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Lot 31 - COLETTE (Sidonie Gabrielle). Ensemble de 4 lettres autographes signées…

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COLETTE (Sidonie Gabrielle). Ensemble de 4 lettres autographes signées à son amie Annie de Pène. Lac de Côme, septembre-octobre 1916. 24 pp. 1/2 in-12 carré, en-têtes du « Grand Hôtel Villa d'Este. Lac de Como », 3 enveloppes.

Très belles lettres d'Italie, dans laquelle Colette évoque les retrouvailles avec son mari, ses proches, et la douceur de la vie italienne. Colette avait épousé en 1912 le journaliste Henry de Jouvenel (1876-1935), qu'elle surnommait affectueusement Sidi. Quand la guerre éclata, celui-ci partit pour le front, et fut affecté en 1916 dans une unité qui se battait contre les Autrichiens, sur le Carso près de Trieste. Colette avait bravé difficultés et interdictions pour le rejoindre à plusieurs reprises, à Verdun et en Argonne, le suivit à nouveau, et séjourna en septembre et octobre 1916 à Cernobbio, sur le lac de Côme.

- [Septembre 1916] : « ... Un mot pour vous dire, surtout, que vous ne m'apprenez pas le déménagement de L'Œuvre. Quand j'ai lu l'annonce «À louer, local à proximité de etc.» j'ai dit à Zou [compagne de Robert de Jouvenel, frère d'Henry] : «Zou, LŒuvre va déménager. - Comment le savez-vous ? dit Zou. - Je l'ai vu en rêve, répondis-je. Car les gens ne croient qu'au surnaturel ! Je songe beaucoup, parmi les pourparlers cinématographiques milanais, à votre idée de Comœdia illustré. Je ne la crois pas sans objections graves, et c'est aussi l'avis de Sidi. Je crois que l'apparence même de dépendre de L'Œuvre est un gros écueil... Il pleut. Sidi est revenu : la pluie est ravissante sur le lac !... Ma petite Annie, je rouvre ma lettre pour vous plaindre... C'est même deux ou trois drames, - le déménagement, les chats sans soins et sans pâtées, - et la perspective de vous voir vous éloigner. Je vous assure que la rive gauche est mille fois trop gauche pour vous ! Le général [Gustave Téry] est un sale sorbonnard qui retourne invariablement à ses premières amours classiques ; nous ne pouvons pas le suivre comme ça jusqu'à l'Observatoire, en passant par Bullier !... Passy, Auteuil, même les quais de Passy sont habitables... Dans la rue de Passy, il y a encore des maisons qui sont là pour l'alignement et l'emmiellement, mais derrière il y a jardins et pavillons. Trouvez, Annie, trouvez !... »

- « Mardi matin » [septembre 1916] : « Zou est fort heureuse depuis trois jours. Je n'ai donc rien à dire de plus, pour que vous sachiez la date de l'arrivée de Robert et son état de santé. Je suis moins contente, moi à qui le sort n'a donné que cinq jours de Sidi... Je me console avec le lac, qui est beau, sans trop de mièvrerie ni d'azur, et ces bords évitent victorieusement le chromo, ce qui est difficile. Quelle verdure, Annie ! Des arbres qui ont l'air de porter tout en double, feuilles, fleurs et fruits. Une terre qui sent la terre, qui sent la châtaigne, le ruisseau, le sous-bois... Un air de richesse solide qui déborde sur les femmes et les beaux enfants de l'hôtel ? Annie, il faudra ne pas l'oublier, si vous saviez quelle vie on nous fait, et pour quels prix. C'est inespéré. Élégances, élégances ! Trois toilettes par jour (pour les autres) et peau le soir... Annie, je rame ! Mes gros bras donnent des résultats superbes... Je vous traverse le lac, je vous le retraverse, traînant Zou, comme une flaque d'eau... Je suis fière comme le pou sur ses pieds de derrière... Vous devriez bien venir, avec «Guiustave». Il y a des noix fraîches grosses comme ma tête, et des figues telles, ruisselantes, miellées, craquantes de toutes parts, que nous allons à Cennobbio deux fois par jour (à 5 minutes) chez la petite marchande de figues, pour nous en gorger. C'est royal, ces pannerées de piments laqués, de melons saignants, de poires en or, de raisins en velours !... Je n'ai reçu qu'une lettre de vous, et venue lentement. Mais je vous en rapporterai une de Jeanne Muhlfeld [Jeanne Blanchenay, morte en 1953, veuve de Lucien Mühlfeld et belle-sœur de Paul Adam, qui tint un célèbre salon]... qui est la récompense de toute une vie, tant elle est complète !... »

- [22 septembre 1916] : « ... Ma petite Annie, cette réplique est bien pâle auprès du chef-d'œuvre que vous m'avez envoyé hier ! Sidi pleurait des larmes de bonheur en m'écoutant lire, j'y mettait l'accent, et le sentiment, enfin toute mon âme ! mais vous serez bien plus contente de la photographie que je joins au «drame». Voilà ce qu'on rencontre dans le parc, ici : c'est une jeune anglaise, mariée «en deux minutes» à un officier de marine français, qui conduit et possède ce chat charmant, un chat trouvé à Rome, et habitué à l'hôtel et à la laisse en 3 jours. Si vous le voyiez jouer dehors ! ça fait le deuxième chat de ma saison comoise, le premier était un angora persan blanc pur, attelé de rubans d'or. L'un et l'autre, quand on prend en mains leur harnais de promenade, sautent et ronronnent de joie... Sidi... nous ne le voyons guère, il part pour Milan le matin à 7 heures et revient le soir. Mais il est si mignon... »

Les cinq dernières pages de la lettre portent le texte complet d'une pétillante saynète dans laquelle Colette brocarde gentiment sa belle-mère et sa belle-sœur : « Mamita », c'est-à-dire Marie Dollé, épouse divorcée de Raoul de Jouvenel et mère d'Henry de Jouvenel, et « Didi », c'est-à-dire Édith Damase, demi-sœur d'Henry de Jouvenel, fille de Marie Dollé et d'Armand Chevandier de Valdrôme, diplomate mort en 1914. « Les Fiancés d'Édith (Drame). La scène représente une salle à manger grandiose, donnant sur une petite cour. Mamita - Hein, non, mais, croyez-vous, dites, qu'elle n'a pas de chance, cette pauv' Didi, voilà son troisième fiancé de tué depuis le commencement de la guerre !... Non, Didi ne l'avait jamais vu. Mais ça lui fait du chagrin, surtout que c'est le troisième. Elle se dit : «Je suis donc maudite !»... Non elle ne connaissait pas non plus les deux autres. Mais ça lui a fait bien de la peine tout de même. ‘Pas, mon Didi ? On t'en trouvera un autre, va, mon Didi !... Il est charmant, son futur mari, d'ailleurs. C'est le petit de Franqueville. Quand ils se marieront, ils vont aller en voyage de noces à Ceylan... et je suis sûr que le petit de Franqueville sera tout à fait de notre avis, ‘pas, mon Didi, - quand nous le connaîtrons ?... »

- [14 octobre 1916] : « ... On ne va plus oser blaguer Mamita, à cause d'Édith. Vous savez sans doute déjà que son état de santé est... grave. Elles vont quitter Paris pour un an. Si Édith partait sans Mamita, j'augurerais fort bien de sa santé future, mais Mamita l'accompagne, en mère héroïque qui veut disputer son enfant à la mort, et c'est bien regrettable... »

COLETTE
Correspondance à son amie Annie de Pène

Désirée Poutrel, dite Annie de Pène (1871-1918), écrivain et journaliste que Colette évoque dans le Fanal bleu, auteur de L'Évadée (1911), s'était mariée d'abord à Charles Battendier puis s'en était séparée pour vivre avec le journaliste Gustave Téry. Elle rencontra Colette vers 1909 et en devint une amie intime, mais mourut prématurément de la grippe espagnole en 1918. De son mari, elle avait eu une fille qui, écrivain et journaliste connue sous le nom de Germaine Beaumont (1890-1983), devint également l'amie de Colette.

2.500/3.000 €

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