Lot 213
IMPORTANTE MISSIVE D'UN GENERAL EGYPTIEN, YA'QUB HANNA, AU GENERAL BONAPARTE
Document majeur concernant la fin de l'expédition française en Egypte. 213.
Lettre sur papier de 29 lignes de texte en écriture naskhî à l'encre noire et or et rehauts bleus dans un encadrement doré.
Un salut liminaire à l'or est surmonté d'une enluminure polychrome dorée d'arcatures ornées de fleurons et de tiges fleuries sur fond clair , l'arcature centrale agrémentée d'une croix au centre est entourée de tiges foliées à larges roses stylisées oranges.
Le texte est enluminé de rosettes marquant la fin des phrases.
La signature en bas à droite, donnant De ‘Abd Muhabbikum le Général Ya'qub Hannâ , est inscrite à l'or, dans un décrochement polylobé du cadre.
L'adresse de la lettre à Napoléon Bonaparte occupe une place centrale dans la missive, largement écrite à l'or.
Le général commence ensuite sa missive en rappelant les promesses faites par Bonaparte à lui-même et ses alliés.
S'ensuit une évocation des bouleversements de la situation française en Egypte, qui nécessitent selon Ya'qûb une intervention et une réponse de Bonaparte : état d'avancement des troupes du général Damâs, décès du général Desaix à Marengo, critique de la conquête du pays et désolation de la population copte, sentiment d'abandon de ces derniers et de leur force armée dirigée par le général ‘Alî al-Fîr, et enfin conduite des forces françaises par le général Menou, qui nous le savons par ailleurs, les mènera à l'échec. Dans les salutations finales qu'il adresse à Bonaparte, le général Ya'qûb indique que la missive sera transmise par l'intermédiaire du général Kulaymân, représentant de Sanawîl, un allié de Ya'qûb, et il indique également qu'une réponse est attendue urgemment.
Egypte, vers 1800
Dim. : 48,7 x 18 cm
Historique : L'évocation de la mort du général Desaix à la bataille de Marengo, le 14 juin 1800, nous permet de dater cette lettre de la deuxième moitié de l'année 1800, peu de temps après cet évènement.
Biographie : Ya'qûb Hannâ, né en 1745 et mort en 1803, est relativement méconnu car son ralliement aux forces françaises laissa dans la mémoire égyptienne une image controversée. Parfois surnommé Ya'qûb al-Sa'îdî, ou Jacob le Copte, il exerça d'abord la charge d'intendant de Sulaymân Bey. Très tôt rallié aux français, qu'il voyait vraisemblablement comme un moyen de réunifier le territoire, il tacha notamment de mettre en place le réseau de relais nécessaires à l'avancée des troupes françaises dans le Sud, ses qualités faisant alors l'objet des louanges de Desaix et de Vivant Denon.
Il joua ensuite un grand rôle dans le soulèvement du quartier chrétien du Caire en avril 1800, et en fut récompensé par le général Kléber qui lui donna le titre de général de la Légion Copte. Après la capitulation du Caire, le 27 juin 1801, et le retrait progressif des forces françaises qui s'ensuivit, il choisit l'exil et quitta l'Egypte le 10 août 1801.
Cependant, il rédigea alors un projet d'indépendance pour l'Egypte, témoignant de l'ambiguïté de sa pensée, avant de mourir de dysenterie sur le bateau qui devait le ramener en Egypte.
Bibliographie : Sur ce général et le contexte de rédaction de cette missive voir notamment l'article de A. Louca, Ya'qûb et les Lumières , R.E.M.M., 52/53, 1989, p. 63-76 , l'ouvrage de G. Homsy, Le général Jacob et l'expédition en Egypte, Marseille, 1921 et les Chroniques d'Egypte (1798-1804), de Nicolas Turc, publiées et traduites par Gaston Wiet, Le Caire, 1950.
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