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Lot 18
PAIRE DE GROUPES AUX ENLEVEMENTS ENLÈVEMENT DE DÉJANIRE PAR LE CENTAURE NESSUS ET L'ENLÈVEMENT D'UNE SABINE ECOLE FRANÇAISE DU PREMIER QUART DU XVIIIe SIÈCLE MATÉRIAUX : BRONZE, ÉCAILLE BRUNE ET LAITON H. 58 CM, L. 43 CM, P. 24 CM Estimé : 200 000 / 250 000 € CERTIFICAT D'EXPERT EN DATE DU 2 FÉVRIER 1993 Bronzes à patines brun-nuancé rouge sur socles à pans galbés en élévation et à arcatures cintrées, plaqués d'écaille brune et garnis de filets de laiton. Les huit petits pieds sont chaussés d'acanthes en volutes. On connaît quelques rares exemplaires qui s'inspirent clairement de Jean de Bologne : deux étaient dans la collection d'Auguste Le Fort, une autre paire fut dessinée par Gabriel de Saint Aubin en 1758, ils figuraient dans le catalogue de la collection de Gaignat, secrétaire du Roi, et furent vendus en 1776 dans la vente Le Marié, décrits comme « deux morceaux…d'un précieux travail et d'une bonne couleur ». il y a également avec de légères variantes dans les socles, ceux conservés au Musée National de Bavière. On connaît aussi d'autres exemplaires qui sont conservés dans la collection Wallace, au Grand Trianon, au Louvre (un seul), dans une collection privée à Paris et enfin, une paire qui provenait à l'origine de la collection Stroganoff. Déjanire et Nessus : Le sujet est tiré des Métamorphoses d'Ovide. Hercule, ayant épousé Déjanire après avoir vaincu Acheloüs, la confiera au centaure Nessus qui devait l'aider à franchir la rivière Evene. Amoureux de la princesse, Nessus tentera de l'enlever. Hercule tuera le centaure d'une fl èche empoisonnée par le sang de l'Hydre de Lerne. Le centaure, perfide, persuade Déjanire de recueillir son sang et de s'en servir comme philtre d'amour si Hercule venait à la trahir. Un jour, convaincue de l'infidélité de son époux, elle imprègne une tunique de quelques gouttes du sang du centaure et la fait porter à son époux qui, à son tour empoisonné, devient fou de douleur et se jette dans les flammes. Ce bronze reproduit un modèle considéré comme une interprétation par Antonio Susini (1580-1624) du prototype inventé par Jean Bologne, son maître. Jean Bologne a conçu son bronze du Centaure Nessus enlevant Déjanire en 1575/76, le modèle sera repris par son assistant Susini avec quelques variantes. Un bronze figurait dans l'inventaire du Grand Dauphin en 1689, et dès 1693, Louis XIV possédait deux bronzes dans sa collection dont l'un fut décrit comme 'Un groupe de l'Enlèvement de Déjanire par le Centaure, haut de seize pouces, estimé huit cents livres.' L'attitude de Nessus et la position de Déjanire sont en effet différente. Déjanire est accroupie sur le dos du centaure, le buste rejeté en arrière et la jambe droite dans le vide ; Nessus, tourné vers Déjanire, l'enserre fermement de son bras droit et la retient par le bras gauche, à l'inverse du prototype de Jean Bologne. L'attribution du modèle à Susini lui-même repose moins sur des descriptions anciennes, qui mentionnent l'oeuvre tantôt seulement comme de la main de Susini tantôt comme modèle de Jean de Bologne, que sur des critères stylistiques. Le corps de Déjanire et celui du centaure sont très peu modelés et présentent une surface rebondie et lisse sur laquelle l'apparition des veines paraît artificielle. Les mains courtes de Déjanire et la tête de Nessus allongée par la barbe ne sont pas celles de Jean Bologne. Des détails plus anecdotiques que réalistes, comme la queue exagérément en vol, la sangle ou les cals sur les antérieurs du centaure, sont étrangers à Jean Bologne. Toutes ces caractéristiques se retrouvent par contre dans les groupes du Lion attaquant un cheval, et du Lion attaquant un taureau, signés par Susini lui-même. Parfois groupé en paire avec l'Enlèvement d'une Sabine, ces enlèvements connurent un grand succès. Considérés par Gersaint comme " une curiosité noble et propre à l'ornement des grands appartements ou des cabinets " , ces bronzes trouvaient leur place de prédilection dans les collections d'amateurs. … « Le souffle créateur suscité par les grands chantiers de Louis XIV allait amplifier le développement d'une activité autour de la petite statuaire. Paris était devenu, dès la fi n du XVIIe siècle, et pour une très grande partie du XVIIIe siècle, une destination incontournable où les envoyés des riches collectionneurs français et étrangers s'approvisionnaient en objets précieux. La petite statuaire de bronze sortant des ateliers parisiens devint très recherchée, car sa qualité lui permettait de figurer avantageusement dans les meilleures collections… A partir de juin 1690, les dépenses militaires exigèrent des sacrifices et amenèrent des mesures surtout désastreuses pour les orfèvres… Certains d'entre eux se déclarèrent « ciseleurs » et acquirent souvent une maîtrise de fondeur, faisant profiter cette communauté de leur savoir-faire… Une dizaine de fondeurs regroupés à l'Arsenal autour de Balthazar Keller, collabora sous la direction du sculpteur François Girardon chargé par Charles Le Brun de diriger la fonte des statues et d'en surveiller les différentes étapes. Ainsi, dut-il y superviser les fontes des petites versions… et notamment des versions élaborées à partir des modèles de Michel Anguier, Jean de Bologne et de ses suiveurs (d'autant plus que Charles Le Brun, avait emprunté le thème de l'Enlèvement aux Métamorphoses d'Ovide et s'était inspiré de l'enlèvement de la Sabine de Jean de Bologne, visible sous la Loggia dei Lanzi, créant ainsi une parenté formelle facilitant une diffusion commerciale). Cet enlèvement fi t parti des collections royales et princières et fut inventorié assez tôt dans les collections particulières… Chez François Malafaire, un marchand joaillier renommé, fournisseur des plus grands, fut inventorié, en 1698, un stock de bronzes qui comprenait un enlèvement de Sabine, une paire figurant les enlèvements d'Europe et Déjanire, à côté des réductions d'antiques... Un autre exemple montre l'engouement de l'époque pour les enlèvements, celui de Claude Devaux " orfèvre " , proche de François Girardon et d'André-Charles Boulle, il s'établit en 1710, rue du Faubourg Saint-Antoine, avec une maîtrise de fondeur en terre et sable, ciseleur et maître sculpteur en bronze puis maître sculpteur en bronze en 1718, et sculpteur en bronze en 1720, à la veille de son décès, ce qui situe le domaine essentiel de son activité professionnelle. L'inventaire de son atelier réalisé après son décès, en octobre 1720, montre modèles et versions fondus de figures antiques ou de groupes représentant des Enlèvements dont les thèmes évoquaient des créations de Jean de Bologne ou des ses suiveurs. Les évaluations étaient élevées entre 300 et 600 Livres chacun. On peut s'interroger sur le rôle prépondérant de ce marchand orfèvre, dans la diffusion de ces pièces dans les grandes collections royales, princières ou chez les grands financiers. La qualité de ses fontes et de la ciselure fut souvent soulignée par les experts… Certaines pièces conservées aujourd'hui dans des collections muséales ou circulant sur le marché de l'art et dont le modèle et la fonte sont attribués à des artistes ou des fondeurs français du début du XVIIIe siècle peuvent être rapprochée de certains groupes inventoriés dans cet atelier : ainsi le cavalier enlevant une Sabine (dont le pendant est un enlèvement de Déjanire, d'après le modèle considéré comme une interprétation par Antonio Susini de celui créé par Jean de Bologne)… Créée au début du XVIIIe siècle, cette paire eut beaucoup de succès : une paire semblable fut inventoriée dans le stock de Thomas-Joachim Hébert, à une valeur à peu près équivalente à celle attribuée par les experts après le décès de Claude Devaux ; une autre fi gure dans la vente Gaignat du 14 février 1769, ainsi que dans celle de Le Marié du 5 septembre 1776 actuellement conservée à Londres à la Wallace Collection. » Extraits de Bronzes français de la Renaissance au Siècle des Lumières, édition Musée du Louvre Somogy, par Odile Fouchy-le Bras, pp.237 à 241. Le soin porté à l'établissement de l'inventaire de l'atelier de Claude Devaux, pratiqué par les huissiers est un exemple rare mais qui éclaire un aspect mal connu de l'histoire de l'art et qui permet d'établir un lien entre cet atelier de renom et les statuettes et groupes de grandes qualité produits à Paris à la fi n du XVIIe et au début du XVIIIe siècle…
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Mobilier classique
À propos de la vente
Catalogue
26/03/2010
Proposé par Kohn
(33) 1.44.18.73.00

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