Lot 148
EXCEPTIONNEL ENSEMBLE DE QUATORZE MOTIFS EN SEMIS ET UN FRAGMENT DE TOILE ROUGE PROVENANT DU CHALE DE SABINE.
SEULS ELEMENTS APPARTENANT ENCORE A UNE COLLECTION PARTICULIERE, LES AUTRES REPARTIS ENTRE LE MUSEE DU LOUVRE, LE MUSEE DES BEAUX-ARTS DE LYON ET LE MUSEE DES TISSUS DE LYON.
Ils représentent :
- deux mères assises portant leurs enfants sur les genoux ; à gauche, un homme dénudé pouvant faire partie d’une scène de banquet (10 x 9,2 cm).
- un bouquet de fleurs épanouies (6,8 x 11,5 cm).
- un canard vers la gauche abrité sous des nénuphars (8,2 x 8,2 cm).
- un putto tenant une corbeille (10 x 9 cm).
- un canard vers la droite abrité sous des nénuphars (8 x 10 cm).
- un caprin vers la droite attaqué par un félin (8 x 7,8 cm).
- une fleur à huit pétales rouges (12 x 9 cm).
- un putto portant un canard (8 x 7 cm).
- un canard vers la gauche abrité sous des nénuphars (10 x 13,5 cm).
- une néréide dans un décor végétal (8,5 x 6 cm).
- un canard vers la gauche abrité sous des nénuphars (7 x 9 cm).
- un caprin vers la gauche se retournant (11,5 x 13,2 cm).
- un bouquet de fleurs épanouies (12,5 x 12 cm).
- une fleur à huit pétales rouges (7,6 x 6 cm).
- fragment de toile rouge (7 x 15,5 cm).
Dimensions avec les restes de toile rouge présents.
Toile et tapisserie de laine et lin.
Égypte, Antinoé, VIe siècle.
Dimensions du montage : H_69 cm L_80 cm
Provenance :
Collection particulière.
Ancienne collection Albert Gayet (1856-1916).
Publication :
M.-H. Rutschowscaya, Le châle de Sabine, chef-d’œuvre de l’art copte, 2004, p. 41, reproduit pp. 57 et 84.
Publication :
M.-H. Rutschowscaya, Le châle de Sabine, chef-d’œuvre de l’art copte, 2004, p. 41, reproduit pp. 57 et 84.
Bibliographie succincte du Châle de Sabine :
- Musée du Louvre :
A. Gayet, “Les nouvelles fouilles d’Antinoé”, La revue de l’art, XIV, n° 76, juillet 1903, pp. 77-79, 81-83.
A. Gayet, Notice relative aux objets recueillis à Antinoé pendant les fouilles exécutées en 1902-1903 et exposées au musée Guimet du 7 juin au 7 juillet 1903, Paris, 1903, pp. 42-43.
É Guimet, Les portraits d’Antinoé au musée Guimet, Paris, 1912, pp. 17-18.
A. Gayet, Ce que racontent les momies d’Antinoë. Le Roman de Claude d’Antioche, Paris, 1914.
R. Pfister, “La décoration des étoffes d’Antinoé”, Revue des arts asiatiques, 1928, pp. 215, 227, 229, 238.
H. Peirce & R. Tyler, L’Art byzantin, Paris, 1932, pp. 92-93, pl. 156-157.
Ch. Delvoye, “Éléments iconographiques gréco-romains dans l’art copte : le châle de Sabine au musée du Louvre”, Chronique d’Égypte, LX, Bruxelles, 1985, pp. 48-55.
M.-H. Rutschowscaya, Tissus coptes, Paris, 1990, pp. 55, 93-95.
M.-H. Rutschowscaya, L’Égypte ancienne au Louvre, Paris, 1997, pp. 231-234.
L’Art copte, catalogue d’exposition, Paris, Petit Palais, 1964, pp. 147 et 150, n° 152.
Au fil du Nil : couleurs de l’Égypte chrétienne, catalogue d’exposition, Paris et musée Dobrée, Nantes, 2001, pp. 108-111, n° 76.
- musée des Beaux-Arts de Lyon :
G. Galliano, Les Antiquités. L’Égypte, le Proche-Orient, la Grèce et l’Italie, Paris, 1997, pp. 52-53.
- Musée des Tissus de Lyon :
Y. Bourgon-Amir, Les Tapisseries coptes du musée historique des Tissus, Montpellier, 1993, pp. 76-77.
M.-H. Rutschowscaya, Guide des collections. Musée des Tissus de Lyon, Lyon, 1998, p. 28.
Albert Gayet, hiver 1902-1903.
“Le deuxième personnage de cette civilisation si complexe de l’époque byzantine est une femme, nommée Sabine, qu’à la richesse de sa toilette, on peut qualifier de patricienne, bien qu’aucune mention de rang ne soit ajoutée à son nom. Ce costume ne diffère en rien, quant à la forme, de celui des autres mortes ; seulement, le mantelet, au lieu d’être de laine, est en bourre de soie, teinte de pourpre ; et, par-dessus, se drapait autrefois un long châle, qui, au jour de l’ensevelissement, servit de linceul. [...]
C’est qu’aussi cette Sabine était chrétienne, malgré son châle païen ; une chrétienne inquiète, il est vrai ; une adepte des systèmes gnostiques. Le savait-elle au juste ? À côté des ivoires rayés de cercles, caractérisant l’époque où vécurent les grands philosophes alexandrins, qui osaient prétendre à la gnose - la science infuse -, voici un délicat débris de lampe de verre émaillé, avec la croix et les paons. Voici encore l’ichthus d’ivoire, le poisson dont le nom donnait, par rébus, celui sous lequel les néophytes reconnaissaient le doux Maître. Pourtant, ce symbolisme de la foi humble des catacombes coudoie, une fois encore, celui de la doctrine des Basilidiens. Une toute petite tête de diorite reproduit les traits d’Abraxas, le principe du ciel intermédiaire, ou, pour dire mieux, les trois cent soixante-cinq cieux intermédiaires, car ce nom d’Abraxas n’est autre que l’équivalent du groupe formé par les lettres-chiffres, donnant en grec le nombre trois cent soixante-cinq.”
A Gayet, “Les nouvelles fouilles d’Antinoé”, La Revue de l’Art, XIV, 1903, pp. 80-82.
“Il [Claude] tente de se frayer passage au milieu des mystes : elles s’écartent, mais pour faire place à une femme qui s’approche, grave, la figure hautaine, drapée dans un merveilleux châle à fond rouge, qui l’enveloppe complètement. De superbes broderies s’y étalent, montrant toute la sensualité du décor bachique. Des médaillons y enferment la légende de l’Isis-Aphrodite ; des appliques qui l’encadrent et se rejoignent en un chaînage de pendentifs et de fleurons se remplissent d’amours joufflus, jouant en barque, à travers des fourrés de lotus fleuris. Des nymphes et des faunes courent en semis sur le fond, mettant à la somptuosité de cette toilette toute la licence du paganisme. Et cependant, celle qui est ainsi vêtue est une chrétienne, la patricienne Sabine, que Claude a rencontrée à l’agape, au tombeau d’Abadion.”
A. Gayet, Ce que racontent les momies d’Antinoé. Le Roman de Claude d’Antioche, Paris, 1914, p. VI-VII.
Splendeurs d’Antinoé.
La cité d’Antinoé, située en Moyenne Égypte, a été décidée en 130 par l’empereur Hadrien, afin de conserver la mémoire de son jeune favori Antinoüs noyé dans les eaux du Nil ; un culte était pratiqué dans son temple. Au début de l’ère chrétienne, la ville devint la capitale de la Thébaïde et un important évêché doté de nombreux édifices de culte et de monastères ; elle déclina rapidement après l’arrivée des Arabes en 641.
Dans les années 1890, le lyonnais Émile Guimet (1836-1918), industriel et collectionneur, s’intéressa au site.
Il confia à Albert Gayet (1856-1916), en 1896, la charge de l’explorer. À partir de 1897, les sondages révélèrent la présence de nécropoles d’une richesse inouïe. Là, des hauts dignitaires et les gens de fraction plus modeste s’étaient faits ensevelir aux pieds de la montagne et dans la plaine. Jusqu’en 1911, A. Gayet exhuma des milliers de tombeaux dont les corps étaient habillés de vêtements enfilés les uns sur les autres, parfois enveloppés de linceuls.
Le jeune architecte et dessinateur Jules-Paul Gérard (1875-1953) fut chargé de dessiner et de relever à l’aquarelle les tissus issus des fouilles. Après chaque campagne, était organisée au musée Guimet une exposition du matériel exhumé.
La sépulture de Sabine.
Durant l’hiver 1902-1903, A. Gayet mit à jour, les sépultures de la magicienne Myrithis et d’une certaine Sabine, qu’il dévoila durant l’été 1903 : “Sépulture de la patricienne Sabine. Établie sur la pente de la montagne, dans le défilé nord, cette sépulture est principalement remarquable par l’extrême richesse du costume porté par la défunte. [...] Ce costume consiste en une robe de laine rose, sur laquelle est drapé un mantelet de bourre de soie pourpre, garni d’un gros bourrelet, entourant le front. Un châle de laine rouge, à carrés et appliques d’angle, médaillon central et semis de motifs brodés est incomparable. [...] Dans les appliques, tout un monde de petites figures nues apparaît. Ce sont, tour à tour, des scènes de pêche et de chasse ; des personnages en barques, passent à travers des fourrés de lotus. Ces images réapparaissent isolées, partout dans le semis, alternant à des touffes de fleurs, roses et lotus symboliques.” Sabine était accompagnée d’une image d’Abraxas en pierre, d’un poisson d’ivoire, d’un lion en bronze et d’un collier d’améthyste.
Sarah Bernhardt, le mythe du Châle.
Le châle, par la qualité du tissage et l’originalité des scènes, s’imposa comme un chef-d’œuvre de l’art copte ; rapidement, il fut mondialement connu. Jules-Paul Gérard fut chargé d’en reproduire certains détails et de tenter une reconstitution du costume de Sabine (documents conservés dans la collection de l’expert Pierre Chevalier).
L’actrice Sarah Bernhardt, qui venait de reprendre le rôle de l’impératrice Théodora dans le drame écrit par Victorien Sardou accompagné d’une musique de Jules Massenet, chargea son costumier Théophile Thomas de dessiner trois cents costumes inspirés des textiles découverts à Antinoé : “Ces costumes intéressent particulièrement les Parisiens. M. Thomas, le costumier de l’Opéra, demanda la permission de les dessiner, et il fit les patrons de ces costumes byzantins, en reproduisit les différents ornements, et c’est avec cela qu’on a pu remonter la pièce Théodora. C’est avec ces dessins que l’on a refait les costumes de tous les figurants et de tous les acteurs.” (É. Guimet, 1905).
La Bibliothèque Nationale de France, fonds Ch. Dullin, conserve plusieurs vêtements de Théodora ; certains, de toute évidence, sont largement inspirés par les décors du châle de Sabine.
Le Châle dispersé.
Aujourd’hui, le célèbre Châle de Sabine est dispersé dans trois musées (musée du Louvre, musée des Beaux-Arts de Lyon et musée des Tissus de Lyon) et une collection particulière.
- Musée du Louvre :
Inv. E 29302, dimensions du montage : 110 x 140 cm.
Pièce exposée au musée Guimet durant l’été 1903, et ayant fait partie des collections jusqu’en 1947, date à laquelle elle fut cédée au Louvre.
Elle se compose de deux tabula représentant Diane chasseresse et Apollon face à Daphné se transformant en laurier, d’un médaillon où apparaît Bellérophon terrassant la chimère, de deux galons en équerre à décor de putti dans un milieu nilotique, et de semis à décor de putti, végétaux et animaliers.
- Musée des Beaux-Arts de Lyon :
Inv. 1975-15, dimensions : 109 x 80 cm.
Pièce ayant fait partie de la collection d’Émile Guimet, cédée par la famille en 1918 au musée d’Histoire naturelle de Lyon, puis transférée au musée des Beaux-Arts en 1969-1970.
Elle est ornée de quatre registres de semis représentant des oiseaux, des fleurs, des putti et une scène érotique.
- Musée des Tissus de Lyon :
Inv. 886.I.58, dimensions du montage : 86 x 137 cm.
Pièce où sont disposés en quinconce onze semis représentant des fleurs, des volatiles et des putti.
- Collection particulière (textile présenté).
Dimensions du montage : 60 x 80 cm.
Pièce ayant fait partie de la collection d'Albert Gayet, puis donnée par lui à l’un de ses proches, formée de quatorze fragments de tapisserie et d’un fragment de toile rouge du fond.
L’appartenance au Châle de Sabine est assurée par la technique utilisée, le style des figures, mais aussi le répertoire connu dans les trois autres ensembles. Ainsi les fleurs rouges, les canards sous les nénuphars, les caprins dans les tondo, la néréide, les putti tenant un panier et un oiseau, se retrouvent sur les pièces du Louvre, du musée des Beaux-Arts et celui des Tissus de Lyon. De plus, la collection Pierre Chevalier conserve un dessin de Jules-Paul Gérard représentant le caprin se retournant, sur fond jaune, situé au bas de la composition.
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