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Lot 60
Charles Sevin de La Penaye (Fontainebleau 1685 - Paris 1740) Portrait de Louis XV en armure - 1721 Toile 95,5 x 75 cm Le tableau que nous présentons, inédit jusqu'à ce jour, est un apport important dans le corpus assez vaste du peintre Hyacinthe Rigaud (1659-1743) et celui plus méconnu de son dernier et plus fidèle élève, Charles Sevin de la Penaye (1685-1740). En effet, par son format1, le sujet qu'il représente et l'homogénéité de sa facture, il correspond parfaitement à une œuvre faite sous les ordres du maître, payée 40 livres à La Penaye en 1721 puis retouchée par Rigaud et inscrite dans les livres de comptes du maître : « autre buste de Louis 15 sur une toille de trente sols »2. S'extirpant ainsi de la masse de portraits anonymes d'un Louis XV en armure, cette œuvre rare due à un jeune artiste de qualité vient autant éclairer d'un jour nouveau le fonctionnement même de l'atelier de Rigaud qu'un contexte bien précis de création. Elle témoigne en tous cas de la volonté de diffuser l'image du roi à une époque où Jean-Baptiste Van Loo (1684-1745) n'avait pas encore occulté tous ses concurrents avec son premier portrait du monarque (1724). Au lendemain de la mort de Louis XIV, dont il avait fixé la majesté en 1701 dans un portrait mémorable (Paris, musée du Louvre. Inv. 7492), Rigaud peignit trois grandes effigies de Louis XV en costume royal3. La première, où on le voit assis sur son trône pointant son doigt vers l'extérieur du tableau fut confectionnée de 1715 à 1717 et payée 8 000 livres (Versailles, musée national du château. MV3695). La seconde, réalisée en 1721 pour la même somme, est une commande du roi d'Espagne, Philippe V, dont on projetait de marier la fille, Marie-Anne-Victoire de Bourbon (1718-1781) à son royal cousin français. Pour l'occasion, Rigaud a légèrement vieilli son modèle et l'a représenté debout (Madrid, Palacio Real. Patrimonio Nacional. Inv. 10003072). La troisième enfin, commencée par le visage en 1727, fut livrée en 1730 et atteignit la somme de 15 000 livres (Versailles, musée national du château. MV3750). Durant toute cette période, et contrairement à une idée reçue, aucune réplique à l'identique de ces tableaux ne sortit directement de l'atelier de Rigaud. Celles que nous connaissons actuellement dans les collections publiques, sont en réalité des œuvres de François Albert Stiémart (1680-1740), copiste officiel de l'administration des Bâtiments du roi4. Depuis 1716, Rigaud, qui n'avait plus à ses côtés que La Penaye pour l'aider, était bien trop occupé à son tableau pour pouvoir répondre à la demande de duplication. Il dut donc inventer une composition capable de synthétiser tous les éléments de la « nouvelle » royauté, tout en étant rapide à reproduire. De son côté, il pouvait se consacrer en toute quiétude à l'achèvement de l'effigie originale et contrôler le travail accompli par son aide en retouchant au besoin certaines parties des copies. Tout juste s'autorisa-t-il à réaliser de sa main en 1717 deux exemplaires à 300 livres destinés à être offerts par le roi à des commanditaires prestigieux, l'archevêque d'Aix-en-Provence, Charles-Gaspard de Vintimille du Luc (1655-1746)5 et le Grand duc de Toscane, Côme III de Médicis (Florence Palais Pitti, fig.1)6. Tout en conservant le port de tête dans son prototype en buste, Hyacinthe Rigaud figura donc Louis XV avec le visage tourné vers la droite de la composition, le plus souvent habillé d'une cuirasse qui laisse voir les manches d'une veste brune. Ici, détail inédit, Louis XV est habillé des brassières et des épaulettes de son armure. Le manteau royal à fleurs de lys est ensuite jeté sur ses épaules, agrafé par une broche de rubis et diamants. Enfin, le fond est la plupart du temps neutre et seul un rebord de pierre sur le devant vient fermer la scène. Suivant les versions, Rigaud prévoyait de montrer ou non les mains. Dans notre exemplaire, ainsi que dans celui conservé au musée Ingres de Montauban7 (le plus proche stylistiquement mais en moins bon état), la main droite est simplement esquissée et retroussée sur la hanche. Celle de gauche se pose sur une couronne au premier plan. Contrairement à la toile montalbanaise qui montre un visage « type 1715 »8, notre portrait fut peint d'après le tableau de 1721 dont il emprunte les traits préadolescents. On retrouve d'ailleurs cette face à l'identique, à la fois dans les estampes exécutées par les Drevet père et fils, ainsi que dans une réduction en buste du portrait de 1721, vendue à l'hôtel Drouot le 6 juin 20029. Notre portrait montre également de manière inédite un rideau à gauche et, à droite, un mur de fond décoré d'une colonne en pilastre. En dehors de ses collaborations ponctuelles à des portraits de Rigaud, La Penaye nous a laissé quelques œuvres entièrement de sa main qui donnent de bons éléments de comparaison et achèvent de nous convaincre de la paternité de notre tableau. C'est notamment le cas de sa version signée du portrait de l'abbé Pucelle (Paris, collection particulière), dont l'original avait été confectionné par le Catalan en 172110. On y retrouve une parfaite maîtrise du fondu des chairs qui donnait tant de lumière aux visages ou aux mains peintes par son maître. L'examen attentif du tableau que nous présentons, assez différent dans sa matière de la version florentine attribuée à Rigaud lui-même, montre une grande homogénéité de la touche, preuve que La Penaye en est majoritairement l'auteur. Contrairement à son maître, il prit ici le parti d'esquisser certains éléments du décor jugés secondaires (rideau, main sous le manteau), pour ne se consacrer qu'aux parties majeures du portrait qui accrochent et flattent l'œil. Ceci est loin d'être étonnant car la toile devait être vue de loin. Le visage, par contre, est traité avec beaucoup de soin. Il fut peut-être retouché dans ses carnations par Rigaud mais cette intervention semble à peine perceptible tant le travail de La Penaye fut probablement jugé satisfaisant pour sortir de l'atelier tel quel. Le manteau bleu, avec ses reflets d'or, est particulièrement soigné de même que les effets de matière sur une cuirasse dont le collaborateur connaissait tous les secrets. Ce tableau sera inclus dans notre catalogue des œuvres de Hyacinthe Rigaud à paraître en 2012. Stéphan Perreau 1 Voir Anonyme v. 1760, Projet d'une sorte de tarif pour régler le prix des tableaux relativement à leur grandeur, présenté à M. le marquis de Marigny, directeur et ordonnateur général des Bâtimens du Roy, Jardins, Arts, Académies et Manufactures Royales, Paris, archives nationales, Y458, communiqué par Henri Stein, « L'art tarifié », Nouvelles archives de l'art français, 1888, t. IV, p. 270-271. 2 Paris, Institut de France, ms. 625, f°34. Joseph Roman, Le livre de raison du peintre Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Paris, Laurens, 1919, p. 184. 3 Stéphan Perreau, Hyacinthe Rigaud, le peintre des rois, Montpellier, 2004, p. 90, 100, 104-108. 4 On lui doit les versions de Rouen, Compiègne et New York et peut-être celles de Reims, Chambéry et Frohsdorff. Tous les travaux de Stiémart, listés dans l' « Etat des ouvrages de peinture faite pour le roy depuis 1716 jusques et compris 1729 » (Paris, archives nationales, O1 1921a), sont des copies strictes des œuvres originales, parfois réduites mais jamais transformées. 5 Par ailleurs futur client de Rigaud en 1731 (S. Perreau, op. cit. 2004, p. 117). 6 D'un format standard (81 x 65 cm), le tableau est aujourd'hui exposé au palais Pitti de Florence et présente un aspect très proche de notre tableau mais sans les mains, masquées par des drapés et un muret de pierre au premier plan. 7 Huile sur toile, 91 x 72 cm. Inv. MI.843.1.5. 8 Il appartient peut-être aux huit bustes réalisés entre 1716 et 1717 dont trois par La Penaye. Un autre sera exécuté en 1716 et de manière exceptionnelle par Pierre Benevault (1685-1767), un professeur de l'Académie de Saint-Luc dans laquelle le Catalan avait l'habitude de puiser ses collaborateurs. 9 Il n'y a aucun changement dans la vêture originale. Huile sur toile, 75 x 60 cm, lot 34 (Artcurial). Donné par le roi à son précepteur Monseigneur d'Osmond ; passé par héritage à la famille de Saint-James au château de Bajen dans le Comminges ; Légué à sa mort en 1840 à sa filleule Ovide de Saint-James au château de Martres-de-Rivière où il est resté jusqu'à sa vente. 10 Magny-les-Hameaux, musée national des Granges de Port Royal.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Tableaux anciens
À propos de la vente
Catalogue
19/10/2012
Proposé par ARTEMISIA auctions
01 40 15 99 55

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