Lot 131 - (su
Exceptionnelle arcade en bois, élément architectural
Cette superbe arcade est un élément architectural qui ornait très probablement la cour intérieure d'une medersa ou collège coranique. Autour de cette cour centrale, ou patio, étaient disposés quatre corps de logis marqués par des arcs, dont un donnait sur la salle de prière. Les murs de ces édifices étaient entièrement décorés de stuc sculpté d'un décor foisonnant d'entrelacs de palmettes et d'arabesques et la partie supérieure était agrémentée d'arcades et de poutres de plafond (berchla) en bois. Les arcades faites d'arcs brisés ou outrepassés pouvaient être en stuc ou en bois comme ici et reposaient sur des piliers. Cette arcade est en bois de cèdre. Le cèdre de l'Atlas est l'essence la plus utilisée au Maroc car elle n'a pas besoin d'être traitée, étant parfaitement sèche (André Paccard, Le Maroc et l'Artisanat Traditionnel Islamique dans l'architecture, Edition Atelier 74, 1980, vol.2 p.221).
Avec son décor couvrant d'entrelacs de palmettes doubles, et sa frise de rosettes cruciformes, cet arc est typique de l'art architectural de la dynastie des Mérinides du Maroc (1196-1465). Successeurs des Almohades, les Mérinides, qui déplacèrent la capitale de Marrakech à Fès, voulurent reconquérir l'Espagne et tenaient à apparaître comme les protecteurs et les bienfaiteurs de l'Islam officiel. L'art almohade avait banni le décor couvrant et offrait des œuvres à décor large, mais l'art mérinide au contraire réintroduisit au Maroc des décors florissants foisonnants et couvrants. Les sultans mérinides voulurent faire de Fès, la grande ville religieuse et intellectuelle, une grande ville d'art et ils enrichirent cette ville d'un grand nombre d'édifices religieux et publics. Pour de nombreux exemples d'arcades comparables à celle-ci, voir Charles Terrasse, Medersas du Maroc, Editions Albert Morancé, 1927 (notamment la médersa Bou Anania de Fès, 1357, pl.34-50) ; Boris Maslow, Les Mosquées de Fès et du Nord du Maroc, Paris, 1937 (par exemple l'arc devant le mihrab de la Jama Kbir à Taza, pl.V-VI ; et Prosper Ricard, Les Merveilles de l'autre France, Hachette, 1924, p.305 pour la cour de la médersa Attarine à Fès).
En ce qui concerne la datation de cette arcade, d'un point de vue stylistique, la boiserie offre les caractéristiques du décor mérinide. De plus, une datation scientifique a été effectuée sur cette boiserie par la méthode de dendrochronologie (Béatrice Szepertyski, Datation en dendrochronologie, Elément d'architecture en bois composant le haut d'une porte monumentale, Laboratoire d'Analyses et d'Expertises en Archéologie et Œuvres d'Art, Bordeaux, juillet 2001). Cette analyse conclut très clairement que la poutre testée date de la fin du XIVe-début XVe siècle. Mais généralement sous les mérinides, la frise de rosettes cruciformes est sculptée et non pas peinte comme c'est le cas ici. De plus, les exemples connus offrent souvent une sculpture du bois plus profonde que sur cette arcade (voir par exemple une semelle architecturale en bois conservée au musée du Batha à Fès dans le catalogue d'exposition De l'Empire romain aux Villes impériales, 6000 ans d'art au Maroc, Musée du Petit Palais, Paris, 1990, n° 427 p.206, ou un coffre épigraphié reproduit dans « Le Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie », Paris, 1999, p. 30). Quant aux couleurs de cette arcade, elles ressemblent plus à celles des bois peints du XVIIe siècle que à ceux des XIVe-XVe siècle dont on connaît d'ailleurs très peu d'exemples (Nous remercions Marie-France Vivier de nous avoir ouvert les réserves du Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie (MAAO) et de nous avoir montré des boiseries marocaines). Etant donné que le décor mérinide s'est maintenu par la suite au Maroc, il est donc possible de supposer que cette arcade fut réalisée aux XVIe-XVIIe siècles.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Divers
À propos de la vente