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Lot 155 - Vase à décor floral, Turquie ottomane, Iznik, vers 1575 - Vase à large col [...]

Estimation : 30 000 € / 35 000 €

Vase à décor floral, Turquie ottomane, Iznik, vers 1575
Vase à large col cylindrique tronqué, panse bulbeuse et petit pied circulaire évasé, en céramique siliceuse à décor floral polychrome sur fond d’engobe blanc, sous glaçure transparente, monture en alliage cuivreux à la base et au col.

Sous un anneau renflé orné d’une frise de fleurs en bouton sur fond bleu et souligné d’une frise de lambrequins polylobés à décor de deux brins d’herbe sur fond bleu moucheté, se déploie sur la panse un décor de tiges florales courbes alternant des prunus, des jacinthes, des tulipes, des roses épanouies ou en bouton, des fleurs composites ou encore des œillets. Le champ floral est fermé à la base par une suite de cercles concentriques noirs entre lesquels court une frise de fins chevrons noirs courbés. Fragmentaire, le vase a été enchâssé dans une monture en alliage cuivreux remplaçant le col et renforçant le pied. Le col cylindrique évasé dans la partie supérieure présente un décor finement ciselé de tiges florales d’espèces similaires à celles de la panse sur fond guilloché. Sous la lèvre, court une frise de palmettes bifides tandis que la base de la monture reprend la frise de lambrequins peinte sur céramique, créant une symétrie par rapport à l’anneau renflé.

Hauteur : 30 cm ; Diamètre de la base : 13,8 cm

état : éclat sous la panse, quelques tâches de bleu, anneau sur la monture suggérant l’ancienne présence d’un couvercle.

Provenance : collection française depuis la fin du XIXe siècle.

Une pièce de la période d’apogée d’Iznik
Le décor floral naturaliste couvrant notre objet est caractéristique de la production des ateliers impériaux d’Iznik dans les années 1570-80. Les espèces florales précisément identifiables trahissent le très grand talent d’observation de la nature des ornemanistes des naqqashkhaneh sultaniens. La blancheur de l’engobe sous-jacent, la finesse du trait d’exécution, l’utilisation du rouge éclatant et en relief et du vert émeraude s’accordant harmonieusement avec le bleu cobalt, situent l’oeuvre dans la production d’Iznik à son apogée qualitatif. Les fleurs sont souples, courbées à la base puis se redressent vers le col, comme pour souligner la forme bombée de la panse. La tête de certaines passe devant la tige d’autres, comme pour donner de la profondeur à la composition. La séquence florale montre plusieurs répétitions offrant des effets de symétrie et suggérant l’utilisation d’un pochoir par le peintre. Ce même instrument peut être à l’origine des quelques taches de cobalt visibles par endroits sur l’engobe blanc.
Vase ou bouteille ?
Vase à fleurs ou bouteille à eau, la fonction d’un tel objet est partagée. Si l’on en croit la typologie de formes établie par Atasoy et Raby1 , il s’agirait d’une bouteille à eau sürahi. Quel que soit le breuvage qu’elle contenait, on ne peut que s’étonner du grand diamètre du col qui en rend la préhension et la manipulation difficiles et laisserait plutôt présager un usage décoratif… Les auteurs précédemment cités attirent d’ailleurs notre attention sur les multiples fonctions qu’ont pu remplir les objets de céramique ottomane, citant l’exemple des chopes à boire utilisées comme vases à bouquet de fleurs2. Plusieurs miniatures ottomanes viennent mettre le doute sur la fonction d’autres objets courants dans la production mobilière ottomane tels que des pichets, des coupes et même des bouteilles qui bien qu’à première vue destinés à contenir et présenter les mets d’un banquet, sont exposés dans des décors d’intérieurs, posés sur des étagères ou des tables et garnis de bouquets de fleurs3!
Avec ou sans couvercle ?
L’étude attentive des miniatures ottomanes révèle également que la plupart des contenants en céramique étaient fermés d’un couvercle, qui pouvait être de la même matière que l’objet ou en métal. Ainsi plats, coupes, jarres, pichets pouvaient se fermer, tout comme les bouteilles de forme similaire à la nôtre, si l’on en croit l’arrière-plan de la scène de scriptorium sur une page du Şahnâme de Mehmet III par Ta’lîkîzâd, vers 1596, Bibliothèque de Topkapi Saray Müzesi, Istanbul, n°inv. H. 1609, fol. 74a. Les récipients ayant conservé leur couvercle se font cependant rares. On compte néanmoins quelques objets en céramique garnis de pièces métalliques. Certaines d’entre elles devaient être prévues dès l’origine pour compléter harmonieusement le corps de céramique, alors volontairement mutilé d’une de ses parties4. Mais la plupart des ajouts métalliques ont été pensés pour remplacer des manques, et ce parfois très tôt dans des ateliers locaux. Dans ce cas précis, le fin travail de ciselure du col offre un répertoire floral très complet et en parfaite harmonie avec le décor peint de la céramique. Il laisse penser que la monture a pu être volontairement placée peu de temps après l’exécution de la céramique et ne correspondrait alors pas à un acte de restauration plus tardive. La finesse d’exécution des motifs n’est d’ailleurs pas sans rappeler le décor d’autres pièces du XVIe siècle en métal5 ou même en cuir.
1 ATASOY, Nurhan, RABY, Julian, Iznik, La poterie en Turquie ottomane, Paris : 1996, p 39, fig. 33.
2 Ibidem, p 45.
3 Exemples sur une page du Divan-i Selimî, vers 1515-20, Bibliothèque de l’Université à Istanbul, n°inv. F. 1330, fol. 28a et
Page de livre, vers 1639, Bibliothèque de Topkapi Saray Müzesi, Istanbul, n°inv. H. 2148, fol. 11b. Reproduits dans Ibid.,
illustrations 12 et 14 p. 35.
4 Ibidem, p 40.
5 Voir par exemple la matara en tombak vendue chez Christie’s Londres le 2 mai 2019, lot 159.
Une soeur jumelle au Victoria and Albert Museum de Londres
Notre objet semble avoir trouvé un pendant dans une pièce des collections
du Victoria & Albert Museum de Londres inventoriée sous le numéro
Inv. 232.1876 et attribuée aux ateliers d’Iznik vers 1575. De dimensions
sensiblement égales (Hauteur : 31 cm ; Diamètre : 19 cm), l’objet londonien
est lui intact et intégralement en céramique ; il ne possède pas non plus de
couvercle. Présenté comme un vase, il arbore la même forme bulbeuse à
ressaut annelé séparant la panse du col et reposant sur un pied circulaire
évasé. L’organisation du décor est similaire : une panse à décor floral délimité
en haut par une frise de lambrequins au même remplissage et en bas
par la même frise de chevrons noirs courbés. Les espèces représentées
sont minutieusement décrites mêlant les mêmes types de fleurs, au traitement
proche, si l’on en croit le pistil étoilé des prunus. Enfin, la qualité du
traitement, la finesse du trait noir et l’éclat de sa palette bleu cobalt, vert
émeraude et rouge brique sur le blanc pur du fond, justifient l’attribution
du vase du Victoria and Albert Museum aux ateliers impériaux d’Iznik dans
les années 1575.

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Thème : Céramique, Verrerie Ajouter ce thème à mes alertes