Lot 115
ARMOIRE DE MARIAGE « À L'HOMME SAUVAGE » PAR THOMAS HACHE
Entièrement et très richement marquetée de fleurs naturalistes - tulipes, lys, pivoines, œillets, jonquilles et anémones, en bois de diverses couleurs et au naturel, dans des paniers sur des socles en scagliola rouge et dans des vases Médicis en scagliola bleue, de guirlandes de fleurs, rinceaux feuillagés, volubilis, fleurettes et filets en scagliola bleue, oiseaux et Renommées, dans des réserves aux filets entourés d'un filet d'étain, sur fonds de bois teinté et contre-fonds de ronce de noyer sur les vantaux.
Sur la frise de la corniche, entourée de petits cartouches marquetés d'un hippogriffe - animal fabuleux à tête d'aigle et corps de cheval - deux figures masculines, dont l'une dotée d'une massue, luttent au milieu des rinceaux feuillagés ornés de scagliola bleue*. Tout autour des deux grandes portes, court une frise de feuilles d'acanthe et de fleurettes réalisée en partie à laquelle fait écho celle en contrepartie des côtés, richement marquetés de tulipes, jonquilles, pivoines, anémones, dans des
vases et des rinceaux feuillagés, dans trois réserves entourées d'un filet d'étain, sur fond de bois teinté en brun et contre-fond de noyer de fil.
H. 211,5 cm - L. 159 cm - P. 64,5 cm
Thomas Hache (Toulouse 1664-Grenoble 1747), Chambéry, vers 1690-1695
Tiroir inférieur rapporté, modifications au chapiteau et dans les fonds, placage intérieur des portes enrichi de losanges.
Bibliographie : décrite et reproduite dans le livre « Le génie des Hache », Pierre et François Rouge, Faton 2005, N°3, p. 82-83.
* Le thème de « l'homme sauvage », où un jeune homme empoigne la chevelure d'un homme hirsute qui a lâché sa massue, a été plusieurs fois repris sur les corniches des armoires de Thomas Hache. Le premier évoque l'amour courtois qui l'emporte sur la luxure.
« PEINTURE EN BOIS », MARQUETERIE DE MÉTAUX ET SCAGLIOLA ROUGE ET BLEUE
Ce modèle est caractéristique de la production de Thomas Hache à Chambéry, capitale des Ducs de Savoie, où il a travaillé une dizaine d'années avant de rejoindre vers 1695, puis de reprendre en 1699, l'atelier de Michel Chevallier à Grenoble.
Il s'agit d'une des plus luxueuses marqueteries de fleurs de la fin du XVIIè siècle connue, une véritable « peinture en bois »
comme on appelait ces décors Louis XIV, tant son réalisme approche de la nature, au même titre que les tableaux de fleurs de
Jean-Baptiste Monnoyer (1636-1699), collaborateur de Charles Le Brun, premier peintre du roi et directeur de la manufacture des Gobelins à partir de 1663.
Mais Thomas Hache innove par l'introduction dans ses marqueteries d'une technique toute italienne, inventée au XVIIè siècle
pour imiter les pierres dures, la scagliola, une poudre de sélénite pilée et mélangée à des pigments colorés, qui est ici utilisée en deux couleurs - le rouge et le bleu - ce qui est particulièrement rare car ses armoires ne comportent le plus souvent qu'une seule teinte de scagliola, lorsqu'elles en sont ornées.
Pour témoigner encore de son savoir-faire qui n'ignore rien de la mode parisienne, Thomas Hache entoure ses réserves de
fins filets d'étain, citation discrète de la marqueterie de métaux mise au point par celui qui fut sans nul doute son mentor, Pierre Gole (v. 1620-1685), ébéniste du roi en 1651.
Expert : Françoise ROUGE, expert près la cour d'appel de Paris, 06 03 93 23 76
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Mobilier classique
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