Lot 185
Jacques VILLEGLE « 56 AVENUE DU MAINE », 1959 Affiches lacérées marouflées sur toile signée, titrée et datée au dos 124 × 139 cm Certificat de Jacques Villéglé Provenance : - Galerie Beaubourg, Paris - Collection particulière Nombreux sont ceux qui ont pu penser et peuvent encore maintenant croire que face à une palissade recouverte ou partiellement dévêtue, dépenaillée comme en charpie d´affiches publicitaires partiellement arrachées ou outragées par le vent, la neige, la pluie, les projectiles de toutes sortes, il n´y avait rien d´artistique ou d´esthétique. Pire ! que l´oeuvre de Jacques Villeglé tenait de la gageure. Pas de formes identifiables, rien qui puisse laisser penser que le collage d´affiches lacérées relevait d´une esthétique involontaire ou d´un volontarisme esthète. Que l´on se détrompe : d´aucuns pourraient ne pas voir que ce qui sous-tend toute oeuvre d´art valable à savoir le dessin serait ici inexistant. Or toute l´oeuvre de Villeglé est charpentée par le dessin, l´armature, la structure irremplacable pour édifier un edifice solide tant dans ses bases, son contenant que dans son contenu. Palimpsestes étoilés, découvrement et défloration de la surface, de la matière faite chair comme une peau grattée, dessous révélés, esthétique de la déchirure, coexistence du ça et de l´en deça des choses, contact et défloration du subjectile, de ce qui affleure en dessous et après en surface, affirmation du réfèrent sans recours au support d´un signifié stérile ou d´un quelconque signifiant, liberté, orchestration multiple et jubilatoire des couleurs-coulures hasardifiées comme des formes obtenues, papiers maculés, délavés, encres d´imprimerie passées, soif inextinguible d´ouvertures de champs. Comment faire quand la peinture a déjà tout dit Réponse simple mais réalisation semée d´embûches: laisser faire le hasard tout en l´orientant, contrôler ce bazard, tissus et trames bariolés, sauvagerie de l´arrachage brut tout en étant mesuré, accompagné tout comme en un autre temps, d´une autre manière, Marcel Duchamp “assistait” ou “rectifiait” ses ready-made. Jacques Villeglé peintre: non; affichiste: pas davantage, poète: sans doute. L´homme se plait à situer ses oeuvres par rue ou par références au mois et à sa tonalité principale, ce qu´il nomme son intimisme impressionniste se conjugue avec une sorte d´exteriorisation d´expression(nisme). “Lettres”, “lacérées”, “nuageosités villegléennes”, résidu et résultante voire resurrection de paysages urbains que la ville (l´oeuvre de Villeglé trouve sa matière première dans l´urbanité pour en déterrer ou en revéler ses résidus, ses déchets, paysages, lieux, apories abstraites dans le sens littéral et premier du terme (extraire de) au sein duquel la ville se voit produire elle-même ce dont elle prétend se défendre: la surinflation, la surproduction, l´éphémèrité du message publicitaire et sa dégradation, chose derelictae tout en affirmant le mur comme image extrême et signifiante par elle-même. Villeglé arpenteur des murs-affiches et de leur dereliction, paysagiste urbain autant que créateur d´images résultant de la destruction des images figuratives éphémères de la publicité médiatique. L´importance d´une œuvre ou d´un ouvrage comme ceux de Villeglé est d´en être revenu à l´opération constitutive et primitive de l´art d´être un parement, une paroi sur lesquels et au sein desquels, les sensations se font et se défont au moyen d´arrachages d´affiches et de leurs recompositions.
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Dessins, aquarelles et pastels
À propos de la vente
Catalogue
15/12/2013
Proposé par Maître DE CRISNAY
01 39 50 69 82