Lot 5
5. FELICIEN ROPS (1833-1898) Le vol et la prostitution dominent le monde Circa 1880 Inscription en haut à gauche 'Le vol et la prostitution dominent le monde' Signé en bas à droite Seconde inscription en bas à droite 'en bon souvenir' Aquarelle et crayon sur papier 24,5 x 17 cm Provenance Galerie Patrick Derom, Bruxelles Collection privée, Belgique Exposition Félicien Rops, Kunstgalerij De Vuyst, Lokeren, 28/3-17/4 1975. Van realisme tot symbolisme, Stichting Sint-Jan, Brugge, 8 juli-15 oktober 1995 Impressionism to Symbolism: Belgian Avant-Garde 1880-1900, Royal Academy of Arts, London, 7 July-2 October 1994 Bibliographie Joris-Karl Huysmans: l'oeuvre érotique de Félicien Rops, la Plume, Paris, n°172, 15 juin 1896, pp. 400-401 Robert L. Delevoy, Félicien Rops, Cosmmos monographies, Lebeer Hossman, Bruxelles, 1985, p.194 (ill. de la 1er variante de la postface des Diaboliques) Guy Cuvelier: Rops et la modernité. oeuvres de la Communauté Française, musée d'Ixelles, Bruxelles, 1991, n°41, p.76 (ill.de l'eau-forte) Bruno Fornari: De l'impressionisme au symbolisme. L'avant-garde belge 1880-1900, Londres, Royal Academy of Arts, 1994, n°61, pp 217-218 Un certificat de la galerie Patrick Derom sera remis à l'acquéreur En 1879, alors qu'il réside à Paris depuis plusieurs années, Félicien Rops illustre Les Diaboliques de Jules Barbey d'Aurevilly, une œuvre où l'art ne se contente plus de représenter, mais dévoile les fondements souterrains de l'âme humaine. Deux postfaces, en écho à l'ensemble, développent un même diagnostic du monde : la Prostitution et la Folie, telles deux forces obscures, président désormais à l'ordre des choses. Cette vision, loin d'être une simple provocation, s'inscrit dans une lecture tragique et lucide de la modernité. Dans une variante du thème – Le Vol et la Prostitution dominent le monde – Rops explore, à travers le médium des vernis mous, une allégorie où le vice n'est plus un accident moral, mais une structure fondamentale de la société contemporaine. Le dispositif iconographique de ces œuvres est hautement symbolique : un couple démoniaque, à sabots de bouc, se dresse au sommet d'un globe terrestre, sous un ciel constellé. La femme, à la chevelure nouée, est offerte au regard, nue jusqu'aux cuisses, accolée à un personnage grimaçant. Le costume de ce dernier varie selon les allégories : bouffon et binocle pour incarner la folie ; haut-de-forme bourgeois et lunettes pour désigner le voleur respectable – car, chez Rops, le vol n'est plus l'apanage du voleur vulgaire, mais celui de la classe dominante. Ce choix n'est pas anodin : Rops affirme que « plus la femme est perverse, plus elle est moderne », inversant ainsi les codes moraux pour mieux souligner la décadence sous-jacente à ce qu'on appelle progrès. L'aquarelle ici présentée résonne, sur le plan stylistique, avec les Cent légers croquis sans prétention pour réjouir les honnêtes gens (1881), recueil commandé par le collectionneur Jules Noilly. Mais ce qui se profile derrière l'ironie du titre, c'est une critique implacable des faux-semblants bourgeois. La série des Diaboliques annonce celle des Sataniques (1882), où Rops atteint l'apogée de sa puissance critique et visionnaire. Son langage plastique, résolument moderne, ne se borne pas à peindre la réalité : il en révèle la vérité sous-jacente, celle d'un monde où les valeurs sont renversées, où la morale devient spectacle, et où la perversion, loin d'être marginale, devient le cœur vibrant de la civilisation. C'est en cela que Rops fascine ses contemporains – Baudelaire, Mallarmé, Verlaine – car comme eux, il voit dans la corruption des apparences non pas un déclin, mais la condition même du savoir et de la lucidité.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Dessins, aquarelles et pastels
À propos de la vente
Catalogue
Belgian & Contemporary Art
1060 Saint-Gilles - Belgique
18/06/2025
Proposé par Cornette de Saint Cyr Bruxelles
32 (0)2 880 73 80