Lot 66
NAPOLÉON Ier. Lettre signée « Np » (large signature), adressée à Hugues-Bernard Maret. Véréïa [au sud de Mojaïsk], 27 octobre 1812. 2 pp. 3/4 p. in 4. Extraordinaire récit de la bataille de Malo-Jaroslavetz, un des derniers grands affrontements de la campagne de Russie. Napoléon Ier souhaitait prendre ses quartiers d'hiver un peu au Sud dans la région de Kalouga, plus propre à nourrir son armée que celle de Moscou, et avait quitté cette ville le 19 octobre. Koutouzov, général en chef des Russes, envoya alors une troupe de 20000 hommes sous les ordres de Doctorov pour couper la route des Français. La rencontre se fit le 24 octobre à Malo-Jaroslavetz et opposa les Russes à l'avant-garde du prince Eugène (15000 hommes) qui parvint au prix d'un héroïsme inouï et de lourdes pertes à rester maître du pont sur la Loucha, clef d'un déplacement vers le Sud. Les Russes se retirèrent sur les hauteurs, et le gros de l'armée sous les ordres de Napoléon arriva le lendemain. Quelques combats de tirailleurs eurent encore lieu, mais, pressé par les événements et inquiété personnellement lors d'une reconnaissance le long de la rivière, l'empereur prit la grave décision de mener la retraite sur la route de Smolensk prise à l'aller, à travers une région déjà dévastée... Lettre en grande partie chiffrée. Joint, le décryptage de l'époque (3/4 p. in 4 manuscrites) : « L'ennemi est arrivé le 24 à la petite ville de Malo-Jaroslavetz, en même tems que nous y arrivions. Notre avant-garde a eu affaire à 6 de ses divisions , mais l'ennemi a été chassé de sa position qui était très forte. Ce combat fait le plus grand honneur au vice-roi et à ses troupes. Le 25 l'ennemi a pris position en arrière de la ville , on croyait qu'il recevrait bataille et le 26 nous avons marché à lui , mais il s'est mis en retraite. Le prince d'Eckmühl l'a poursuivi. Pendant que l'ennemi avoit eu le tems de se placer ainsi sur cette route de Kalouga, je me suis décidé à me rapprocher de Viazma par Mojaïsk afin de faire filer les blessés et les malades dont je suis encombré, et d'arriver encore dans la bonne saison à la ligne où je veux établir mes quartiers d'hyver. Le tems se conserve très bien, mais c'est un miracle qui ne peut durer que peu de jours. À ces considérations ajoutez la grande quantité de cosaques de l'ennemi. Il n'a pas quinze mille hommes de vieux soldats d'infanterie, mais il a fait venir une nuée de ces barbares qui, jettés sur nos communications et sur nos derrières, auroient pu faire essuyer bien des pertes et inquiéter nos quartiers d'hyver. Il est donc probable que quand vous recevrez cette lettre, je serai sur Smolensk et Witepsk et en communication avec vous... Envoyez-nous une grande quantité de chevaux, accélérez les mesures du gouvernement, et dirigez tous les effets d'habillement sur Minsk. L'estafette du 16 a été prise. Méneval vous envoye copie des lettres que je vous écrivis [Claude-François Méneval, secrétaire de Napoléon Ier]. Heureusement dans celle-là et dans les autres du même courrier il ne se trouvait rien d'important... » Ministre des Relations extérieures depuis avril 1811, Maret se trouvait alors à Vilna (l'actuelle Vilnius) d'où il poursuivait son activité politique, notamment celle de veiller aux affaires de Pologne. Napoléon Bonaparte, Correspondance générale, t. XII, 2012, n° 31974, dans un texte parcellaire. Provenance : collection du comte de Crawford Lord Lindsay (estampille Bibliotheca Lindesiana). - Collection André de Coppet.
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À propos de la vente
Catalogue
L'Empire à Fontainebleau
77300 Fontainebleau - France
02/12/2012