Lot 1
Effigie d’ancêtre
Culture Soninke, Mali, 13°-14° siècle
(Test C14 CIRAM n° 0309-OA-70R-1)
Bois dur à patine foncée et d’usage
Hauteur : 50 cm
Provenance :
Emile Storrer, Zurich, 1955
Collection privée Suisse, 1979
Collection Dwight Strong, Los Angeles
Ancienne collection Baudouin de Grunne
Publications :
de Grunne, (Bernard), Djenné-Jeno. 1000 years of terracotta statuary in Mali, Brussels: Mercatorfonds, 2014: fig.263
Bassani (Ezio), "Antiche opere del Mali", in Expo cat.: "Africa. La Terra degli Spiriti", ed. by Claudia Zevi & Gigi Pezzoli, Milano: 24 ORE Cultura, 2015:206 (right)
Expo cat: "Mande. Trésors millénaires / Ancient treasures", by Bernard de Grunne and Kristina Van Dyke, Brussels: Bernard de Grunne, 2016:86-87, #24
Expo cat.: "Soninké", by Bernard de Grunne, Brussels, 2024:39, cat.9
Expositions :
Milan, Italy: "Africa. La terra degli spiriti". Museo delle Culture (MUDEC), 27 March-30 August 2015
Brussels, Belgium, "Mande. Tresors millenaires", Ancienne Nonciature, Place du Grand Sablon, 8-12 June 2016
Dans le delta intérieur du Niger, la ville de Djenné « a été fondée par des païens au milieu du deuxième siècle de l’hégire du prophète (9e siècle) » affirmait dans son célèbre Ta’rîkh al-Sûdân Abderrahman ben Abdallah ben `Imran ben `Amir es-Sa`di, imam de la ville dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.
Selon l’ethnologue Germaine Dieterlen, des migrations successives auraient amené cette
population originaire de l’empire du Ghana à s’implanter dans le Mandé, puis à Djenné-Djeno. Ce ne serait qu’au XIIIe siècle que l’un de ses chefs, Suleymane Konaté, refusant de se convertir à l’Islam et se soumettre au conquérant Soundiata Keita serait parti se réfugier dans la falaise de Bandiagara, emportant avec lui ses traditions culturelles. Parmi ces dernières, les statues de bois, par leur style sculptural, les lieux de leur découverte et leur datation scientifique, corroborent l’analyse des historiens. Ces représentations, dont le corpus se limite à 48 œuvres, sont connues sous l’appellation de Soninké ou Djennenke pour leur flagrante proximité et la coexistence des plus anciennes d’entre elles avec les figurines en terre cuite extraites de la glaise des « villes anciennes de Djenné ». C’est là que seraient nées ces effigies de bois vers le Xe siècle avant de prospérer puis de s’éteindre au XVe siècle sur la falaise de Bandiagara et dans la plaine du Seno où furent préservées la grande majorité d’entre elles.
Son âge (datée A. D 1265-1315) et quelques traits caractéristiques permettent de reconnaître sans ambiguïté dans l’œuvre présentée ici un membre de la famille sculpturale soninké, à commencer par la silhouette svelte et bien équilibrée, haut du corps projeté vers l’avant, mains reposant sur le haut des cuisses et jambes tendues dont les chevilles sont ornées de bracelets identiques à ceux des poignets. Dominé par un crâne proéminent plaqué d’un chignon, prolongé de la large barbe traditionnelle, rectangulaire et saillante, le visage allongé de forme ovale, au nez en pointe de flèche et aux lèvres boudeuses répond aux canons soninké mais dans une version adoucie, plus sensible, qui le distingue du modèle classique aux traits durement accusés. Rompant avec le hiératisme distinctif du style, l’artiste confirme avec talent sa volonté de donner plus d’humanité à sa création en suggérant une impression de mouvement grâce au subtil positionnement de la tête
légèrement déjetée par rapport au reste du corps.
Trois rangées de chéloïdes courant des oreilles aux tempes permettent à Bertrand de Grunne d’attribuer cette statuaire à la frange kagoro des Soninké.
« Selon Dominique Zahan, le nom kagoro signifie “bosses incisées”, allusion aux petites scarifications sphériques utilisées par les Kagaro. Ces derniers ont migré vers le plateau de Bandiagara en venant du nord-ouest, avant de s’installer dans la région de Kani-Goguna. »
La présence d’une poitrine féminine confère à la sculpture un statut très explicitement hermaphrodite, peut-être représentation de rois femmes, tels ceux de la région de Ségou évoqués par l’anthropologue Jean Bazin. Cette particularité, sa patine, sa taille la rapprochent, entre autres, de la statue ayant appartenu à la mythique collection Myron Kunin qui fait partie d’un corpus stylistique d’oeuvres attribuées à un Maitre d’Ireli, du nom d’un village situé sur la falaise en surplomb de la plaine du Séno où l’une d’entre elles fut trouvée en 1954 par Pierre Langlois. C’est à la même époque que notre statue fut collectée par le suisse Emil Storrer, grand connaisseur de la culture régionale et chasseur ayant sillonné la région à partir de Korhogo en pays sénoufo où l’accueillait son ami Simon Escarré, autre amateur de gibier et de sculpture.
Bertrand Goy
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