Lot 215
EXCEPTIONNELLE ARMOIRE Placage de noyer, bois précieux et ivoire sur âme de résineux H. : 232 cm - l. : 213 cm - P. : 85 cm Allemagne - Début du XVIIIème siècle Fente à la porte de droite, quelques manques visibles à l'ivoire. Petits manques aux corniches Par la richesse des matériaux, la qualité d'exécution et la recherche esthétique, cette magnifique armoire est digne des plus prestigieux modèles que les terres du Saint Empire aient produits au début du XVIIIème siècle : proche par la forme et la structure du chef d'œuvre de maitrise conservé au musée des Arts décoratifs de Strasbourg ; par le choix des matières et des figures de la très belle armoire de Breslau. (ci-contre reproduites). Meuble de conception architecturale, il se compose de trois parties, soulignées par de fortes moulures avec un ressaut au droit de chaque montant. La base s'appuie sur des pieds tournés en forme de sphère aplatie. Le corps s'ouvre à deux vantaux et se coiffe d'une architrave avec frise et corniche droite débordante. Des pilastres soulignent les montants. Leurs chapiteaux constituent la seule décoration sculptée, variation délicate et précieuse sur les feuilles d'acanthe du chapiteau corinthien. Des crochets surmontent la corbeille, l'abaque est ponctué d'une fleur. Lorsque l'ébénisterie apparaît au XVIIème siècle, l'Europe du nord, en particulier l'Allemagne, concentre les ateliers les plus innovants sur le plan technique et formel. Un nouveau vocabulaire ornemental se nourrit de motifs architecturaux, développé sur les cabinets et les armoires. Le siècle suivant constitue l'âge d'or de la marquèterie et l'apogée de la production allemande. L'armoire s'impose comme meuble d'apparat, supplantant le cabinet. Elle constitue la partie la plus en vue de la production d'un atelier. La qualité de la marquèterie repose sur la diversité et la richesse esthétique des bois, naturels et colorés, clairs et foncés. Les choix judicieux de l'ébéniste jouent des couleurs, du veinage, du grain, de la profondeur et de la luminosité des différentes espèces. Il intègre d'autres matériaux comme l'ivoire dans la composition. De ce jeu savant résultent des volumes et des effets de profondeur, le noir créé l'ombre, le blanc aux contours nets créé les premiers plans, les teintes de vert sur le fond brun rouge équilibrent les compositions plus qu'elles ne sont représentation naturaliste du monde végétal. Les effets de symétrie des motifs proviennent du mode de découpe inventé en Allemagne, la découpe par superposition, qui sera adoptée et modifiée en France par André - Charles Boulle au point de lui donner son nom. Les décors symétriques occupent les encadrements et les vantaux. Les ornements uniques se placent sur le montant central. Les battants accueillent un univers de douceur et de grâce. Dans l'angle supérieur s'amorce la belle envolée d'un ange souriant porteur d'une corne d'abondance renversée, dont le bouquet mêle à l'enroulement de feuilles déchiquetées les tiges souples des fleurs, longues comme des phylactères. La scène principale occupe le bas du vantail : une noble Dame, assise, présente une fleur d'un geste gracieux de la main. L'autre main retient avec autant d'élégance un pan de son vêtement. Derrière elle, une vasque de fleurs repose sur un petit meuble caché sous une étoffe verte à galon d'or. Le premier plan évoque un décor champêtre. Les veines du bois de placage composent un fond quasi abstrait de rochers ou de nuages, sur lequel se détache l'allégorie féminine de la Vertu. Cette représentation subtile et savante témoigne d'une grande maitrise technique et d'un sens quasi pictural de la composition. Les deux cartouches de la frise supérieure déclinent sur le même mode, autour d'une coquille baroque, les volutes aériennes des cornes d'abondance d'où s'échappent des rinceaux légers de feuilles frisées, prolongés de fleurs aux longues corolles. Les autres scènes relèvent d'un univers différent, qui valorise le pouvoir et la gloire. Sur le soubassement, deux cartouches répètent l'image d'une Diane chasseresse au charme maniériste, corps allongé et geste précieux, un croissant de lune mêlé à ses cheveux. Près d'elle se tiennent les chiens de sa meute. Un carquois est posé au sol, d'où elle tire la longue flèche qui lui sert d'emblème. A la base des pilastres, des fantassins romains au casque de fantaisie, campés fièrement sur le sol et porteurs d'une haute lance gardent l'entrée. Leur est dévolu le rôle qui revenait au lion depuis l'Antiquité. Selon le même principe de composition et avec les mêmes jeux de couleur que pour les personnages es vantaux, l'allégorie féminine avec sceptre, couronne et palme logée au pied du montant central symbolise la victoire et le triomphe. Tout au sommet, au centre de la frise, s'exposent des armoiries : l'aigle, oiseau héraldique de premier rang, symbolise le courage, la puissance et la grandeur. “Aigle éployée de sable, becquée et membrée d'or, tenant de sa dextre une épée et un sceptre et de la senestre un monde” : tel l'Aigle d'Autriche, surmontée d'une couronne et chargée au cœur d'un écusson aux armes de la famille du commanditaire. Elles désignent la prestigieuse provenance de ce meuble d'exception. Références : Cabinet de Nicolas Lenger, 1731, Musée de Cologne Armoire aux sept colonnes, 1715-1720, Musée des Arts décoratifs, Strasbourg Armoire de Breslau, 1720-1730, vente de 2010 Bibliographie : P.Ramon “Chefs d'œuvre des marqueteurs” t.2 ED. H.Vial 2000
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Mobilier classique
À propos de la vente
Catalogue
Haute Epoque (Drouot)
75009 Paris - France
01/06/2012
Proposé par AGUTTES
01 47 45 55 55