Lot 186
Grande plaque en émail peint polychrome avec rehauts d'or représentant La Nativité avec l'Annonce aux bergers et Gédéon. Liseré noir en bordure. Contre-émail grumeleux de couleur bleu sombre. Au premier plan, Marie et Joseph sont agenouillés avec, entre eux, l'âne et le boeuf. La Vierge, les mains jointes, regarde Jésus, entièrement nu, couché sur le revers de son manteau étalé sur le sol ; Joseph, le buste penché vers l'avant, tient un cierge allumé dans sa main gauche ; le sol est parsemé de touffes de fleurs à quatre pétales ; derrière la Vierge, on peut voir l'étable abritant un abreuvoir avec une lucarne sur son toit. Un plessis sépare cette scène de l'arrière-plan. Au second plan, paysage accidenté avec, sur la gauche, l'Annonce de l'Ange aux bergers et, sur la droite l'Apparition de l'Ange à Gédéon. L'Annonce aux bergers se compose d'un berger qui accourt, un agneau dans un panier, et d'une femme qui danse au son d'un joueur de cornemuse ; dans l'angle supérieur gauche, un ange en buste leur présente une banderole avec l'inscription en lettres gothiques gloria in nex celcis (sic) deo. En haut à droite l'Apparition de l'Ange à Gédéon avec le chevalier en armure agenouillé et les mains jointes, son écu posé à terre, devant un ange en buste tenant une banderole avec l'inscription d[omin]us tec[um]viror [u]m fortissime ; la toison miraculeuse est posée à côté de lui. Limoges, attribuée au Maître pseudo-Monvaerni, vers 1500 Hauteur : 21,8 cm - Largeur : 22,3 cm (petites restaurations notamment à l'angle inférieur droit, quelques altérations aux émaux bleus et manganèses) La présence d'une scène de l'histoire de Gédéon dans cette Nativité doit s'interpréter ici comme un rappel de l'Annonciation à la Vierge et la préfiguration du Christ au Mont des Oliviers. Une gravure du XVe siècle, vraisemblablement allemande ou du nord de l'Europe, est à l'origine de la composition de cette plaque. Plusieurs traits sont en effet caractéristiques comme le pittoresque de certains détails, la présence d'une clôture en plessis, les plis volumineux et accidentés des manteaux s'étalant sur le sol avec l'Enfant Jésus posé sur celui de Marie ainsi que les rochers escarpés de l'arrière-plan. On connaît trois autres plaques dans des collections publiques reprenant la même composition attribuées au Maître pseudo-Monvaerni : l'une au musée Czartoryski de Cracovie (fig. a), une autre au musée des Beaux-Arts de Lyon attribuée (fig. b), une troisième au musée des Beaux-Arts de Limoges (2003. 25. 1), cependant incomplète sur son côté droit et dont on situe l'exécution au premier quart du XVIe siècle. Celle présentée ici semble jusqu'à ce jour inédite. On regroupe sous l'appellation du Maître pseudo-Monvaerni, un ensemble d'une cinquantaine d'émaux peints, parmi les premiers réalisés à Limoges, réunissant un certains nombre de caractères qui les rendent assez facilement reconnaissables : sujets religieux, compositions tirées de gravures du XVe siècle allemandes ou nordiques mais aussi lyonnaises, réalisme des traits des personnages allant parfois jusqu'à une certaine brutalité, raideur dans les attitudes. Le nom Monvaerni vient d'une inscription AVE MARI MONVAERNI que l'on peut lire sur l'épée tenue par la sainte Catherine du triptyque de La Crucifixion conservé au Taft Museum de Cincinnati, Ohio (inv. 1931-268). Cette signature, abrégée, se retrouve également sur un autre triptyque, celui de la collection Germeau. Sans que l'on puisse dater précisément ces émaux, leur production semble s'être étalée sur plusieurs dizaines d'années, de 1480 à 1510 environ, et avoir été réalisées par plusieurs mains. Un certain nombre de grandes plaques, aux dimensions similaires à cette Nativité, ont été répertoriées, notamment un ensemble de douze plaques à sujets religieux conservés au musée du Louvre (OA 6309a à OA 6309l) et que l'on date de la fin du XVe siècle. S'il existe une familiarité dans la facture de ces plaques avec celle de la Nativité, cette dernière semble avoir été réalisée quelques années plus tard. Ses coloris crus, les traits plus appuyés du dessin, une amabilité dans les physionomies, un modelé moins accusé des carnations annoncent déjà la Renaissance. Cependant une plaque de l'ancienne collection Chalandon représentant La Mise au tombeau, de format plus carré, récemment passée en vente publique, montrait un semblable éclat dans les coloris tout en étant datée 1475 par le spécialiste de la maison de vente. Comparaisons et ouvrages consultés : J. J. Marquet de Vasselot, Les Emaux limousins de la fin du XVe siècle et de la première partie du XVIe, Paris, 1921 ; S. Baratte, Les Emaux peints de Limoges, Musée du Louvre, Paris, 2000 ; Sotheby's, Paris, vente du 20 avril 2012, lot 11, Grande plaque en émail peint, "La Déploration du Christ", 24,5 cm x 22,5 cm, ancienne collection Chalandon, vendue 156 750 Euros frais compris.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Dessins, aquarelles et pastels
À propos de la vente
Catalogue
13/12/2012
Proposé par Art Valorem
01 71 20 31 43