Lot 123
Jean DEPARA (1928-1997)
Vie nocturne à Kinshasa, photographie, circa 1970. 30 x 30cm. Note : Jean Depara vient à la photographie en 1951, l'année de son mariage à Matadi, avec l'achat d'un modeste 6x6 Adox. Installé la même année à Léopoldville, il exerce d'abord divers métiers (réparateur de vélos et d'appareils photo, ferrailleur) avant d'ouvrir son studio, le Jean Whisky Depara, rue Kato n° 54. La capitale qu'il photographie est alors en pleine effervescence : la rumba, le maringa et le tango y fédèrent une population cosmopolite, et la jeunesse s'y organise en sociétés rivales, chacune avec son style, son bar et son orchestre. Le jour, Depara fréquente les nganda et le complexe sportif de La Funa, où il portraiture les culturistes ; la nuit, flash en bandoulière, il écume les dancings à la mode, de l'Afro Mogenbo au Kongo Bar. Remarqué dès 1954 par Franco, maestro de la rumba, il devient à vingt-six ans son photographe officiel et le restera jusqu'à la mort du musicien en 1989. Il délaisse le studio en 1956 pour la rue et la nuit, puis exerce de 1975 à 1989 comme photographe attaché au Parlement. Il s'éteint à Kinshasa en 1997, laissant plus de cinq mille clichés qui restituent, sans préjugé ni tabou, l'insouciance d'une capitale que le romancier Achille Ngoye surnommait "Kin-la-joie, Kin-la-folie". Son œuvre appelle le rapprochement avec celle de Malick Sidibé (1935-2016), son cadet malien : à Bamako comme à Léopoldville, un même geste de quitter le studio pour suivre la jeunesse dans ses bals et ses clubs, et tirer de la nuit africaine des années 1950 à 1970 une chronique intime des indépendances et de leurs modes. Tous deux furent révélés au public occidental dans les années 1990 par le mouvement de redécouverte de la photographie africaine porté par Revue Noire, les Rencontres de Bamako et la collection Pigozzi. Représentée par Revue Noire, par accord avec l'Estate of Depara, l'œuvre a fait l'objet d'expositions personnelles à Paris, Genève, Kinshasa et Bamako, et de présentations collectives majeures : L'Afrique par elle-même (Maison européenne de la photographie, 1998, tournée internationale jusqu'en 2001, dont Tervuren), où elle voisinait avec celle de Sidibé, African Art Now (collection Pigozzi, Museum of Fine Arts, Houston, 2005), 100% Africa (Guggenheim Bilbao, 2006-2007) et Beauté Congo, 1926-2005 (Fondation Cartier, Paris, 2015).
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Arts d'Afrique, d'Amérique et d'Océanie
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