Lot 61
*JEAN-MICHEL BASQUIAT (1960-1988) - ANDY WARHOL (1928-1987)
UNTITLED (GENERAL ELECTRIC II), 1984-1985
Acrylique, pastel gras et encre sérigraphique sur toile
218,5 x 172,5 cm (86 x 68 in.)
Provenance :
- Galerie Bruno Bischofberger, Zurich
- Robert Miller Gallery, New York
- Galerie Sho Contemporary Art, Tokyo
Expositions :
- “Andy Warhol & Jean-Michel Basquiat”, Sonje Museum of Contemporary Art, Kyongju - National Museum of Contemporary Art, Séoul, septembre - novembre 1991.
Reproduit au catalogue page 41 sous le numéro 32.
- “Warhol” Centro cultural Banco do Brasil, Rio de Janeiro, 12 octobre - 12 décembre 1999.
- “Andy Warhol” Museum of Art, Kochi, 6 février - 26 mars 2000.
- “Andy Warhol” Bunkamura Museum of Art, Tokyo, 1er avril - 21 mai 2000
- “Andy Warhol” Daimaru Museum, Umeda-Osaka, 24 mai - 11 juin 2000
- “Andy Warhol” Hiroshima City Museum of Contemporary Art, 17 juin - 30 juillet 2000
- “Andy Warhol” Kayamura Memorial Museum of Art, 5 août - 1er octobre 2000
- “Andy Warhol” Nagoya City Art Museum, 7 octobre - 17 décembre 2000
- “Andy Warhol” Niigata City Art Museum, 4 janvier - 12 février 2001
- “Jean-Michel Basquiat” Museum Würth, Künzelsau, Allemagne, 6 octobre 2001 - 2 janvier 2002
« Un projet mûrissait dans mon esprit : demander à Andy Warhol dont j'étais le principal marchand depuis 1968, s'il accepterait de réaliser quelques oeuvres avec un ou deux artistes plus jeunes que je présentais. Personnellement, j'étais fasciné par ce type d'oeuvres, dites collaborations (…)
Pour obtenir le travail le plus spontané dans les collaborations, je suggérai à Basquiat que chaque artiste, sans discuter avec les autres sur le sujet, le style, les dimensions et la technique, commencent indépendamment quelques peintures, en sachant bien sûr que les deux autres artistes travailleraient sur la même toile, et qu'il fallait leur laisser pour cela assez d'espace autant physique que mental. Je lui proposai également que chaque artiste envoie la moitié des collaborations commencées à chacun des deux autres et que les oeuvres soient ensuite passées à celui dont le travail manquait encore.
(…) Jean-Michel me déclara à propos de Warhol, après avoir vu son travail à la main dans « Alba's breakfast », dans lequel il a peint le logo de General Electric et une machine à laver, tous deux en rouge, dans un style très proche de ses oeuvres manuelles du début des années soixante : « Andy est un peintre tellement extraordinaire ! Il peint à la main aussi bien que dans ses premières années. Je vais tenter de la convaincre de se remettre à la peinture à la main ». Au printemps 1985, quand je revis Warhol, il me dit que Basquiat et lui travaillaient ensemble à la Factory depuis plusieurs mois, à un grand nombre de collaborations (…)
J'étais à la fois extrêmement surpris et enthousiaste à l'égard de ces peintures. Toute la contribution de Warhol était peinte à la main, en partie comme agrandissement d'images publicitaires, de gros titres et de logos peints dans un style graphique et héraldique, mais aussi par touches d'un pinceau libre et évocateur, un peu comme dans certaines de ses premières oeuvres de 1960-1961.
Basquiat était généralement le second peintre à avoir travaillé sur la toile et avait fusionné son iconographie spontanée, expressive et effusive avec celle de Warhol.
Il était surprenant que Basquiat ait lui aussi employé la sérigraphie dans une grande partie des oeuvres. Dans ces cas-là, Warhol était presque toujours le second artiste à travailler sur les tableaux. J'achetai un grand nombre de ces peintures aux deux artistes et nous décidâmes de les montrer à New York. Notre choix commun fut la Galerie de Tony Shafrazi. Andy tenait particulièrement à montrer les collaborations downtown et non pas uptown, car, comme il le souligna, il y avait là une scène artistique plus vivante et plus jeune ».
(Bruno Bischofberger, Jean-Michel Basquiat Témoignage 1977-1988, Catalogue d'exposition de la Galerie Jérôme de Noirmont 2 octobre- 27 novembre 1998)
L'affiche, historique, fit le tour du monde : Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat dans leur costume Everlast nous annonçant leurs toutes premières collaborations. Combat placé sous l'égide de Bischofberger qui eût l'idée de faire s'affronter leur génie. « Leur collaboration semblait aller de soi, sans effort. C'était une sorte de conversation corporelle, qui se matérialisait par des couleurs plutôt que par des mots. Leur sens de l'humour, leurs remarques pointues, tout passait par la peinture » commentera Keith Haring.
Dialogue-symbole de deux générations, deux origines qui se sont construits sur un même référent commun : l'Amérique dont la toute puissance se retrouve au sein de cette oeuvre. A cette époque en effet, la General Electric Company est l'entreprise haute technologie la plus importante du monde qui fut ainsi qualifiée par le journal Wall Street dans les années quatre-vingts : « Une des plus importantes et fascinantes institutions de la société américaine du XXème siècle ». Née d'une fusion en 1892, GE est la seule survivante des dix-huit compagnies qui composent l'indice Dow Jones créé l'année suivante. Entre 1981 et 1990, le prix de son action est considéré comme le nouveau mètre étalon.
Une telle puissance ne pouvait que séduire Warhol, cette entreprise dont le porte-parole n'est autre que le Président Reagan lui même scandant fièrement à la télévision son slogan : «Imagination at work ».
Sous la main agile de l'ancien publicitaire, pour la première fois depuis 1962, le pinceau reprend vie sous ses doigts et c'est alors qu'apparaissent les caractères GE…à la limite de l'écriture manuelle et mécanique. En lettres d'or s'illuminent dans cette oeuvre le symbole de la Generous Electric, ainsi que l'on surnommée des millions d'employés.
A l'efficacité du Pape du Pop, Basquiat ajoute la figure humaine qui s'élève comme une scansion entre nous et le sigle trop parfait de cette multinationale. Dans une gestuelle caractéristique de ses héros noirs, Basquiat insuffle un sourire d'enfant à cette oeuvre lui qui un jour vendit à Warhol, alors qu'ils ne se connaissaient pas, une carte postale sur laquelle était écrite au dos « Man Made ». De ce dialogue entre deux artistes naît une rencontre entre l'idiome et le sigle, entre le balbutiement et le produit fini, entre deux êtres dont les entrevues sont griffonnées sur le journal de Warhol :
« Lundi 4 octobre 1982 : Rencontré Bruno Bischofgerger (taxi $7,50). Il est venu me voir avec Jean-Michel Basquiat. C'est le gosse qui signait SAMO quand il était sur le trottoir de Greenwich Village à peindre des t-shirts. C'est un de ces gosses qui me rend fou. Il est noir mais certains disent qu'il est Portoricain, alors je ne sais pas (…). Un jour il a essayé d'être peintre à Greenwich Village.
Mardi 4 octobre 1984 : Jean-Michel est passé au bureau pour peindre. Mais il s'est endormi par terre. Il avait l'air d'un clochard allongé là. Je l'ai réveillé. Il a fait deux chefs-d'oeuvre qui étaient formidables.
Jeudi 9 mai 1985 : Suis passé prendre Jean-Michel (taxi $6). Il s'est remis au travail et ce qu'il a fait est formidable, c'est vraiment emballant, je pense que ça restera.
Jeudi 27 novembre 1986 : Il (Basquiat) a raconté que son père écrivait un livre. Il a ajouté (rires) : Il n'est même pas drogué, comment put-il écrire un livre ? C'est la première fois que j'entends Jean-Michel dire quelque chose de drôle. Je me demande si c'est son sens de l'humour »
Au coeur de cette rencontre il est cette collaboration, qui affirme pour chacun d'eux la définition même de leur oeuvre : l'Absence (Warhol jamais ne laisse percevoir ses sentiments, son empreinte) et la Présence (Basquiat inscrit son âme dans chacun de ses traits) qui à elles deux caractérisent notre identité humaine…
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Dessins, aquarelles et pastels
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