Lot 49
LUCIANO BORZONE
(Gênes, 1590 - 1645)
Le Christ et la femme adultère
Huile sur toile, 124X148 cm
La teneur caravagesque du tableau témoigne de l'influence de la peinture romaine du XVIIe siècle, en particulier des créations de Mattia et Gregorio Preti. Il suffit de penser au Christ prêchant aux docteurs conservé dans la sacristie de l'église dédiée à la Sainte Trinité de Via Condotti pour entrevoir la communauté d'intentions et de suggestions recueillies par Luciano Borzone pendant son séjour dans la Ville éternelle. L'artiste, en effet, exprime une interprétation très personnelle du naturalisme et de la norme baroque, renouvelant la leçon de Giovan Battista Paggi, de l'école milanaise et les séductions néo-naïves apprises de Cesare Corte avec une autonomie de facture, mais attentif à assimiler les nouveautés de l'Italie centrale. Ainsi, le magistère ténébreux sera également exploré par lui en termes illustratifs et picturaux, régulé par un colorisme construit en voiles et en partitions lumineuses qui semblent brouiller les formes avec une élégance raffinée. Ces aspects sont très bien saisis dans la toile examinée, qui exprime avec éloquence la sagesse acquise par le maître au cours de sa maturité. Il est tout aussi important de saisir sa sprezzatura dans la combinaison du classicisme et de l'adhésion à la vérité avec une grâce formelle appréciable. Dans l'œuvre présentée ici, en effet, la lumière semble diluer la couleur et va jusqu'à défaire les ébauches en jouant avec la préparation et les glacis calibrés, mesurant le clair et l'obscur selon une expérimentation qui sera décisive pour ses élèves. Il faut donc interpréter l'expressivité de Borzone en corrigeant la lecture simpliste du point de vue du Caravage, car elle est réalisée avec une technique discordante. Pour le Caravage et ses proches disciples, la lumière était révélatrice de formes qui se détachaient en rondeur du fond sombre, alors que chez Borzone, les formes se transforment, comme l'a dit Pesenti, en "apparitions agitées", plaçant l'artiste parmi les précurseurs de la recherche sur le clair-obscur qui sera menée par Gioacchino Assereto, Orazio de Ferrari et Giovan Battista Langetti. La question de savoir quand et comment Borzone ou d'autres peintres ont embrassé le caravagisme devient alors sans objet, alors qu'il est plus pertinent de reconnaître que Borzone a embrassé les différents thèmes de la Lombardie, de Manfredi et de Bamboccianti, en s'approchant des mélanges d'origine vénitienne du Titien tardif, du Tintoret et de Palma il Giovane, codifiés comme des peintures " giorgionesques ". Ces indices peuvent suggérer un possible voyage à Venise, mais en ce qui concerne la production mature, il faut garder à l'esprit qu'à partir de 1621, l'art génois sera confronté à Van Dyck (Anvers, 1599 ; Londres, 1641), élégant méditant sur l'utilisation de la couleur lagunaire, du voile et des contrastes d'ombres teintées, à laquelle Borzone n'est pas insensible. En jetant un regard rétrospectif sur sa production, on constate donc qu'il a assimilé les meilleurs exemples de son temps, dialoguant avec Ansaldo et Fiasella, synthétisant des mises en page et des techniques, marquant profondément le jeune Assereto et l'amenant, d'un point de vue compositionnel, à concevoir avec lui des sujets et des solutions narratives similaires pendant sa maturité, surtout après son séjour à Rome entre 1633 et 1635. Il est probable qu'à cette occasion il ait étudié les originaux de Merisi, qu'il ait été intrigué par la bamboche et la peinture de genre, et qu'il se soit trouvé des affinités avec les Français Valentin de Boulogne (Coulommiers, 1591 ; Rome, 1632), Nicolas Tournier (Montbéliard, 1590 ; Toulouse, c. 1638) et Guy François (Le Puy-en-Velay c. 1578 ; 1650), comme le révèlent certaines de ses conformations tardives, mais il est fiable de supposer un contact avec Mattia Preti (Taverna, 1613 ; La Valette, 1699) documenté à Rome à partir de 1630.
Nous remercions Camillo Manzitti pour l'attribution.
Bibliographie de référence :
C. Manzitti, Influences caravagesques à Gênes et nouvelles découvertes sur Luciano Borzone, in Paragone XXII, n° 259, septembre 1971, p. 33
A. Manzitti, Luciano Borzone 1590-1645, Gênes 2015, ad vocem
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