Lot 54
Commode en marqueterie d'époque Louis XV, à ressaut central, estampillée Dautriche. Elle ouvre à cinq tiroirs dont trois en ceinture. Ceux-ci sont garnis d'une frise d'entrelacs fleuronnés avec cadres de perles et anneaux de tirage en couronne de lauriers. Les deux grands tiroirs sur ornés sur le ressaut d'un cartouche, cantonnés d'anneaux de tirage, à bordures géométriques en amarante avec filets de buis. Il est marqueté de cercles emmêlés en bois de rose et sycomore. Les parties latérales le sont de losanges avec fleurons aux intersections dans des cartouches géométriques en amarante. Les côtés sont principalement plaqués en amarante, sycomore et bois de rose, de larges motifs rectangulaires à angles abattus séparés par des losanges. Les montants plaqués en bois de rose, ceux de devant arrondis s'achèvent en léger ressaut. Les chutes à têtes de bélier et les sabots à pattes de lion sont posés sur des emplacements en cartouches à la forme marquetés d'amarante. Une seule serrure située dans le tiroir supérieur ferme aussi les autres. Dessus de marbre brèche d'Alep. Vers 1765-1770. Par Jacques van Oostenryck dit Dautriche (1725/1728-1778) Haut. 89 cm, Larg. 128,5 cm, Prof. 54,5 cm. Marque : Numéro « 9561 » d'entrée au dépôt de l'hôtel de l'Infantado peint en noir sur le plateau. Provenance : Saisie Révolutionnaire avant 1796. Paris, Bernard Baruch Steinitz. Références bibliographiques : Morgan Blaise, « Jacques Dautriche, ébéniste sous Louis XV et Louis XVI », L'Estampille-L'Objet d'Art, n° 260, juillet-août 2001, pp. 50 à 61, fig. n° 13 Gillian Wilson et Catherine Hess, Summary Catalogue of European Decorative Arts in the J. Paul Getty Museum, Los Angeles, 2001. Rosemarie Stratmann-Dolher, Jean-François Œben 1721-1763, Paris, 2002. Genèse et développement du modèle La conception de ce type de commode, du moins avec sa marqueterie géométrique, ainsi que ses chutes à têtes de bélier, est généralement attribuée à Jean-François Œben. En revanche, à la lecture de son inventaire après décès, rien ne montre qu'il ait été propriétaire du modello des chutes à têtes de bélier, ou des droits sur le masque formant cul-de-lampe, attribué à tort par la majorité de la critique, sans le moindre discernement, à André-Charles Boulle. Ce masque fut utilisé au moins par Carlin, Dautriche et Œben. Ce dernier a été en rapport avec un grand nombre de bronziers, soit fondeurs fondants, soit fondeurs ciseleurs, soit ciseleurs doreurs dont la plupart possédaient des modèles d'ornement en propre : Bardou, Brignat, Caron, Duplessis, Delaporte, Forestier, Gastellier, Gobert, Henry, Hervieu, Lebreton, Ravrio, etc. Les productions de Jacques Jacques van Oostenryck dit Dautriche (1725/1728-1778) Si Œben et Dautriche utilisèrent des marqueteries très semblables - y compris la géométrie de leurs cartouches -, elles ne sont jamais totalement semblables, à l'exception de la marqueterie de cubes sans fond ou de cercles emmêlés. La comparaison la plus intéressante qui puisse être faite est celle entre la présente commode et l'œuvre signée « J.F. Œben » appartenant au J. Paul Getty Museum, à Los Angeles, (inv. 72 DA 54). La frise de ceinture, les poignées de tirages, les chutes et le cul de lampe sont identiques. En revanche, quoique rare chez Œben, les champs des montants avant et des pilastres arrière sont plaqués en loupe dans de grands cartouches longitudinaux. Sur la commode de Dautriche, les chutes, les sabots et le cul de lampe sont insérés dans des cartouches de bois de violette ou de palissandre, ce qui ne se rencontre jamais sur les commodes portant l'estampille d'Œben. Cette observation n'a été relevée par les biographes d'Œben et de Dautriche. Ce dispositif se rencontre sur toutes les commodes, estampillées Dautriche, figurant dans des musées ou conservées depuis longtemps dans la même famille. Il en va ainsi de celles du Boston Museum of Art (inv. 67-1192), du château de Pavlovsk, du duc de Wellington à Stratfield Saye House (chutes, sabots et cul de lampe identiques à celle présentée), de celle livrée au duc de Wurtemberg et actuellement conservée au château de Ludwigsburg (inv. Sch.L 2950), ou de celle des comtes d'Ashbrunham accompagnée d'une paire d'encoignures. De ces exemples, il convient de tirer la conclusion que Dautriche, qui exerça longtemps comme ouvrier libre au faubourg Saint-Antoine avant d'acquérir ses lettres de maîtrise en 1765, produisit concurremment avec Oeben des commodes dont ce dernier est revêtu de la paternité. Il est donc normal, puisque Dautriche ne pouvait estampiller avant l'enregistrement de ses lettres de maîtrise de lui restituer toutes les œuvres attribuées jusqu'à présent à Œben et dont les bronzes sont fixés dans des cartouches à la forme. Loin de le servir, les dictionnaires consacrés aux ébénistes parisiens décrivent Dautriche peu ou prou comme un copiste d'Oeben, alors qu'il n'en fut qu'un contemporain puisant aux mêmes sources du vocabulaire esthétique. Ainsi son œuvre se révèle plus intéressante et plus complexe qu'on ne pouvait l'imaginer. Émule peut-être, mais en aucun cas copiste, il convient de le considérer comme un artiste accompli qui se révéla par des motifs inédits de marqueterie et que la renommée étouffante d'Oeben éclipsa aux yeux de la postérité, alors que son œuvre attestée après 1763 montre une grande variété de composition qui diffère profondément des créations riesneriennes postérieures à la mort du maître. Le dépôt de l'Infantado Le numéro 9561 correspond au registre, aujourd'hui non retrouvé, d'entrées et de sorties du dépôt de l'hôtel de l'Infantado (actuel consulat des États Unis). Ce vaste bâtiment, construit pour un ambassadeur d'Espagne, fut un lieu de dépôts notamment des meubles, objets d'art et glaces, saisis chez les émigrés, et les condamnés durant la Terreur. Y furent enregistrés des effets de provenances royales, Marly, Compiègne, Fontainebleau, Bellevue, des résidences des comtes d'Artois et de Provence, mais aussi de plus humbles extractions. C'est dans ce dépôt et parmi les œuvres non cédées à la Commission du Commerce ou réservées par la Commission Temporaire des Arts, que puisèrent les fonctionnaires chargés notamment de remeubler le Palais du Luxembourg pour les Directeurs, son secrétaire général, les ministres, leurs collaborateurs directs, et les membres de leurs familles, enfants, parents, frères, tantes, oncles, cousins, etc…, état de chose qui se perpétue à un moindre degré encore de nos jours par les soins du Mobilier National. Very important Louis XV marquetry commode, with break-front, stamped Dautriche.
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Mobilier classique
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Catalogue
Les Collections de l'Hôtel Masseran
77300 Fontainebleau - France
29/06/2008