Lot 15
Charlotte PERRIAND (1903-1999) pour l'éditeur Steph SIMON Exceptionnelle et importante bibliothèque "Type Plots" Huit étagères intercalaires en bois latté plaqué de merisier, onze plots en tôle d'aluminium de différentes tailles, reposant sur deux pieds en bois amovibles. 1959 L : 177 cm ; h : 214 cm ; p : 33,5 cm Provenance : Commande spéciale acquise directement par le docteur Michel Guibert auprès de la Galerie Steph Simon en 1959 On y joint un plan rectificatif pour exécution de la Galerie Steph Simon au nom du docteur Guibert, daté et numéroté. Rapport de conditions disponible sur demande À la suite de son voyage au Japon, Charlotte Perriand est obsédée par la question du rangement. Tout en restant intransigeante sur la qualité des matériaux (bois traités, tôle laquée, acier, aluminium…) et les techniques, elle met au point un mobilier démontable et combinable fabriqué avec des éléments standardisés industriels (plots, glissières, équerres …). Cependant, elle se heurte à un mur : la frilosité de l’industrie au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale qui exige des garanties de ventes certaines et édite seulement des meubles pour les grands programmes d’urbanisme ou collectifs. Elle est remarquée lors de l’exposition « Formes Utiles » du musée des Arts décoratifs en 1949 par Steph Simon, vendeur exclusif des meubles de Jean Prouvé fabriqués à l’usine de Maxéville, qui lui propose de collaborer avec ce dernier. Elle travaille alors pour les plus grands architectes de la reconstruction : Michel Weill, Georges-Henri Pingusson, Jean Sebag … et Paul Nelson qu’elle fréquente déjà par l’intermédiaire de son ami Fernand Léger. Ils travaillent d’ailleurs, de 1946 à 1956, tous les trois au projet de l’Hôpital Mémorial France-Etats Unis de Saint-Lô, ville meurtrie par les bombardements. Paul Nelson, architecte franco-américain précurseur de l’idée même du CHU en Europe, peut enfin y déployer sa conception philosophique et sociologique de l’hôpital : un lieu de bien être à travers le schéma fonctionnel de « l’hôpital-arbre », la lumière, l’art et la couleur. Il s’entoure d’André Salomon pour l’éclairage, d’André Bloc pour la mise en couleur des façades et de Fernand Léger pour la réalisation d’une fresque et la colorisation des chambres. Ces créateurs l’aident à introduire des couleurs chaudes dans un milieu aseptisé, une ambiance colorée et vivante. Il fait également appel à Jean Prouvé pour concevoir une salle d’opération de forme ovoïde à l’architecture organique, lumineuse et ventilée. Charlotte Perriand sublime le lieu en créant un mobilier aérien bien que pratique par sa fonction. « Il y a deux événements architecturaux en France :la Cité radieuse de Le Corbusier à Marseille, et votre hôpital de Saint-Lô. Et Saint-Lô est humain, j’aimerais y participer ». Fernand Léger à Paul Nelson Outre l’hôpital de Saint-Lô, Charlotte Perriand participe à de nombreux projets de reconstruction dans toute la France : l’Unité d’habitation de Toulon, l’Unité d’habitation de Marseille, la Maison du Mexique et la Maison de la Tunisie à la Cité universitaire de Paris. Elle s’engage d’ailleurs à produire ses créations pour les aménagements de collectivités à l’usine de Maxéville, ce qui lui permet, en parallèle, de faire fabriquer les éléments modulables de ses meubles vendus à la galerie Steph Simon dès 1956, galerie réputée de Saint-Germain-des-Prés, quartier en vogue où de nombreux designers des années 50 ont exposé soit à la Galerie M.A.I., soit chez Knoll : Pierre Guariche, Pierre Paulin, Alvar Aalto, Marcel Breuer, Harry Bertoia, Eero Saarinen… Notre couple de collectionneurs, Monique et Michel Guibert, arpentant deux jours par semaine ce quartier, étaient de ceux - les initiés - qui osaient rentrer dans cette façade de verre avec pour seule invitation les noms de « Charlotte Perriand, Jean Prouvé et Steph Simon ». Ils partageaient avec Charlotte Perriand la même idée de l’espace et de la lumière, d’une maison pour vivre. « Nous quittons l’âge de chêne pour entrer dans une période qui sera définie par la légèreté, la souplesse et l’éphémère ». Charlotte Perriand Les bibliothèques éditées par Steph Simon, devenues actuellement cultissimes, sont les pionnières des meubles en kit. L’approche musicale de Charlotte Perriand, pianiste amateur, lui permet de proposer des variations de ce meuble à la demande. La bibliothèque, commandée par le couple Guibert, puise son origine dans le modèle créé pour la Maison de la Tunisie en 1952, fixée au mur et composée de plots. A partir de ce modèle, ils ont choisi sa propre composition et sa propre symétrie. Ils ont sélectionné trois différentes tailles de plots pour rythmer sa structure qui allie la modernité du métal et l’intemporalité du bois. Japonisant l’espace, avec ses lignes épurées et simplissimes, la bibliothèque du couple Guibert suscitait le calme et la sérénité dans un espace de passage, le palier, éclairé par des grandes verrières, et sonorisé, de temps à autre, par un piano à proximité. Elle n’est pas le symbole d’un sentimentalisme et d’une nostalgie des années 50 mais une œuvre de design visionnaire. Par évidence, elle est un objet intemporel qui aurait dû toujours exister, et prend sa place comme si elle avait toujours été là. Lors d’une conférence à l’Alliance Française de NewYork, Charlotte Perriand questionnait : « Quel sera l’aspect de l’architecture du futur ? Quelles sont les valeurs qui vous importent le plus ? » Notre monde actuel a répondu : l’architecture sera féminine, épurée, modulable et sera un équilibre entre l’aménagement et la nature. Elle sera Charlotte Perriand.
Crédits photos :
Julien Boisard
Mobilier moderne et design
À propos de la vente
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17/09/2022
Proposé par Neptune Enchères
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