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Lot 120
*Emilio TERRY (1890-1969) Desserte Monogramme pour Auguste Brandenburg, Pavillon de bain de Lutry (Suisse), pièce unique, 1928 Exceptionnelle desserte formant table de milieu ou console. Les bases, les entretoises et les piètements réalisés en fonte d’art d’aluminium, le dessus en placage d’aluminium. La base est constituée de deux épais patins reliés par une entretoise en X. Chaque piètement, reposant sur des sphères reproduites en chapiteaux, est composé du double monogramme A. B. d’Auguste Brandenburg en entrecroisement, les A traités en reflet vertical et à la finition polie, les B s’affrontant vers l’intérieur et à la finition non polie et mate. Le plateau est plaqué d’une feuille d’aluminium, sur âme de bois, au décor gravé d’une frise de monogrammes déclinés en double A et en double B. Les champs du plateau sont plaqués de bandeaux en aluminium fixés par des vis fraisées à tête fendue apparente. Une entretoise en X, placée sous le dessus, permet le maintien des deux piètements et le soutien du plateau. Œuvre conçue en collaboration avec Jack Cornaz architecte. 81 x 109,8 x 50 cm Provenance : - Auguste Brandendurg (1886-1959), commanditaire et premier propriétaire du Pavillon de bain de Lutry (Suisse). Desserte spécialement conçue et réalisée à son attention, reprenant son monogramme comme thème décoratif et structurel, pour l’aménagement du Pavillon de bain de Lutry (Suisse). - Mme Cartier, nièce du précédent. Œuvre reçue en héritage. - M. et Mme X., Lausanne (Suisse). Œuvre acquise en 1999 suite au décès de Mme Cartier et à la dispersion de son mobilier. - M. B., Lausanne (Suisse). Œuvre acquise en 2002 auprès des précédents suite à leur séparation. Archives : Deux plans d’exécution sur calque, le Pl. 9 au 1:10 , sur lequel figurent les dessins du côté, de la face et des entretoises et le Pl. 10 au 1:2, sur lequel figure le dessin du pied, sont conservés aux Archives de la construction moderne à Lausanne (Suisse), une photographie in situ de la desserte est également conservée dans cette institution. Nous remercions les A.C.M., et tout particulièrement Mme Joëlle Neuenschwander Feilh, historienne de l’architecture et collaboratrice scientifique, de nous avoir permis de reproduire les calques dans le présent catalogue. Bibliographie et sources : Jack Cornaz, un architecte à contre-jour - Nadja Maillard, éditions Les Archives de la construction moderne & Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2006. Calques du détail du piètement et du plan d’exécution reproduits page 132, photographie (d’époque) in situ reproduite page 189. Outre ces illustrations, l’auteure, revient, dans son ouvrage, à plusieurs reprises sur l’édification du Pavillon de bain de Lutry pour M. Auguste Brandenburg et tout particulièrement sur son mobilier dans les pages 130 à 132. Emilio Terry 1890-1969 - Architecte et décorateur – Pierre Arizzoli-Clémentel, éditions Gourcuff Gradenigo, Paris, 2013. Les pages 61 à 64 sont consacrées au chantier du Pavillon de bain de Lutry pour M. Auguste Brandenburg. Lutry, le Pavillon de bain et son mobilier Banquier de profession, Auguste Brandenburg, demeurant à Lausanne, souhaite, dès la fin des années1910, se faire construire un pavillon de bain au bord du Lac Léman afin d’en jouir le week-end et les mois d’été. Intime de la famille Sandoz, il se voit céder un terrain leur appartenant à Lutry, commune toute proche de Lausanne, donnant sur le lac. Ami d’enfance de Jack Cornaz, jeune architecte vaudois, il lui confie tout naturellement la construction de son pavillon de bain. Jack Cornaz, s’étant lié à Emilio Terry dès 1917 et admiratif de son talent si particulier, lui propose de participer à ce projet. Les deux hommes, qui partageaient une même passion pour l’architecture de Palladio, avaient déjà scellé une collaboration l’année précédente pour un monument édifié dans le parc du Château de Rochecotte, propriété des Castellane, Nathalie, la sœur d’Emilio Terry, avait épousé, en 1901, Stanislas de Castellane. Les premiers plans d’élévation pour Lutry sont réalisés en 1920, ils révèlent un hommage à peine voilé à Vignole et Palladio. Les plans s’affinent, de mois en mois, voire d’année en année, pour prendre une tournure plus concrète en 1922 avec comme objectif une construction exécutée en 1924/25. Une première demande de permis de construire sera déposée en 1923, des améliorations seront proposées en 1924 et une maquette réalisée la même année. Après l’achèvement de la tranche initiale du chantier, l’édification du pavillon de bain, des améliorations interviendront dès 1928 dont celle, essentielle dans l’esthétique du bâtiment, concernant le portique principal. Dans son ouvrage Jack Cornaz, un architecte à contre-jour (Éd. Les Archives de la construction moderne & Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2006), Nadja Maillard nous livre ce que deviendra le travail en commun des deux hommes après ce chantier « … Lutry signera cependant la fin de la collaboration entre Emilio Terry et le jeune Suisse [Jack Cornaz], chacun prenant son envol. Ils ne se verront plus qu’épisodiquement, même si toute sa vie Cornaz reprendra des idées, des motifs d’Emilio Terry, dont le goût, le brio et les passions l’auront influencé durablement … » Concernant le mobilier conçu par les deux hommes pour ce pavillon de bain, il le fut entre 1926 et 1931 et comportait deux étagères jumelles placées dans le salon, un semainier surmonté d’un miroir, un lit et un chevet créés pour la chambre à coucher et notre desserte, elle aussi mise en place dans le salon. Alors que tous les autres meubles, présentant également un dessin audacieux, furent réalisés dans différentes essences de bois, notre desserte vit son exécution réalisée en métal. Bien que les calques du mobilier en bois portent la signature de Jack Cornaz et ceux de la desserte celle d’Emilio Terry, il paraît probable que les deux artistes aient œuvré ensemble pour chacun des meubles. Le traitement exceptionnel, dans les piètements, du monogramme A. B., celui du propriétaire des lieux Auguste Brandenburg, fit l’objet de nombreuses recherches pour parvenir à l’investir de l’intention symbolique souhaitée par les deux créateurs et à en faire un chef-d’œuvre d’avant-garde aux indéniables qualités architecturales. Emilio Terry, créateur Art déco Artiste mythique du XXe siècle, aux créations d’une insigne rareté, Emilio Terry nous livre, avec cette desserte Monogramme, une lecture supplémentaire de son œuvre et de sa place dans l’histoire des arts décoratifs. En effet, cet inventeur du style Louis XVII, célèbre pour son mobilier puisé dans un passé revisité et réinventé, toujours avec un sens très aigu des proportions et des volumes, prend une réelle place, avec ce meuble, parmi les grands créateurs Art déco. Même si cette table, conçue en 1928, préfigure, dans son essence néoclassique, son mobilier des années 1930 et d’après-guerre, elle nous offre une véritable excursion dans l’avant-garde par le choix de l’utilisation du métal et par la traduction du monogramme de son commanditaire en prouesse artistique. Imaginée à une époque où de grandes collections de mobilier Art déco se constituaient, celle de Jacques Doucet en tête, comment ne pas faire le parallèle entre cette desserte d’une conception totalement originale et les quelques meubles qui, devenus des références voire des icônes, virent le jour entre 1920 et 1930 ? Comment aussi, en observant ce meuble d’Emilio Terry, ne pas penser à un autre parcours, celui de Jean-Charles Moreux qui avant de devenir le créateur que nous connaissons, avait conçu, précisément pour Jacques Doucet, une table éclairante, devenue légendaire, en peau de crocodile, galuchat, ébène, ivoire et verre, restée dans toutes les mémoires ? Cette œuvre, objet d’une réelle redécouverte et jamais révélée au marché, nous donne l’occasion d’ajouter une nouvelle pièce historique dans la liste bien courte des chefs-d’œuvre de l’Art déco et de hisser son auteur au rang des grands créateurs de cette période.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Mobilier classique
À propos de la vente
Catalogue
03/12/2015
Proposé par Ader
01 53 40 77 10

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