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Lot 294
Kees VAN DONGEN. 23 L.A. ou L.A.S. (la plupart « Kiki ») avec dessins, [Paris] 5 rue Juliette-Lamber mars-avril 1924, à « Madame Van Dongen », à Cannes puis à Beaulieu ; 40 pages la plupart in-4 à son adresse, nombreuses enveloppes. Très belle et importante correspondance amoureuse, illustrée d’amusants dessins.. Cette correspondance quasi quotidienne est écrite par Van Dongen de l’hôtel particulier de la rue Juliette-Lamber (XVIIe) dans lequel Jasmy et lui sont installés depuis 1922. Jasmy est alors partie d’abord pour Cannes, au Splendid Hôtel, où la styliste Jenny Sacerdote vient vite la chercher pour l’emmener chez elle à la Villa Tunis, à Beaulieu-sur-Mer. Van Dongen se montre jaloux et très inquiet à l’idée de la savoir loin et seule. Il est désappointé de ne recevoir que de simples cartes postales ou des lettres lapidaires de sa part, et il lui en fait le reproche dans chaque courrier. Son absence le rend improductif. Il tâche cependant de s’occuper en son absence : les journées sont rythmées par des réceptions, déjeuners, dîners, bals, promenades au bois, cinémas, lectures… Il cherche à maigrir (l’un des dessins le représente plus mince) et détaille son régime alimentaire. Il travaille aussi, mais les ventes de peinture ont du mal à aboutir, la période n’est pas favorable…. La plupart des lettres sont illustrées d’amusants dessins à la plume, les premières de gravures en bleu retouchées et augmentées de dessins originaux, où il se représente souvent fumant la pipe, peignant, se promenant, lisant, mais dessine aussi un chien, des objets (gramophone, pipe), etc.. Ce mardi matin [4 mars] (gravure au cavalier bleu). Dessin à la plume où il se représente assis, fumant la pipe, sur le côté de la lettre intitulée : Le veuf sur le toit (chanson triste) : « J’attends, j’attends l’hirondelle / qui doit me porter des nouvelles. / Je ne vois que la pluie et la neige / et je n’entends que mes soupirs ». Il ajoute : « C’est donc si beau que tu ne peux pas m’envoyer un mot pour me faire savoir si tu es seulement arrivée ».. [5 mars] (gravure au cavalier bleu). Il lui transmet la lettre d’une dame (lettre jointe de Mme J. Meurlot-Chollet) « amoureuse des chrysanthèmes exposés à Cannes » et qui désire les acquérir : « Il ne s’agit pas bien entendu de faire toutes les folies dont la dame se dit capable pour se procurer ces fleurs, mais peut-être peux tu savoir si c’est le prix qui est trop gros – tu peux descendre jusqu’à 15 000 avec facilités de payement ; ou voir si elle a d’autres propositions à te faire »… Il raconte la visite de M. Siegfried, « encore plus triplepatte qu’avant […] Il a l’intention de donner le tableau la Sirène à un musée mais voudrait garder aussi le petit tableau de Cannes. […] J’ai commencé une bonne chose d’après la Guitte dans sa robe rose, et je travaille à d’autres machins »… Il signe : « le Monsieur du 5 de la rue ».. Mercredi matin [6 mars] (à côté de la gravure au cavalier bleu, double dessin où il se représente « Avant » et « Après » son régime). Il a eu dimanche la visite de toute une tribu Davenport, « tous très enthousiastes »… Mardi il a déjeuné chez Maxim’s « entre Casseus et Voisin (le Christ entre les deux larrons) après midi visite de gens – voir de la peinture rien vendu », etc. « Tu vois je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer beaucoup mais je voudrais un peu de beau temps pour faire un peu le jeune homme Avenue du Bois. […]J’ai fait un petit atelier du salon vert heureusement que tu ne vois rien et que tu ne peux pas m’engueuler […] J’ai déjà presque plus de ventre. J’ai dansé samedi soir, j’ai dansé dimanche soir, j’ai dansé hier soir ». N’ayant plus de soirées en vue, il va acheter des livres « et faire le vieux mossieu avec ma pipe. […] aimes moi comme je le mérite. Ton Kiki qui vit dans le brouillard ».. Ce jeudi [7 mars] (gravure : 2 dromadaires et un âne, retouchée à la plume : dentelle à la chamelle, monocle au chameau, palmiers et voilier sur la mer, avec légende : « Sur la Croisette »). « Voilà mon z’amour qui se plaint de ne pas avoir reçu des nouvelles depuis deux jours. Pourquoi 2 ? Mais dans une seule lettre j’écris plus que toi dans douze cartes postales – et j’écris avec de l’encre moi et non pas avec un crayon sur un coin de table »… Il fait un temps superbe, un peu froid le soir. « Le franc remonte peut-être que les affaires vont un peu reprendre »… Il a été voir l’exposition de Genlis : « c’est très bien »… Si le beau temps continue, il ira faire des croquis au Bois… « Je n’ai plus de cinémas à voir avant demain soir et je n’ai pas le courage d’aller au théâtre ». Il dîne chez Poccardi et déjeune « avec les receveurs et les chauffeurs des autobus [...] Je lis toujours La Prisonnière mais c’est du latin pour moi. Je peux aussi bien lire le bottin. Je travaille mais je suis inquiet, je pense à toi, j’ai peur que tu t’ennuies et j’ai peur que tu te distraies j’ai peur que tu ne prennes froid, j’ai peur que tu tombes j’ai peur de tout pour toi »… Il sera plus tranquille une fois qu’elle sera chez Mme Jenny : « Je ne sais pas pourquoi mais je t’écris ce que je ressens. Tu es encore si petite ma grande »… Et il termine : « penses un peu au petit garçon sans mère de la rue Juliette Lamber ».. Ce dimanche [10 mars] (à côté de la gravure au cavalier bleu, dessin où il se représente marchant derrière une femme). « Il fait beau mais je ne suis tout de même pas gaie. J’ai bien reçu ta lettre pleine de jolis mots mais je suis tout de même bien seul et abandonné. J’ai été me promener au bois mais n’ai rencontré que des ballots [...] Je lis La Prisonnière de Proust mais je n’y suis pas. J’aimerais bien aussi être à Cannes. J’aimerais bien aussi être avec toi. Une semaine d’absence c’est déjà beaucoup et puis je suis jaloux. […] L’abandonné du 5 de la rue ».. [11 mars] (à côté de la gravure au cavalier bleu, dessin où il se représente en train de peindre en fumant la pipe, légendé : « Je n’ai pas un seul bouton à ma chemise, et mes cheveux poussent »). « Ma biche. Mon sale caractère prend le dessus j’ai même envie de t’engueuler à distance. Je ne sais pas encore pourquoi et ce n’est peut-être pas de ta faute mais je ne suis pas content et je n’ai personne à qui passer ma rogne »… Il supporte de plus en plus mal sa solitude : « Impossible de m’installer dans la vie de garçon. Ça ne me va plus »… Les affaires sont difficiles, les acheteurs sont frileux… Un certain Kahn l’a abordé la veille pour lui acheter des tableaux : « Je voudrais bien décrocher une bonne affaire pour te prouver que j’ai raison de rester à Paris », car jusqu’à présent il n’a que le remords de ne pas l’avoir accompagnée : « Il y a trop de “danseurs professionnels” à Cannes et tu es dans l’âge critique et je ne veux pas te perdre »… Aussi espère-t-il que Mme Jenny l’emmènera bientôt à Beaulieu et que ce séjour au soleil lui donnera « la force et la santé suffisantes pour supporter les manies et les sautes d’humeur de ton petit chéri adoré (je me figure toujours que c’est moi) »… Il a des projets de tableaux, mais ne souhaite pas lui en parler : « je préfère attendre ta critique »… Au sujet de son régime : « Je mange peu je mincis je redeviens beau »… Il termine : « Mon dieu mon dieu que je suis malheureux – et que j’aimerais être dans les bras de ma volupté, té-té-té-té ». Ce mercredi [12 mars] (à côté de la gravure au cavalier bleu, dessin où il se représente au lit en train de lire en fumant la pipe, légendé : « C’est Kiki qui lit au lit »). « Rencontré hier au bois la lapine qui m’a donné de tes nouvelles c.à.d. elle m’a dit que tu as bonne mine »… Il se lève tôt car l’hôtel mitoyen est en pleins travaux… « Je m’appelle Kiki Jasmy et ma mère m’a abandonnée. C’est une gourgandine »… Déjeuner avec des Américains : Mme Havemeyer, Mac Cormick… Il est content d’apprendre qu’elle a reçu des nouvelles de Mme Jenny et va bientôt la rejoindre. « Tu n’es pas fait pour la vie de Casino. Tu es fait pour coucher dans mes bras »… Il termine : « Je te gobe mon Kiki ». Vendredi soir [14 mars] (gravure au cavalier bleu). Il a reçu un appel de la cousine de Mme Jenny qui l’informe qu’elles viendront la chercher dimanche… « J’ai fait un petit portrait de Guitte qui sera peut-être bien. Je suis comme un petit chien qui a perdu sa mère et qui pleure »… . Ce samedi [15 mars]. Dessin de chien, commenté : « Voici mon dernier modèle c’est un petit copain, abandonné comme moi par sa mère, et qui mange dans le même petit restaurant que moi. Il est sale, plein de poils et tire la langue comme moi. Nous menons ensemble une vie de chien ». Il a été au Bullier au bal pour les Russes, et y a rencontré beaucoup de gens : Violette Murat, des journalistes, le peintre Foujita « en Amour », Georges Michel : « Tu vois moi aussi je vais dans des dansinges ». Nouvelles d’amis… Il est désaxé par son absence mais pense que cette cure leur fera du bien à tous deux… Il pense faire un portrait de Casseus d’après des photos que ce dernier lui a montrées, « en costume de gala de diplomate broderies d’or, décorations un sabre et un chapeau de garçon de recette […] Mais n’en parles à personne. Je vais me déguiser moi aussi en homme du monde et essayer de faire mon nœud de cravate tout seul […] Je t’embrasse sur ton petit derrière et sur ton devant »…. Ce dimanche soir [16 mars]. Dessin de phonographe, d’où sortent (5 fois) les mots « et le thé ? », avec la légende : « La voix du maître ». « En fait de thé je n’en ai plus pris depuis ton départ ». Détails sur son emploi du temps… « J’ai déjà minci tu verras quand tu seras de retour j’aurai 20 ans, et comme tu as un faible pour les tétards j’espère que tu m’aimeras »… Résumé d’un film où joue une guenon extraordinaire. Récit d’un thé chez Gabriel Voisin. « Je me suis ennuyé toute la soirée car décidément la Prisonnière c’est peut-être bien beau mais […] Lire c’est bon pour cinq minutes mais après on n’a plus rien à faire. […] j’espère que tu as toujours tes petits bras attendrissants dans lesquels je voudrais bien dormir. […] J’ai pris ta place dans le pieux là où il y a un creux, et je ferme tout doucement les yeux en disant tais-toi ma q… […] toujours pas encore de grosse commande »… Il travaille au portrait de Mme Jenny [Sacerdote], « celui qui a un fond de jardin. Je ne m’inquiète plus naturellement de la ressemblance j’essaie d’en faire un beau tableau et à chaque séance elle rajeunit. Je t’embrasse je t’aime et je suis furieux. Ton petit homme ».. Ce mardi [18 mars]. Il a reçu sa dépêche de Beaulieu : « Peut-être est-ce un télégramme de remords – peut être faut-il le lire ainsi : Vais bien tendresse – mensonge suit ? […] Tu sais comme je suis tyrannique et bête. Et je suis tout le temps furieux »… Il relate sa colère contre une dame qui lui demandait des nouvelles de Mlle Léa Jasmy : « cette Beaumachin qui croit qu’on reste mademoiselle – quelle pisseuse »… Les affaires ne reprennent pas : « La dernière crise du franc a arrêté tout et les Allemands qui commençaient à venir à Paris à cause du change maintenant que le change s’améliore – Enfin tout cela c’est de la politique ». Il espère cependant pouvoir s’acheter une auto « pour les petites fesses de mon amour ». Il a terminé son envoi pour le Salon : « Le portrait de Guitte va bien et j’ai fait un petit portrait de mon ami Tobby le chien du “Rendez-vous des Autobus”. […] Je voudrais être à Beaulieu, avec toi dans ce grand salon tout en or et plein de soleil »… Il signe : « ton tout petit Kiki ».. Jeudi 20 mars (à côté de la gravure au cavalier bleu, dessin d’une pipe). Il était inquiet de n’avoir reçu qu’un télégramme qui l’avait inquiété : « J’ai erré dans les rues de Paris comme un chien – toujours la vie de chien – qui a perdu sa mère [...] J’ai pensé aussi elle ne m’aime plus du tout, je serai obligé de chercher une autre mère et personne ne voudra de moi, on n’aime pas les caniches, ils ne font pas riche. [...] Je ne travaille plus quand je suis inquiet »… Il la prie de bien vouloir lui écrire un peu plus amplement, et compose un petit poème de 5 vers : « Pense un peu à moi et pense un peu que / Lorsque l’on est courbé sous le poids d’une peine / Comme le doux baiser de l’être que l’on chérit / Sait bien rendre le cœur léger et l’âme sereine / Et d’une gueule triste en faire une qui sourit »… Et il termine par cette mise en garde : « Ne vas pas en Corse reviens plutôt à Paris on est dévoré de puces en Corse et il n’y a que des bandits ».. Vendredi 21 mars. « Enfin !! reçu une lettre de mon chameau d’amour ». Il était très inquiet : « Je me suis baladé dans la maison toute la nuit j’ai fumé tout le tabac que j’ai pu trouver [...] et je n’ai pas dormi – et tout ça pour toi, femme légère [...]. Je t’embrasse quand même mauvais sujet et mère dénaturée ». Un dessin de chien couché clôt la lettre.. Ce samedi 22 [mars] Ste Léa. Mme Jenny l’a invité à venir passer une semaine avec elles : « J’aurais pourtant bien voulu jouer au Neptune avec toi […] mais décidément il vaut mieux que je reste je sais bien que la vie est courte mais je ne peux pas laisser ma “maison” seule »… Elle va bientôt quitter Beaulieu, et il souhaite savoir si elle vient ensuite directement à Paris… « Je commence à peine à m’installer dans mon veuvage », et il a mis son bureau dans le salon près de l’atelier : « si tu reviendrais à l’improviste tu m’engueulerais »… Il termine : « Je t’aime trop je suit à toi jusqu’au trognon ».. Ce dimanche Oculi [23 mars]. « Tu vois, tu vois, tentatrice, j’ai résisté à vos appels de sirènes et je ne suis pas venu me baigner dans la grande bleue, ni me consoler de la vie grise, dans tes petits bras »… Il la décourage de se rendre en Corse, où il y a des « punaises grosses comme des noix, ça fourmille de mille-pattes il y a des araignées monstres et il n’est pas rare de trouver le soir quand on pense se coucher bien tranquillement – un serpent dans le lit »… Il ne reçoit plus de lettres à elle adressées : « tout le monde sait maintenant que tu m’as abandonné et je vois des gens dans la rue qui se retournent sur moi en se disant vous voyez ce petit garçon gentil et doux et bien c’est le petit Jasmy que sa mère a abandonné pour faire la noce sur la Côte d’Azur »… Il lui semble qu’elle l’oublie complètement : « je suis pourtant très gentil. Tu n’en trouveras jamais de meilleur tous les autres garçons sont laids et faux »… Il signe : « Ton tout petit/tu n’as que moi ».. Ce lundi [24 mars] (au dos d’une carte postale photographique d’une bouche de femme, annotée par Van Dongen : « lèvres menteuses »). Ça va être « la fête de la patronne Samedi […] quoique je ne te vois pas en Sainte, mais je te vois avec tes pantoufles de velours rouge dans la mer bleu […] Tu n’es qu’une ingrate, qu’une mère indigne et une gourgandine ».. Ce mardi [25 mars]. Il se réjouit d’avoir reçu une lettre tendre : « malgré ton infamie, je sens que tu m’aimes un peu, et tu sais, j’ai bien besoin de tendresses »… Il est comme « un enfant abandonné sa culotte est trouée il porte des chaussettes russes il a les dents sales (sa mère a emporté toutes les brosses à dents) il n’ose pas se présenter devant de si belles dames »… Il travaille à un portrait de Casseus. On lui demande beaucoup de photos et d’articles pour le Brésil : « est-ce que les Brésiliens sont des gens à acheter de la peinture ? »… Il attend son retour avec impatience et trouve le temps long. Il va peut-être se rendre chez Lelong où « Colette va encore conférencer mais contre la mode [...] ça passera une soirée, je connais tous les films possibles et impossibles mais j’aime encore mieux aller au cinéma qu’au théâtre ou à lire les petits pois et les artichauds tendres de Monsieur Proust »…. Ce mercredi 26 [mars]. Envoi d’argent : « Tache de ne pas trop donner de pourboires, c’est dommage que je ne sois pas avec toi car je te ferais certainement honte mais aussi certainement je ferais semblant d’oublier de donner les pourboires – je ferais comme les anglais – d’autant plus que tu ne verras probablement plus jamais les gens à qui tu les donnes. […] Écris-moi tout le temps surtout si tu vas à l’aventure dans cet île à malaria et à puces »… Il signe : « ton petit bailleur de fonds ». Mercredi soir [26 mars]. « Bricoli vient de recevoir une carte de Madame Jenny et une autre de sa mère. Il est content […] je pense que tu auras reçu l’image donc permission d’aller voir des bandits en Corse mais ne te fais pas enlever »… Leur domestique Georges s’ennuie : « Madame met la vie dans la maison et tant pis pour les engueulades »… Il signe : « Ton petit bandit ». Il continue la lettre le lendemain, en rendant compte de sa visite au Louvard où il a aéré la maison… Il est parti reprendre le train « sous une pluie battante » : dessin où il se représente en manteau, coiffé d’un chapeau, pipe au bec, marchant sous la pluie. Il a joint à la lettre des prospectus et documentation touristique sur la Corse…. Samedi [29 mars]. … « Tu as raison de compter plus sur les poires que sur ma peinture. La peinture ne donne pas en ce moment mais c’est au mois de mai le joli mois de la peinture que je compte »… Il est très seul à Paris : « tu sais je ne suis pas comme maman je ne dis pas bonjour aux gens que je ne connais pas, même si c’est eux qui commencent, j’ai trop peur surtout pour mon portemonnaie. Tu sais les Corses ne sont pas beaux [...] Enfin tu veux absolument y aller va y ma fille et tu me raconteras comment c’est, c’est surement plus beau que Paris en ce moment mais c’est moins beau que le Louvard. Le dernier photographe qui est venu me photographier m’a trouvé très beau avec mon air mélancolique et rêveur. […] Je fais comme ça le grand homme devant le monde, mais je suis ton petit, ton bon petit, doux, pas méchant, obéissant et tendre Kiki ». Ce dimanche [30 mars]. « Encore dimanche un sale dimanche gris et froid ». Il se plaint longuement d’être abandonné, comme un pauvre petit enfant, sans nouvelles… « moi aussi j’aimerais bien voyager mais je ne veux pas, je veux rester à la meson attendre moman. Je veux ma moman ou je pleure et elle s’en va sur la mer encore plus loin voir des bandits et dresser des puces dans une île où il y a des sauvages des mangeurs de chair humaine on va peut-être me la manger ma mère dans cette île où il n’y a même pas de cinéma. […] Je t’embrasse, je t’aime je te déteste et je te veux ». Il signe : « Kiki Jasmy ».. [1er avril] (à côté de la gravure au cavalier bleu, dessin où il se représente dansant d’allégresse) : « plus qu’une petite semaine de veuvage et mon chameau d’amour elle sera de retour. Plus de corsaires ni de puces, Paris gris et froid mais il fera chaud dans le lit. […] Tu verras comme je serai gentil au moins toute une journée, et tendre et calin je te ferai plus jamais de chagrin, au moins pendant une semaine [...] J’oublie tout le chagrin que tu m’as fait en pensant au retour de l’enfant prodigue. Ton père qui t’aime tendrement ton mari, ton amant, ta mère et ton enfant ».. Ce mercredi [2 avril]. Il lui promet, malgré toute la pluie qu’il a reçue en se promenant, de prendre un bain : « tu sais que l’eau est un grand ennemi à Kiki, et je changerai même les draps qui sont encore bien propres car personne aucune créature n’a couché dans ton lit »… Chez Lelong il a reçu une ovation car « Colette avait tout le temps parlé de moi. Enfin je suis une espèce de vieux don Juan et tu ne fais pas mal de revenir car toutes ces femmes ensorceleuses… […] je t’attends et on va danser un tango ensemble […] à samedi ma biche, mon trésor, ma maison, mon soleil, mon tout. Ton Kiki qui pleure après sa mère ». Lettre jointe du comte de Fels.. La femme de Georges ne veut pas lâcher son emploi pour venir chez les Van Dongen. « Je suis de ton avis de reprendre un jour ou plutôt un soir et le mieux serait je pense le Dimanche soir – ça nous permet d’avoir le Dimanche jour libre au cas où nous aurions envie d’aller brouter aux champs »… Il signe : « ton bricoli qui rit ». On joint une carte postale reproduisant une tête de vieillard par Jordaens, retouchée à la plume par Van Dongen et légendée : « Kiki implorant son amour de lui envoyer une bonne lettre » ; une coupure de presse sur le bal des artistes russes ; une circulaire d’Aurel sur les droits de la femme, 9 mars 1924, annotée par Van Dongen : « Voici de quoi lire et s’amuser en famille ».
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Livres, manuscrits et bandes dessinées
À propos de la vente
Catalogue
17/12/2013
Proposé par Ader
01 53 40 77 10

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