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Lot 151
Jean GENET. MANUSCRIT autographe signé, Les Paravents, [1956-1957] ; 49 pages in-4 sous chemise avec titre au crayon rouge. MANUSCRIT DE PREMIER JET, INEDIT, DE LA TOUTE PREMIERE VERSION EN 11 TABLEAUX, AVEC DESSINS, DE LA PIECE QUI FERA SCANDALE LORS DE SA CREATION EN 1966. Publiée en 1961 aux éditions de L’Arbalète, la pièce fut créée la même année dans une version abrégée en langue allemande, à Munich, avant d’être représentée à l’Odéon, le 16 avril 1966, par la Compagnie Renaud-Barrault, dans une mise en scène de Roger Blin, provoquant rapidement le scandale et donnant lieu à de violentes manifestations politiques. Le présent manuscrit, écrit sur les rectos des feuillets, avec des additions et corrections, est ORNE EN TETE DE CHAQUE TABLEAU DU DESSIN DU DISPOSITIF SCENIQUE AVEC LES PARAVENTS. Il comporte 11 tableaux, au lieu des « 15 à 17 » de la version finale, dont il donne une VERSION TRES DIFFERENTE. La scène se passe en Algérie, et certains des personnages connus sont déjà là : Saïd, la mère, Warda, Malika, Leïla, Kadidja, la Bouche, ainsi qu’une dizaine de personnages secondaires désignés par leurs fonctions ou par des noms que l’on retrouve dans le texte publié : Naceur, M’Barek et Lahoussine. En revanche, la plupart des Arabes sont désignés dans ce manuscrit par un chiffre (1er Arabe, 2e Arabe, etc.), quelques-uns par des noms non retenus (M’hamed, Ben Baker) ; ni Sir Harold ni M. Blankensee ne figurent dans ce manuscrit, qui met en scène cependant un M. Leroy qui tient lieu de Harold, et une Mme Leroy qui ressemble fort à Mme Blankensee. Il n’est pas facile d’établir une correspondance entre les « 11 tableaux » de ce manuscrit et ceux publiés. Voici, schématiquement, la composition des 11 tableaux ou scènes, sur l’ordre desquels Genet a souvent hésité. I. Le Bordel (5 p.). Y figurent Malika, Warda, et les 1er, 2e et 3e hommes. Au lever du rideau, « Une sonnette de porte qu’on ferme »… Le tableau est à rapprocher du deuxième de la version définitive. II. « Un ministre – un général. Ils sont assis. Le ministre porte le frac. Le général son grand uniforme » (3 p.). La scène se passe en France. Elle n’a pas été retenue par Genet dans le texte définitif. Nous en citerons la conclusion : « LE MINISTRE. C’est une politique de grandeur et de prestige qu’il vous faudra mener. Peut-être – encore que les institutions républicaines s’y prêtent mal – peut-être vous faudra-t-il déployer quelque faste. Nous consentirons donc, mes collègues et moi, à des frais exceptionnels. Un certain apparat ne peut qu’en imposer. Apparaissez magnifique. Et fort. Ayez une escorte d’honneur composée des plus beaux militaires, des plus fringants officiers. Qu’en vous voyant paraître, les populations sachent que le pays qui leur délègue un tel gouverneur et le plus beau, le plus riche, et le plus fort des pays. Faites-vous respecter, craindre sans effort. Vous avez de nombreux uniformes. LE GENERAL. J’en emporte un de soie blanche – de schantung – brodé or et bleu. LE MINISTRE. Bien. Cette tenue vous permettra quelque familiarité, au passage, avec ce pauvre fellah. Serrez une main de pauvre, de ci, de là. Mais, mon cher général, vous avez déjà compris le sens de votre mission, et mes conseils sont superflus, je n’en doute pas. Vous avez les vœux de la France toute entière. […] LE GENERAL. Dans mes bagages outre la France, le Code civil, vingt-sept grandes tenues, j’emporte les Commentaires de César sur la Guerre des Gaules. […] (Le général va pour sortir, et se dirige vers le paravent) LE MINISTRE (riant). Ah, non, pas par là. C’est un trompe-l’œil. Ce n’est qu’un paravent. » III. « M. Leroy. Deux dames françaises, en robe de soirée. Un général. Tout le monde attend le général envoyé par le ministre » ; Mme Leroy y figure aussi (3 p.). IV. La pauvre maison de Saïd (5 p.). Y figurent la mère, Leïla et Saïd. Ce tableau est à rapprocher du troisième de la pièce publiée. V (5 p.). Y figurent Saïd, M. Leroy et un Arabe. À l’ouverture, Saïd « pousse une brouette. Mr Leroy est debout – 45 ans. Très viril. Botté. Culotte de cheval. Badine. Il tient les rênes d’un cheval qui doit être dans la coulisse de droite ». Ce tableau est une esquisse du quatrième définitif : la première réplique est celle de Sir Harold, mais le dialogue s’interrompt plus tôt dans l’échange entre Saïd et celui qui se nommera, finalement Habib : « Et l’argent, pour la traversée ? (Geste navré de Saïd) »… VI. Prison (4 p.). « La mère. Leïla. Le Volé, qui est l’Arabe qui travaillait avec Saïd. Il vient de la coulisse de gauche. Ils parlent. » à rapprocher du cinquième tableau définitif, beaucoup plus développé, où le volé se nomme Taleb. En voici la fin : « LA MÈRE. Tu sais où aller travailler, demain ? SAÏD. Dans les mines de phosphate. LA MERE. Et la paye ? SAÏD. Je vous enverrai un mandat. (Un silence) LA MERE. Demain on enterre Si Slimane. » VII. La tombe dans le cimetière (3 p.). « C’est le soir ». Y figurent la mère et un personnage désigné tantôt comme « la Bouche », tantôt « l’Arabe », comme le sera Madani/la Bouche dans le huitième tableau définitif, où l’affrontement sera plus long et plus vif. La scène s’achève, ici, par l’accès de sommeil de la Bouche : « LA MERE (le poussant du pied). On voit bien qu’il n’y a pas longtemps que tu es chez les morts. Incapable de faire parler une bouche plus de trois minutes. J’ai bien fait de ne pas venir pleurer un mort aussi faible ». VIII. La prison (4 p.). Le croquis en tête de cette scène représente « la prison », le gendarme endormi sur une chaise au centre, et l’emplacement de Leïla et Saïd, de part et d’autre. Le texte est une esquisse du onzième tableau définitif. Dépourvu des interventions du sergent, du lieutenant, de M. Et Mme Blankensee et du condamné à mort, il se compose de répliques brèves. La scène s’ouvre, par une réplique de Leïla, dite « d’une voix aigue », et s’achève au réveil du gardien… IX. Le croquis représente un « paravent bleu crénelé » (4 p.). La scène réunit le notable, un Arabe, Kadidja, le photographe, le général, l’académicien, le parachutiste, le photographe, la vamp, le banquier, la veuve, la communiante et M. Leroy. Elle est à rapprocher du douzième tableau définitif. L’ultime réplique, par M. Leroy, sera celle de Sir Harold, au milieu du texte édité : « Selon une phrase célèbre et éternelle : vous êtes des chacals puants ». X. Les journaux (7 p.). Le dessin représente le paravent transformé en un grand journal, et un vélo. À l’ouverture, des Arabes (1er, 2e, 3e, etc.) commentent les nouvelles de la presse à leur encontre. La suite, où interviennent M. Leroy, le notable, Kadidja, Kadder, Lahoussine, M’Barek, Naceur et Ben Baker, est à rapprocher de la séquence du douzième tableau, où Sir Harold (ici Leroy) commente la dévastation de sa propriété ; on tire sur Kadidja, puis les Arabes apportent leurs trophées : des révolvers, des cornes de vache, le sang d’une Française violée, un cœur, une tête arrachée… XI. La Maison de Saïd (5 p.). « Leïla est rentrée. Arrive un gendarme ». Cette scène entre Leïla et la mère de Saïd, interrompue par un gendarme venu arrêter Leïla, deviendra le neuvième tableau définitif, où le rôle du gendarme est très développé. Voici la fin du manuscrit : « LE GENDARME. On vous a vu sortir de la maison de Ben Barek. Vous écartiez le rideau des fenêtres de la porte. Les perles ont tinté. On vous a surprise. Le réveil n’y était plus. C’est celui-là ? LA MERE. Non. Ce réveil a toujours été là, c’est mon mari qui me l’a ramené de Maubeuge. LE GENDARME (décontenancé). C’est vrai ? Après tout c’est peut-être vrai ? (à Leïla) Vous allez me suivre jusqu’à la gendarmerie, avec le réveil. On va tirer ça au clair. Ça va durer dix minutes. (Leila va pour suivre le gendarme) LA MERE (à Leila). Je vais préparer tes couvertures et ta corbeille ».
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Livres, manuscrits et bandes dessinées
À propos de la vente
Catalogue
Dessins, Livres et Autographes
75009 Paris - France
06/12/2013
Proposé par Jean-Marc Delvaux
33 (0)1 40 22 00 40

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