Lot 1006
FEMME DE CAMPAGNE, dite "Orante".
Probablement Canosa, Pouilles, 3e s. av. J.-C.
Terre cuite creusée avec des traces d'engobe. Ouverture rectangulaire dans le dos. Figure féminine entière, debout, légèrement en contre-plongée, enveloppée dans un chiton, surmontée d'un himation tombant jusqu'aux hanches. Bras pliés dans un geste de plainte (main gauche incomplète, avant-bras droit incomplet). Long cou, traits du visage expressifs, cheveux rattachés aux épaules.
H 92 cm.
Réparé, assemblé à partir de plusieurs pièces. Perforations d'origine. Main droite manquante, bras gauche complété, main incomplète. Eclats au niveau du pied.
Provenance :
- Collection privée Pino Donati, Molinazzo di Monteggio, années 1950/60 (selon Donati Arte Classica).
- Donati Arte Classica, Lugano 2010 (copie de la facture disponible).
- Galerie Günther Puhze, Bâle, novembre 2013 (copie de la facture disponible).
- Collection Dr. med. Sylvia Legrain, acquise directement auprès de la galerie ci-dessus.
Ces figurines en terre cuite représentent des femmes dans différents gestes de prière, d'affection ou de deuil, ce qui leur vaut d'être appelées "orantes" ou "pleureuses" dans la littérature spécialisée française. Les figurines ont été découvertes en petits groupes de quatre à six pièces chacun dans des chambres funéraires aristocratiques à Canosa, dans les Pouilles, au sud de l'Italie. L'archéologue genevois Waldemar Deonna a été le premier à prendre conscience de l'importance de ces figures avec sa publication "Les statues de terre cuite dans l'antiquité" (Paris, 1907/1908). Les sculptures funéraires ont été réalisées à la fin du quatrième et au début du troisième siècle avant J.-C. Elles sont exceptionnellement grandes par rapport à la plupart des statues grecques en terre cuite. Il existe moins de 50 pièces dans le monde (la plupart dans des musées) qui sont reconnues comme antiques par les scientifiques. Ce n'est qu'au cours des dernières décennies que les figurines de Canosa ont attiré davantage l'attention des spécialistes. Violaine Jeammet, conservatrice des antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre, se consacre intensément à ces pleureuses caractéristiques. Dans sa publication "Quelques particularités de la production des pleureuses canosines en terre cuite", elle esquisse trois groupes principaux de pleureuses canosines à partir d'une analyse technique qui reflète essentiellement le mode de fabrication. La diversité des vêtements (himation, chiton ou court ou long), des coiffures (tresses, coiffure au sommet de la tête), des expressions faciales (graves, dissolues, tristes, etc.) et des gestes lui permet de procéder à des regroupements iconographiques encore plus fins. Dans un article de 1999, Frederike van der Wielen-van Ommeren mentionne sans doute la présente femme qui se plaint, apparue sur le marché de l'art suisse en 1981. Elle attribue cette figure à un groupe de pleureuses présentant les caractéristiques suivantes : "Groupe II, série 4 himation courte à mi-longue, recouverte d'une tunique sauf sous les bras et formant entre les bras des drapés asymétriques ; les cheveux tombent en une ou trois mèches" (cf. Frederike van der Wielen-van Ommeren, "orantes canosines", in : Genève et l'Italie, Genève 1999, p. 56, no 23).
Compte tenu de la production limitée, il est probable que les orantes canosines aient été fabriquées dans le même atelier ou du moins dans des ateliers étroitement liés. Les différences d'aspect révèlent sans doute la signature de certains artisans. L'engobe coloré animait les figures et leur donnait en quelque sorte vie. La fonction exacte des pleureuses dans le culte des morts fait toujours l'objet de discussions. Les trous visibles au niveau de la base indiquent également une utilisation comme statues processionnelles lors des funérailles, les statues pouvant être portées à l'épaule par une construction en bois. A l'intérieur de la tombe, les statues étaient disposées autour du bar mortuaire, où elles faisaient office de compagnes permanentes du défunt et devaient garantir le passage sûr de l'âme dans l'au-delà par des prières et des lamentations constantes.
Quelques pièces impressionnantes se trouvent dans des musées renommés et peuvent servir de comparaison. En ce qui concerne le drapé ou le plissé de la robe et les bras repliés vers le ciel, notre sculpture peut être comparée à un groupe de quatre du J. Paul Getty Museum (n° d'inv. 85.AD.76.1-4). Les proportions, l'expression, la pose et des détails tels que les cheveux d'une pleureuse du Louvre à Paris (Inv. n° CA 7500), longs d'une épaule et séparés par une raie moyenne, présentent des similitudes étonnantes avec la nôtre.
Bibliographie :
- Violaine Jeammet, "Quelques particularités de la production des pleureuses canosines en terre cuite", Revue Archéologique, 2003/2, p. 255-292.
- Ruth Allen, "Science Reveals New Clues about Mysterious Ancient Sculptures of Mourning Women", The J. Paul Getty Museum, 2019.
- Mollard-Besques IV-I, n° D4116, planche 156a et D4116 planche 156c.
- Frederike van der Wielen-van Ommeren, "orantes canosines", dans : Angela Kahn-Laginestra (éd.) Genève et l'Italie, Genève 1999, p. 44-65.
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