privée, Godard l'a réussi. Le Mépris est le film de Bardot, parce qu'il est le film de la femme telle que Godard la conçoit et telle que Bardot l'incarne. Si le phénomène Bardot doit représenter plus tard quelque chose dans l'histoire du cinéma, au même titre que Greta Garbo ou Marlène Dietrich, c'est dans Le Mépris qu'on le trouvera. Je ne sais dans quelles conditions le tournage a eu lieu ni si Bardot et Godard se sont bien entendus. Le résultat est là : il y a rarement eu entente aussi profonde entre une actrice et son metteur en scène. (Jean-Louis Bory, in Des yeux pour voir Ramsay cinéma, 1971.)
Plusieurs documents ont été reliés à la suite :
- Alberto MORAVIA : L.T.S., en italien 1 p. In-4 avec corrections manuscrites et deux lignes manuscrites monogrammées. Admirable hommage à Brigitte Bardot, l'actrice et plus encore à la femme telle qu'elle est, magnifiée par Godard : J'ai été surpris en voyant que, dans la vie, Brigitte Bardot était très différente de la Brigitte Bardot à l'écran, c'est-à-dire beaucoup plus intéressante, plus étrange, plus insolite. Brigitte Bardot est extrêmement photogénique, ce qui est certainement un avantage pour faire du cinéma, mais, d'une certaine manière, c'est aussi un désavantage pour s'exprimer complètement. A l'écran, grâce à sa fantastique photogénie, Brigitte Bardot ne nous montre qu'une partie d'elle-même. Après avoir vu le visage étrange, surprenant, bizarre, imprévu de Brigitte Bardot en réalité, j'ai pensé que le film sur elle, le film qui nous la restituerait vraiment, n'avait pas encore été fait. Est-ce que ce sera Le Mépris ? Le personnage qui la révèlera sera-t-il Camille dans Le Mépris ? Je l'espère, aussi parce que j'ai pensé que Jean-Luc Godard était le seul réalisateur capable de le faire. (Traduction de l'italien).
- Fritz LANG : L.A.S., en français 1 p. In-4 à en-tête de l'Hôtel Forum à Rome. Signé Fritz Lang. En accord avec Jean-Luc Godard qui est mon metteur en scène dans Le Mépris je ne jouerai pas un rôle mais j'essaierai de donner un portrait de Fritz Lang au moins comme je me vois moi-même. Fritz Lang.
- Michel PICCOLI : L.A.S. 1 p. In-4 à en-tête de l'Hôtel Forum à Rome. Signé Michel Piccoli. J'espère non pas jouer un rôle mais incarner un personnage que j'ai la chance de fabriquer à tout instant avec Godard, fidèle à Moravia. Michel Piccoli.
- Jack PALANCE : L.A.S., en anglais 1 p. In-folio sortie d'un carnet à spirale. Signée Jack Palance. En haut de la feuille, il a signé Jérémie Prokosch, est-ce une forme d'appropriation ? Est-ce Jack Palance qui écrit cette lettre ou Prokosch ? Ce personnage de producteur positivement horrible, négatif, presque mafieux, véreux… visiblement idiot, intellectuellement bas ! Un rôle qu'il n'avait jamais joué et qui pour lui est un opportunisme explosif.
- Brigitte BARDOT : 4 lignes autographes signées sur la dernière page du communiqué de presse monté in-fine, elle a logiquement le mot de la fin et quel mot ! : Que pourrais-je ajouter ? L'accent me semble mis sur tout ce qui importe. Brigitte Bardot.
Bibliographie
- Michel Marie, Comprendre Godard, Armand Colin Cinéma, 2006.
- Marc Cerisuelo, Le Mépris, Les Éditions de la Transparence/Cinéphilie, 2006.

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