Lot 325
1927 BUGATTI TY PE 37
TECL A 4
Châssis 37291 moteur 192 La Bugatti Type 37, 1500cc Sport, dite
TECLA 4, est produite de 1925 à 1929.
En juin 1927 sont mises sur le marché les
premières voitures à compresseur basées
sur ce modèle : Le type 37A ne sera
produit qu'à 76 exemplaires.
Après juillet 1927, seront encore
fabriquées 40 voitures du modèle type
37 sans compresseur dont les quatre dernières en juillet 1929.Les ventes sont
s'échelonner jusqu'en 1931, avec une
production totale d'environ 210 voitures.
Le moteur numéro 192 est assemblé
entre le 20 et le 30 juin 1927 ainsi que les
moteurs 191 à 194.
Les vilebrequins ne sont pas en acier
trempé comme le sont ceux des type 37A
produits à partir de juin 1927. Les voitures
à moteurs 191 à 195 sont assemblées en
juillet 1927. Le Registre de Facturation
de l 'Usine indique que la voiture est
facturée 46.400ff le 25 juillet 1927 à
JOUGLA et DELANOUE. Le Registre
de Vente Mensuel mentionne pour le
mois de juillet 1927 : « Jougla Delanoue
37291 /192 le 3 août 1927 ». La voiture
est expédiée, sans doute par chemin de
Fer, à Pau chez le commanditaire qui
est l'agent Bugatti pour les Pyrénées. Le
garage Jougla & Delanoue se trouve au
19 Cours Bosquet. Il est également agent
des automobiles Brasier et Mathis car
les clients Bugatti ne sont pas la majorité
du genre, même si les riches anglais et
espagnols sont des amateurs de belles
sportives françaises. Jeunesse à l'ombre
des Pyrénées et des pins des landes.
Le véhicule est immatriculé neuf dans le
département des Basse Pyrénées, trois
semaines plus tard. Cela semble indiquer
que le premier propriétaire privé n'a pas
commandé la voiture à l’Usine, mais
aurait plutôt succombé aux arguments du
vendeur palois.
La Bugatti est immatriculée le 23 aout
1927, sous le numéro 4020 K 1, au nom
de Carlos ACUNA, 19 rue Samonzet à
Pau. A cette adresse se trouve un bel
immeuble à l'architecture fin XIXème, qui
devait abriter un appartement au nom
de cet espagnol en villégiature, confiant
sans doute aux bons soins du « Garage de
La Poste » tenu par Delanoe, l'entretien de sa Bugatti car la rue Samonzet donne
sur le Cours Bosquet ! La tentation était
peut-être en vitrine au coin de la rue.
C.Acuna ne semble pas avoir engagé
l'auto dans des épreuves locales pendant
son année de possession du véhicule. Le
15 octobre 1928, la voiture est revendue
dans le département des Landes sous le
numéro 81 HU. Elle est immatriculée au
nom de André BARTHE à Saint Vincent
de Tyrosse. Ce jeune passionné de
mécanique est natif du village, dont il est
une figure locale :
Jean Leon André BARTHE (1910- 1990).
Il nait le 11 avril 1910 à Saint Vincent de
Tyrosse. Son père, Jean Paul Camille
Barthe exerça plus de quinze métiers
dont celui de concessionnaire Terrot dès
1907. Il possédera le premier garage des
Landes, sera un des premiers dépositaires
Michelin avant 1914 et agent Renault
pendant les années vingt. La fortune
familiale reposait aussi sur les terres
de la grand mère maternelle. Cet
environnement fut propice au jeune André
qui dès sa sortie du collège bilingue San
Bernardo de San Sebastian, apprend la
mécanique auprès de son père. Il passe
son permis moto en 1926, et reçoit une
350 Terrot à moteur J.A.P culbuté.
En 1929, il reçoit une Terrot culbutée
à moteur Terrot et une 1000 Koehler
-Escoffier.
En 1931, A. Barthe finit par acheter une
175 Monet et Goyon à moteur Villiers
Brooklands.
Entre temps, le garage familial, le
CENTRAL GARAGE, avenue Nationale
10, à Saint Vincent de Tyrosse a vu dès
1928, défiler des Bugatti acquises par le
jeune André Barthe. Pas moins de deux
«Tecla 4 Type 37 », puis un Type 38 ,2 litres
et une 5 litres d'occasion brulée, passent
entre ses mains, au gré des envies de
ce passionné de mécanique. Il rencontre
Ettore Bugatti à plusieurs reprises et se
rend à Molsheim prendre possession de
l'une ses voitures. La photo de la Bugatti
Tecla d'André Barthe, retrouvée dans
les archives familiales montre bien la
plaque minéralogique 81 HU. Le cliché
est pris sur le sable de la plage de Cap
Breton en 1929.Il montre son jeune
frère Maurice, âgé de quinze ans, à
coté du véhicule .Celui -ci ne possède
pas d'ailes ni de pare brise, mais une
calandre pare-pierre et une mascotte
de radiateur difficilement identifiable.
Au Printemps 1931, tous les Pur Sang
sont déjà revendus car il faut quand même
financer les achats et courses de moto
débutées en 1932 par une victoire au
Kilomètre lancé de Tarbes à 132km/h sur
sa Brooklands ! A. Barthe est un pur pilote
privé. Cette même année, il remporte le
GP de Bordeaux et celui de Carcassonne.
En 1933, sur les 21 Grands Prix qui
avaient lieu en France, il en remporte 5
sur sa nouvelle Monet Goyon à ACT et 3
vitesses. La saison 1934 le voit au guidon
d'une 175 Monet Goyon à 4 vitesses
et d'une 250 Aquila. En 1935 la Monet
Goyon est remplacée par une 175 Aquila
à moteur ACT O.M.B et en fin d'année il
achetait une 500 Saroléa. Ayant conservé
sa 350 Terrot,il pouvait faire les 4 montées
! La saison 1936 voit la consécration de
ce pilote talentueux, qui selon les experts
fut un des rares pilotes moto français, à
même de battre à la régulière les meilleurs
pilotes européens.
Après sa victoire à Albi, sur la Saroléa,
Mr Monet le contacte pour courir le
championnat de France sur Monet et
Goyon. Barthe accepte et pilote la fameuse
500 à ACT cylindre vertical.
Il remporte l'épreuve sur le circuit de
Montlhéry à 116,5 km/h de moyenne,
après avoir parcouru plus de 300 km. En
1938, A. Barthe troque sa Terrot pour une
Norton Inter et conserve sa fidèle Sarolea
qu'il cachera pendant la guerre pour
reprendre du service dès 1946. Pour la
saison 1949, il achète une 350 Velocette
dont il garde le meilleur souvenir. Il arrête
de courir en 1952, après la plus belle chute
de sa carrière au TT de Bilbao. A.Barthe ,
ami de Pierre Bonnet l'importateur Suzuki
,devient agent officiel de la marque. Il
travaillera dans son garage au milieu de
ses chères motos jusqu'à ses dernières
années. Il décède à Bayonne le 31 mars
1990. A. Barthe aura donc conservé sa
Tecla 4 châssis 37291 pendant environ
trois ans, avant que nous retrouvions la
trace du véhicule à Paris au Printemps
1931. Mais avant de revendre sa Bugatti, il démonte la plaque de propriétaire
en laiton qui se trouvait sur le tableau
de bord depuis 1927. Cette plaque sur
laquelle figure l'inscription « CHARLES
G. de ACUNA Biarritz. » est parvenue
jusqu'à nous, préservée dans le garage
familial par Michel Barthe. Nous l'avons
convaincu de la céder au nouveau
propriétaire à l'occasion du retour de la
Bugatti à Saint Vincent de Tyrosse, pour
un tour de roues à l'issue de la prochaine
révision du véhicule !
Intermède parisien.
La Bugatti est en circulation dans le
département de la Seine sous le numéro
minéralogique 9063 RE 7, au nom
d'un parisien dont le nom nous restera
inconnu tant qu'une photo ne sortira pas
d'un album de famille, car les dossiers
de Police sont détruits dans notre belle
capitale. Il n'en reste pas moins que cet
amateur va conserver l'auto pendant six
ans, ne la revendant qu'en avril 1937.
Débarquement en Normandie :
Ainsi le 25 mars 1937, la Bugatti 37291
quitte la capitale pour la Normandie.
Elle est immatriculée sous le numéro 7666
CT 3, le 5 avril 1937, au nom de Georges
ROBERT, né le 3.9.1908 et propriétaire
de son état, domicilié dans le petit village
de Lison à 27 km de Bayeux. La voiture
change de propriétaire quatre mois plus
tard, le 28 juillet 1937, en la personne de
Mme Marie-Louise VANDERGUCHT,
née le 8.12.1884, également domiciliée à
Lison. Celle -ci est en fait la mère adoptive
du précédent, déjà veuve à cette période.
Au sortir de la première guerre mondiale,
un couple de belges fortunés, les
Vandergucht, s'installent dans le petit
village de Lison et y acquièrent plusieurs
propriétés et de nombreuses terres.
Ils adoptent un enfant de l'assistance
du nom de Georges Robert.Celui ci, de
nature bohème, ne travaillera jamais
et vivra de ses rentes en laissant dans
l’aventure au moins deux fermes et les
terrains en rapport. Les vieux du village se
souviennent encore de G.Robert qui était
une sorte de héros local, se promenant
souvent en agréable compagnie au volant
de sa Bugatti. Célibataire endurci, ce
grand gaillard avait monté avec un ami un
garage au village de Grandcamp les Bains,
en bord de mer distant de 20 km, mais n'y
travailla pas plus que sur ses terres. Les
allemands occupèrent Lison dès 1940.
Plus aucune voiture ne circulait dans le
village et les rares véhicules furent mis
sur cales, mais la Bugatti fut bien cachée,
sans doute dans l'un des hangars de la
propriété du Haut du Chêne qui s'étendait
sur une douzaine d'hectares et dominait la
vallée. Le 24 février 1948, est demandé
un certificat de non gage pour le véhicule,
traduisant l'intérêt d'un acheteur potentiel.
En effet le 17 août 1948, la Bugatti
change de mains et de département pour
se diriger dans la Manche. Elle trouve
un nouvel acquéreur en la personne de
Georges MALBEAUX. Le véhicule est
immatriculé sous le numéro 4048 KF 5. Le
document de Police indique : « Malbeaux.
Chauffeur S.A.C.E.R. Saint Lô. »
Celui-ci est également mécanicien ainsi
que son jeune frère Adrien (1918-1992).
Georges possède un garage dans le village
de Villiers - Fossard ou sera remisée la
Bugatti. Son fils Daniel, né en 1929, se
souvient de la voiture : « La Bugatti avait
été achetée dans le petit village de Lison, chez un propriétaire qui habitait à la sortie
du bourg, au lieu dit « le Haut chêne ». La
voiture n'était pas tournante mais mon
oncle Adrien s'est occupé de la remettre
en état et en route. Elle possédait de petits
phares très près du radiateur en cuivre ».
Adrien Malbeaux avait aussi ouvert son
petit garage route de Carentan à Saint Lô.
« Après restauration, la Bugatti fut
exposée dans la vitrine d'un magasin de
la rue de Neufbourg à Saint Lô. » Elle sera
conservée plusieurs années par les frères
Malbeaux. Selon Daniel Malbeaux, elle
aurait été revendue sur Paris.
Mais la voiture réapparait dans le
Calvados au début des années soixante :
Le véhicule est alors acheté par Jean-
Claude AUBRIET (1933-1987) alors
propriétaire d'un garage à Caen.
Celui-ci originaire de l'Orne, dirige une
concession Panhard à Nonant le Pin. Il
s'y marie en 1959 puis tient un garage
à Caen jusqu'en 1972. L'achat de la
Bugatti correspond à cette époque de
son activité.
Il est mentionné comme propriétaire de
« 37291 » dans la liste des membres du
Club Bugatti France publiée en 1967.
Une retraite en bord de Loire.
Avant 1970, selon les souvenirs familiaux, la
voiture est acquise par Pierre PAUTET et
immatriculée sous le numéro 325 BK 41, à
la préfecture de Blois dans le Loir et Cher. Il
va conserver le véhicule pendant près de 45
ans, en laissant l'usufruit et l'entretien à son
ami Michel MENIER. Ce dernier ouvre le GP
de Monaco 1976 au volant de la Bugatti 1927
de P.Pautet, et participe aux « 3 Heures de
Contres » en 1980, dont il remporte le 21ème
Grand Prix. Le rideau tombe ensuite sur la
collection Pautet et le type 37 ne reverra plus
la lumière du jour avant ce Printemps 2015.
Nous avons examiné en détail cette voiture
dont la redécouverte pourrait être suite à une
annonce dans l'esprit du Chasseur Francais :
« Occasion : à vendre Bugatti Tecla 4, bon
état, non roulée depuis 30 ans, faire offre à
J-P Osenat, rue Royale Fontainebeau. Prix à
débattre. ».
Si la voiture est parvenue jusqu'à nous en
aussi bon état d'origine, il faut reconnaître
qu'elle eu bien peu de propriétaires avantguerre
et passa une bonne partie de son
existence en Normandie, cachée pendant la
guerre loin des villes bombardées que furent
Caen et Saint Lô.
Dans le petit village de Lison, à l'abri, et à
distance de la gare qui fut l'objet d'attaques
ciblées des alliés en juillet 1944, la Bugatti fut
préservée et ressortie intacte avant revente
en 1948.
Presqu'aucun des propriétaires après 1937
ne semble avoir vraiment utilisé le véhicule,
qui se présente plus comme une voiture
d'occasion en état roulant que comme une
voiture de collection ayant subi d'irréparables
modifications.
Son inspection réalisée en avril 2015,
nous confirme dans ce sentiment :
La plaque châssis gravée « 37291 10 HP
» est d'origine et ne semble jamais avoir été
dérivetée de son tablier en aluminium.
Le moteur porte les numéros 37291 et 192
sur sa patte arrière gauche.
Le numéro du moteur 192 est rappelé sur
la boite à cames. La voiture a conservé son
essieu avant d’origine, bien qu'oxydé, il
laisse deviner son numéro de fabrication
« 314 » rarement vu sur une Bugatti
de course. La boite de vitesse et son
couvercle portent le numéro 322.
Le pont arrière et sa jambe de force
sont gravés 327. Ces deux numéros sont
exactement dans la logique du véhicule au
moteur 192.
Le cadre du châssis repeint en rouge, sans
doute au début des années soixante, laisse
lire sous une épaisse couche de peinture
décapée pour l’occasion, un numéro
d'assemblage « 498 » qui est exactement
dans la série attendue. La carrosserie montre
un galbe harmonieux avec une pointe très
arrondie, bien difficile à copier.
Les instruments sont anciens :
Manomètrede pression d’huile, d’essence,
ampèremètre, compte tour et montre.
Un rare commodo Scintilla pour l'éclairage
mérite notre attention. La voiture n'a pas été
mise en marche et une révision s'impose
avant qu’elle ne retrouve la route .Le chapitre
suivant de son histoire d'automobile sportive
reste à écrire.
Un grand merci à N.Brondel pour
nous avoir mis sur la piste d'André
Barthe, à B Salvat pour son savoir
encyclopédique et M.Barthe pour ses
souvenirs familiaux si précieuxPierre-Yves LAUGIER
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Voitures de sport et de collection
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