Lot 240
COMMODE
Par Jean-Henri RIESENER (1734-1806)
Reçu Maître en 1768
Paris, époque Louis XVI, vers 1780
MATÉRIAUX: Bâti de chêne, acajou et placage d'acajou, bronzes dorés et marbre blanc
Estampillée J.H. RIESENER
H. 90 cm, L. 130 cm, P. 59,5 cm
La commode, plaquée d'acajou et acajou moiré, présente un bâti rectiligne suivant le plan adopté dans les années 1780. Ses flans affectent une forme incurvée, les faces postérieures sont plus larges qu'en façade. Elle ouvre à deux tiroirs à traverse dissimulée et trois tiroirs en ceinture, tous munis d'une serrure individuelle. Sa façade tripartite est composée d'un large trumeau central en légère saillie, animé d'un compartiment rectiligne souligné d'une bordure en acajou à double mouluration échancrée aux angles. Des bordures similaires, interrompues par le trumeau central, singularisent les parties latérales de la façade, et forment, pour chacun des petits côtés de la commode, un compartiment pareillement échancré aux angles. Cette disposition est répétée au moyen de simples filets moulurés au niveau de la ceinture, ainsi que sur les montants antérieurs en quarts-de-ronds. Ce meuble repose sur quatre hauts pieds fuselés et cannelés, chacun couronné d'une bague délicatement ciselée de feuilles lancéolées et ponctué d'un sabot circulaire à bandeaux amatis. Contrastant subtilement avec l‘acajou, les ornements de bronze, de style néoclassique, n'ont été ici employés qu'avec discrétion, soulignant sans excès les différents endroits névralgiques du meuble : chutes architecturées à motifs de cannelures, d'enroulements de laurier et d'acanthe ; cul-delampe de section horizontale souligné de denticules, d'acanthes, et d'un petit bouton central ; entrées de serrures ovales ou circulaires flanquées de petites guirlandes de laurier enrubannées et poignées de préhension à disque mouluré et anneau mobile en forme de tore de laurier. Un plateau en marbre blanc, à bordure moulurée, contribue à renforcer le contraste chromatique apporté par les bronzes.
Par son élégance, son montage, la qualité de son placage en acajou moiré, la présence d'un faible ressaut rectiligne en façade, et son décor à mouluration d'acajou, cette commode, de grande qualité, appartient au plus pur style de Jean-Henri RIESENER, dont elle porte l'estampille. Il est l'un des plus habiles ébénistes du dernier quart du XVIIIe siècle, devenu Ebéniste de la Couronne dès 1774, en remplacement de Gilles Joubert. Une soumission des tarifs de Riesener établies pour le Garde-Meuble de la Couronne en 1786, et aujourd'hui conservée aux Archives Nationales à Paris, nous apprend que l'ébéniste avait décliné ce modèle en trois versions plus ou moins riches.
En raison du succès de ses créations et face au nombre grandissant de commandes, Riesener organisa le bon fonctionnement de son atelier en mettant au point des déclinaisons d'un seul et même modèle de base, proposant, ainsi que nous venons de le constater à travers notre exemple, des variantes qui tant par les dimensions que par le décor, se devaient de répondre aux demandes exigeantes de la clientèle. Un bel exemple de cette capacité d'adaptation de l'ébéniste nous est fourni par la commode provenant de la collection Viel, présentant un bâti identique mais affichant des différences notables au niveau des pieds (en toupies), du cul-de-lampe (supprimé) et des bronzes (moins riches). Cette commode estampillée J. H. RIESENER et portant les marques au feu des châteaux de Compiègne et de Fontainebleau, fut vendue à Paris en 1932 (Galerie Georges Petit, Me Ader, 24 mai 1932, lot n°89), puis en 1951 (Galerie Charpentier, Me Etienne Ader 27 avril 1951, lot n° 113).
Jean-Henri Riesener fut un des rares ébénistes à s'être fait portraiturer au Siècle des Lumières. Son portrait par Antoine Vestier (1740-1824) vers 1785, est aujourd'hui conservé dans les collections du château de Versailles. On le voit tenant en main un crayon, affichant ainsi une volonté très nette de se hisser au statut d'artiste concepteur de meuble, plutôt que de rester à celui de simple artisan. Né en 1734 à Gladbeck en Westphalie (Allemagne) Riesener était le fils d'un menuisier en sièges. Nous ne connaissons pas l'année exacte de son arrivée à Paris, peut-être vers 1754. Il fi t son apprentissage auprès de Jean-François Oeben, établi à l'Arsenal, et devint rapidement l'un de ses principaux ouvriers. A la mort de ce dernier en janvier 1763, Riesener reprit la direction de l'atelier pour le compte de sa veuve, et cela jusqu'à son accession à la maîtrise enregistrée en 1768. Pendant cinq ans, des meubles estampillés J. F. OEBEN furent donc en réalité exécutés, ou au moins achevés lorsque les bâtis existaient déjà, sous la direction de Riesener. Le meuble le plus célèbre créé dans ces conditions demeure le bureau à cylindre de Louis XV, commencé par Oeben, mais livré en 1769 par Riesener, qui l'estampilla à l'occasion, pour le cabinet de travail du Roi à Versailles. En 1767, notre ébéniste épousa la veuve d'Oeben et reprit le logement et l‘atelier de ce dernier à l'Arsenal, enclos privilégié à l'abri des règlements contraignants de la corporation des menuisiers et ébénistes. Il y exerça pendant plus de trente ans, jusqu'en 1798.
Riesener connu alors une ascension fulgurante. Le 5 février 1771, il effectua une première livraison au Garde-Meuble de la Couronne, sous la forme d'un bureau mécanique dont il s'était fait une spécialité depuis le bureau du Roi. En juin 1774, Gilles Joubert, alors âgé de quatre-vingt cinq ans, lui céda par contrat son titre d'Ebéniste du Roi. Les dix années qui suivirent constituèrent pour Riesener son apogée : entre 1774 et 1784, il livra pour un total de 938.000 livres de meubles au Garde-Meuble de la Couronne. Nombre d'entre-eux étaient destinés à la Reine Marie-Antoinette. Citons par exemple la table livrée en 1781 pour le cabinet intérieur de la Reine à Versailles, conservée au Metropolitan Muséum of Art, à New York, ou encore l'important bureau à cylindre plaqué de nacre, livré pour la Reine à Fontainebleau en 1786.
L'arrivée en 1784 de Thierry de Ville d'Avray à la tête du Garde-Meuble de la Couronne sonna le déclin de Riesener. La volonté d'ordre et surtout d'économie affichée par le nouveau directeur provoqua en effet son remplacement au profit de son confrère Guillaume Benneman. Quelques années plus tard, la Révolution, avec la disparition de la clientèle de luxe, entraîna sa ruine. Riesener mourut sous l'Empire, en 1806.
BIBLIOGRAPHIE
Jean NICOLAY. L'Art et la Manière des Maîtres Ebénistes Français du XVIIIe siècle. Ed. Pygmalion, Paris, 1976. Deux modèles similaires reproduits p. 402.
Pierre VERLET. Le Mobilier Royal Français. Ed.Picard, 1990, T. IV, p.102.
Bill PALLOT et Nicole SAINTE FARE GARNOT. Le Mobilier du Musée Jacquemart-André. Ed. Faton, Dijon, 2006. Un modèle similaire y est reproduit, pp. 192-193.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Mobilier moderne et design
À propos de la vente04/08/2010
Catalogue
Archéologie et Antiques, Peinture, Mobilier et Objets d'Art du XVIe au XIXe
06400 Cannes - France
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