Lot 26 - A
Francisco de Goya y Lucientes (Fuendetodos, Saragosse, 1746 - Burdeos, France, 1828). D'après Diego Velázquez (Séville, 1599 - Madrid, 1660) Gravure sur papier. Calcografía, Madrid, 1778. 47 x 59,3 cm. Mesures de la marque de la plaque : 38 x 43,5 cm. Appartenant à la série "Los Borrachos" ("Les ivrognes"). Dans la marge inférieure, on peut lire : "Pintura de Don Diego Velázquez con figuras del tamaño natural en el Real Palacio de Madrid, que representa un BACO fingido coronando algunos borrachos : dibujo y grabado por D. Francisco Goya, Pintor Año de 1778" ("Peinture de Don Diego Velázquez avec des figures de taille naturelle dans le Palais royal de Madrid, représentant un BACCHUS feint couronnant quelques ivrognes : dessinée et gravée par D. Francisco Goya, Peintre. Année 1778"). Plusieurs copies de la gravure sont conservées dans d'éminents musées et fondations espagnols. Un exemplaire se trouve à la Fundación Goya en Aragón (inv. 225), un autre à la bibliothèque de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando (inv. Gr-3022) et deux autres au Museo del Prado (inv. G000048 et G005966). Ce musée conserve également le dessin préparatoire de Los borrachos (inv. D004330), ainsi que la peinture originale de Velázquez (inv. P001170), exécutée à l'huile sur toile en 1628-1629. La plaque de cuivre gravée est conservée à la Calcografía Nacional (inv. M3597), provenant du Fondo de recuperación, 1948. Comme l'indique la Fundación Goya en Aragón, des copies de deux éditions différentes de cette gravure sont conservées, la première et la troisième. Dans la troisième édition, le mot Merelo écrit à la main apparaît dans le coin inférieur droit. Dans notre cas, la gravure ne comporte pas cette inscription, ce qui signifie qu'elle appartient à la première édition, la seule réalisée par Goya de son vivant. Notre gravure s'ajoute aux treize gravures que Goya a réalisées d'après des œuvres de Vélasquez. L'objectif de Goya n'était pas de faire de simples copies, mais d'étudier la peinture de Vélasquez, qui serait désormais présente dans son propre travail, et d'apprendre la gravure à l'eau-forte de manière indépendante, une technique d'impression qui servira de base à toutes ses séries d'estampes ultérieures, comme l'explique le Prado. L'origine de ces gravures est la nécessité, pour un groupe de penseurs des Lumières de la fin du XVIIIe siècle, de faire connaître les grandes œuvres de la peinture espagnole. C'est pourquoi un projet de gravure des chefs-d'œuvre conservés dans les collections royales espagnoles a été entrepris, comme l'indique la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando. Ainsi, comme l'indique la Fundación Goya en Aragón, la copie que Goya a réalisée de cette œuvre est sensiblement plus claire et plus lumineuse que l'original sur lequel il a travaillé. L'artiste aragonais a éliminé la différence entre l'anatomie nacrée de Bacchus et les tissus sombres et rugueux du groupe d'ivrognes qui l'accompagnent. Il rompt ainsi la division claire en deux zones que Velázquez avait créée dans le tableau, en apportant une unité spatiale qui n'existait pas dans l'original. Il a même éclairci le personnage accroupi dans le coin inférieur gauche, qui est beaucoup plus sombre dans le tableau du Museo Nacional del Prado. Cependant, Goya fait preuve d'une capacité intéressante à capturer les plis des tissus, en particulier dans les vêtements qui couvrent la moitié inférieure du corps de Bacchus. La Gaceta de Madrid annonça en décembre 1778 la vente de deux nouvelles estampes représentant, l'une le prince Don Baltasar Carlos à cheval et l'autre un Bacchus feint couronnant des ivrognes, qui vinrent s'ajouter à la vente de neuf autres estampes de la série de Velázquez. En ce qui concerne la relation de Goya avec la technique de la gravure, la RABASF signale qu'au-delà de ses réalisations techniques, la plus grande contribution de Goya à l'histoire de l'estampe est d'avoir su utiliser ses possibilités en anticipation de l'art graphique contemporain et de la pensée esthétique moderne. Il a utilisé l'image imprimée comme un véhicule pour exprimer son monde intérieur, ses préoccupations et ses doutes sur la société dans laquelle il vivait. Les estampes de Goya constituent le témoignage visuel d'un artiste qui s'interroge sur la condition humaine et le cours de l'histoire, capable de synthétiser en images les deux niveaux de l'existence : le monde intérieur et le monde de la réalité objective. Références bibliographiques : - Academia Colecciones. (n.d.). Goya y Lucientes, Francisco de". https://www.academiacolecciones.com/estampas/inventario.php?id=M-3597 - Fundación Goya en Aragón. (n.d.). Los borrachos". https://fundaciongoyaenaragon.es/obra/los-borrachos-1/688 - Museo del Prado. (n.d.). Los borrachos, o El triunfo de Baco". https://www.museodelprado.es/coleccion/obra-de-arte/los-borrachos-o-el-triunfo-de-baco/83e12d94-f21f-4200-be7d-47b00e33fc37 Références : - Harris, Th., v.II, 4. - Páez, Repertorio, t.I, 4. - Calcografía Nacional. Catálogo, 156. - Museo del Prado. Catálogo de estampas, 244.
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