Lot 406
Gioacchino ROSSINI (1792-1868).
20 L.A.S. et 1 P.A., Bologne 1844-1847, à la cantatrice Anna de Lagrange ; 22 pages in-4 ou in-8, nombreuses adresses avec marques postales ; en italien (qqs petites rousseurs, 3 petites découpes).
Importante correspondance à la soprano française Anna de Lagrange (1824-1905), que Rossini prend sous sa protection, et dont il encourage la carrière.
Rossini semble avoir fait sa connaissance au début de 1844, peut-être lorsqu’elle chanta le rôle-titre de Linda di Chamounix de Donizetti à Bologne ; la jeune française avait étudié à Milan auprès de Mandanici, ami du compositeur, qui s’intéressa de près à sa carrière.
Outre les grands rôles de l’opéra italien, elle chanta régulièrement dans des auditions du Stabat Mater, notamment à Bologne en février 1845 où Rossini accompagnait lui-même au piano ; plus tard, elle fut la première à chanter La Traviata en Amérique à New York en 1856.
Les lettres de Rossini sont adressées à la chanteuse au fil de ses tournées, à Milan, Livourne, Venise, Turin, Rovigo, Trieste, Padoue, Rome et Florence.
27 mars 1844. Dès la première lettre, Rossini se montre dans le rôle de l’agent : il recommande que Lagrange obtienne un passeport et qu’elle quitte Milan pour Livourne, où il a négocié un contrat pour elle avec les impresarios Sabagli et Berettoni, du 1er avril au 8 mai, pour un montant de 4.000 francs ; elle peut voir que le travail est léger et le cachet adéquat…
Elle chantera avec Zuchini, Sossieri, Manfredini, Zuchelli, dans I Lombardi, Don Pasquale et le Stabat Mater.
Il l’incite à hâter son départ et à se rendre à Gênes pour prendre le bateau.
Elle doit se dépêcher, car tout retard pourrait ruiner l’imprésario et compromettre l’honneur de Lagrange et celui de Rossini. Pendant ce temps, il va s’occuper pour elle d’autres affaires, et ils choisiront les meilleures offres.
10 mai, à propos de la saison du Carnaval de Bologne : il lui suffit de signer le contrat, qu’il a préparé avec « la solida e nobile Società di Bologna ». Elle débutera dans Linda di Chamounix de Donizetti, spectacle nouveau pour Bologne, où elle aura un rôle magnifique ; puis elle fera Don Pasquale, et enfin le Stabat Mater ou Mosè. Il espère qu’elle est contente…
3 juin. Il se réjouit d’avoir négocié un bon contrat pour Turin et Trieste à l’automne : 8.000 francs, les meilleurs endroits, et le choix de la première partition. Bonola lui fait des propositions pour le printemps 1845 à Gênes ; elle pourra traiter à son retour à Milan en demandant 8.000 francs et un bénéfice…
On joint une note autographe résumant les termes du contrat de Trieste. 13 novembre. Il est ravi d’apprendre son grand succès à Venise. Si la direction à Madrid est fiable, il conseille d’accepter un engagement de sept mois, à 50 mille francs et un bénéfice… Il ne pense pas que son idée d’Otello soit bonne pour la prochaine saison du carnaval… 10 avril 1845. Il se plaint d’être sans nouvelles. Il suggère de demander à Giaccone 12.000 lires d’Autriche, mais d’accepter 10.000 et un bénéfice. Il faut se décider pour le compromis de Naples pour l’automne et le Carnaval de 1846-1847…
[4 mai].
Il tâche d’arranger pour elle une affaire à Rovigo avant la saison de Turin. Naples est prêt à accorder ce qu’il demandait : 800 ducats mensuels…
24 octobre. Il va traiter pour la foire de Padoue à 8.000 francs et un bénéfice.
24 novembre. Il approuve qu’elle refuse de chanter à Venise au printemps, car c’est une ville où elle doit (le moment venu) chanter le Carnaval. Il préfère Padoue à Faenza…
4 décembre. Il ne peut traiter deux affaires pour la même époque. Il ne voit pas d’inconvénient à chanter à Venise, si la compagnie est bonne, et si on la paie bien, car l’impresario est solide. On vient lui parler de Padoue pour un nouvel impresario…
16 février 1846. Il la prévient que le fils de Lanari (Antonio Lanari, fils du célèbre Alessandro), qui lui avait fait des propositions pour Rome, a fait de très mauvaises affaires et s’est enfui pour se retrouver à Venise avec son père… Provini, directeur du Théâtre de Marseille, aimerait l’avoir pour le printemps prochain.
Il parle également de l’impresario Fabrici, qui a le Théâtre de Padoue pour la saison de la Foire, de la foire de Sinigalia… Il préférerait l’automne à Vérone plutôt que Rome….
7 mars. Il lui conseille d’accepter immédiatement le contrat de Rome pour le théâtre Apollo, même si le cachet n’est pas ce qu’elle mérite et que Rossini désire pour elle, mais elle doit aller à Rome à cause de la publicité (« in ragione del Cartello »).
Mais il ne faut pas aller à Vienne sans contrat, de crainte d’une piètre rémunération, voire l’humiliation de ne pas être engagée…
4 mai. Il déplore que l’impresario de Trieste n’ait pas payé ce qu’il devait et ait donné à la place une lettre de change, il espère cependant que tout ira bien et qu’elle ne perdra pas ce qu’elle a gagné par son talent et ses sueurs. Il trouve médiocre l’offre pour la foire d’Alessandria, mais au moins l’impresario est sûr ; il peut lui trouver à la même époque une offre pour l’ouverture du théâtre de Cesena… Il la remercie pour l’envoi de pantoufles brodées par elle…
10 juin. On lui a fait une proposition pour l’ouverture du Théâtre d’Ascoli dans les Marches, juste après la saison de Cesena, elle serait ainsi sur la route de Rome…
22 juin. Bonola la demande pour Morosini, l’impresario de Verona : elle ne doit demander 10.000 lires et une soirée ; si Giaccone lui fait le même cachet pour le seul Carnaval, elle doit lui donner la préférence… 13 juillet. Il l’engage à signer pour Ascoli, ayant négocié un cachet plus grand. Si elle veut faire Ernani [de Verdi] comme premier opéra, quelle choisisse elle-même une seconde partition, mais pas de grand spectacle.
6 août. Il a une proposition de Bonola pour la foire de Reggio en 1847. Sculari voudrait faire comme second opéra à Ascoli I Puritani [de Bellini] : c’est un opéra qui conviendrait parfaitement à la voix d’Anna…
18 août. Il a fait leurs comptes, et tient pour elle 6.164 francs, 632 scudi romani…
10 décembre. Il a une proposition de Ricordi pour l’an prochain à Saint-Pétersbourg ; il trouve que 30.000 francs sont trop peu, et qu’elle devrait demander 35, plus une soirée à bénéfice ; Bordogni se contente de 1.000. Il reparle de leurs comptes, ayant touché la lettre de change et envoyé des fonds à Paris…
28 mai 1847. Il se réjouit d’apprendre son arrivée prochaine.
Il organise avec les dilettanti de musique de Bologne une grande Académie au Teatro Communale, au bénéfice d’un asile pour les enfants ; à ce concert, 40 dames chanteront ses choeurs Fede Speranza e Carità (Foi, Espérance et Charité), puis huit dames pianistes joueront quelques pièces à 16 mains ; mais il leur manque une étoile pour éclairer l’horizon, et tous espèrent qu’il pourra obtenir qu’Anna chante quelque chose en cette circonstance philanthropique…
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