Lot 171
GIOVANNI RAFFAELE BADARACCO
(Gênes, 1648 - 1726)
Massacre des Innocents
Huile sur toile, 147X223 cm
Malgré son expression "inachevée", la toile présentée ici doit être considérée comme l'une des créations les plus intéressantes de Giovanni Raffaele Badaracco, et la construction scénique théâtrale d'un goût baroque marqué témoigne des affirmations de Ratti concernant la formation romaine du peintre. Cependant, la culture protéiforme de l'artiste, élève de Carlo Maratti, observateur de la manière de Cortona et qui, après huit ans d'études à Rome, se rendit à Naples puis à Venise, témoigne d'une adhésion marquée à la culture génoise. Dans notre cas, on reconnaît surtout un "faire" à la Valerio Castello, principalement grâce à la construction scénique, au dessin et aux contrastes de clair-obscur dissous dans une surprenante rapidité picturale. Le tableau, en effet, témoigne de l'extraordinaire talent de dessinateur de Badaracco, qui se mesure à un texte iconographique d'une grande importance pour l'art génois du XVIIe siècle. Il suffit de penser à la peinture exécutée avant 1604 par Giovanni Battista Paggi pour Gio. Carlo Doria célébrée par Giovanni Battista Marino en 1609, devenant également une source d'inspiration pour de nombreux peintres de l'époque dont Pierre Paul Rubens (voir M. C. Galassi, La Strage degli Innocenti by Giovan Battista Paggi for Gio. Carlo Doria : un'abbozzo inedito e qualche ipotesi per una 'nobile gara', in AA.VV., L'arte nella storia. Contributi di critica e storia dell'arte per Gianni Carlo Sciolla, Milan 2000, pp. 369-377). Cela dit, par son habileté picturale, le tableau pose la question de la formation de Badaracco, étant donné que son père Giuseppe meurt en 1657 et que l'on ne sait rien de la suite artistique de son fils qui s'installe à Rome "à un âge déjà assez avancé". À cet égard, il faut rappeler que le thème du Massacre des Innocents, abordé à plusieurs reprises par Valerio Castello, a été à son tour illustré par son élève Giovanni Battista Merano lorsqu'il a réalisé la toile inachevée destinée à l'église de Santo Stefano (aujourd'hui conservée à la Soprintendenza). Cela dit, le tableau se révèle être une création de sa pleine maturité et est comparé à la toile du même sujet peinte par l'auteur aujourd'hui dans une collection privée (fig. 1, huile sur toile 90X198 cm).
Nous remercions Camillo Manzitti pour la confirmation de l'attribution.
Bibliographie de référence :
R. Soprani, C. Giuseppe Ratti, Vite de' pittori, scultori ed architetti genovesi, Genova 1768-1769, vol. II, pp. 69-73
M. Newcome Schleier, Raffaello Badaracco, in Antichità Viva, 19 (1980), no. 2, pp. 21-27
Clario di Fabio, Gio Raffaele Badaracco. Qualité et industrie, in Bollettino dei Musei Civici Genovesi, 14 (1992), no. 40-42, pp. 61-91
A. Orlando, Peintures génoises du XVIe au XVIIIe siècle. Ritrovamenti dal collezionismo privato, Turin 2010, pp. 29-30
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