Lot 65
Jean BERAUD Réunion publique à la salle Graffard "Il y a une petite toile de Jean Béraud qui m'intéresse étrangement. C'est la salle Graffard ; une réunion publique où l'on voit fumer les cerveaux avec les pipes et les lampes. La scène sans doute tourne au comique. Mais combien ce comique est profond et vrai ! Combien il est mélancolique ! Il y a dans cet étonnant tableau une figure qui me fait mieux comprendre à elle seule l'ouvrier socialiste que vingt volumes d'histoire et de doctrine, celle de ce petit homme chauve, tout en crâne, sans épaules, qui siège au bureau dans son cache-nez, un ouvrier d'art sans doute, et un homme à idées, maladif et sans instincts, l'ascète du prolétariat, le saint de l'atelier, chaste et fanatique comme les saints de l'église aux premiers âges. Certes, celui-là est un apôtre et on sent à le voir qu'une religion nouvelle est née dans le peuple." En quelques lignes, Anatole France, dans cette page extraite du Jardin d'Epicure, résume d'une façon magistrale l'étonnant reportage pictural que constitue ce tableau présenté par Jean Béraud au Salon de 1884. Etablie en 1856 à l'emplacement du n° 138 du boulevard de Ménilmontant et du n° 4 rue de Ménilmontant, la salle Graffard, à l'origine salle de bal populaire, était déjà célèbre par ses réunions politiques sous le Second Empire. La rentrée des condamnés de la Commune, après l'amnistie de 1880, permit aux révolutionnaires de renouer avec leurs cadres traditionnels. Jean Béraud, admirable témoin du quotidien parisien sous la troisième république, nous transporte dans l'une de ces nombreuses réunions publiques qui verront le développement de ce type d'homme politique caractéristique de cette période de l'histoire de France : le tribun. C'est l'un des plus célèbre d'entre eux que le peintre Jean-François Raffaelli (1850-1924) célèbrera dans son Clémenceau dans une réunion électorale1 au Salon de 1885. Evoquant quelques années plus tard cette œuvre et les circonstances de sa gestation, Jean Béraud confiera à un journaliste : "Il y a vingt-cinq ans, au moment où je peignais ce tableau, Coquelin, modèle incomparable, venait journellement chez moi et nous étions si liés qu'il consentit à poser pour le personnage de l'orateur anarchiste dont le mouvement n'avait jamais pu m'être donné avec autant de justesse par aucun modèle de profession.2" 1 Musée de Versailles. 2 The New York Herald Tribune, 31 janvier 1909.
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Dessins, aquarelles et pastels
À propos de la vente
Catalogue
10/12/2003
Proposé par BEAUSSANT LEFÈVRE & Associés
01 47 70 40 00