Lot 31 - (1)
Nicolas de STAËL 1914-1955
SANG DE ROUGE, 1946
Henri Maldiney est l'auteur d'un texte magnifique sur Nicolas de Staël écrit pour l'exposition Nicolas de Staël, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, 1995.
Voici les lignes concernant les œuvres de l'après-guerre :
“Chaque œuvre de Nicolas de Staël dans les années 1945-1949 se présente comme un faisceau ou un lacis de formes impulsives dont les éléments formateurs, nés d'une décision rapide, loin de se perdre instantanément en elles, font valoir leur énergie propre. Ces longs traits de couleur en forme de barres ne sont pas des objets composant un spectacle. Leur énergie est intégrée à l'énergétique de l'espace et les formes en lesquelles celle-ci s'analyse sont des trajets. Leur direction continuellement contrariée par des décalages et des ruptures s'entretient d'une tension résolue à soi. Ces formes sont agoniques, au sens de l'agôn des tragédies, c'est-à-dire en lutte. Leur paroxysme dénonce un état critique, qui suscite un malaise : le malaise de la fermeture.
Les titres des œuvres le confirment : “Porte sans porte, Barrière, Chemin difficile, Ressentiment”.
Il faut rappeler aussi l'extrême misère dans laquelle Nicolas de Staël se débat à cette époque, et d'après certains historiens, elle n'est pas sans effet direct sur l'œuvre. La lettre écrite à Jean Bauret, en juillet 1946, nous apprend qu'aux peurs métaphysiques s'ajoutent les lancinantes angoisses matérielles :
“Vais crever la gueule ouverte Jean, du fric nom de Dieu, du fric le plus tôt possible. Plus de couleur, plus rien. Secouez la maison des crédits et des comptes courants vite, vite...”
Dans cette œuvre, au titre incroyablement violent, puisque c'est rouge de sang à l'envers, l'artiste dit évidemment son désespoir. Ce crime qu'il ne commettra qu'envers lui-même, Nicolas de Staël le projette sur la toile. Il ne le peint pas. Il griffe de noir et de blanc sur la toile rougie, des ruines, celles d'un autre monde. Sang de rouge est grandiose dans son chaos et donne le vertige par l'incroyable émotion qu'il suscite, né de l'acte de peindre, né de l'acte de vivre et de mourir.
Bibliographie :
- 19 mai - 5 novembre 1995, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, Nicolas de Staël
- Françoise de Staël, Germain Viatte, André Chastel, Anne de Staël, Nicolas de Staël, Ides et Calendes, Neuchâtel, 1997
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Dessins, aquarelles et pastels
À propos de la vente09/12/2002
Catalogue
Succession Olga Carré, Née Burel, Ancienne Collection Louis Carré : 1ère Vente
75008 Paris - France