Lot 120
Paul GAUGUIN (1848-1903) Tête de tahitienne, de profil à gauche, vers 1892 Pastel , crayon noir et rehauts de gouache dorée 30,5 x 20,5 cm Signé du monogramme PGO en haut à droite. Exposition : Gauguin, Martigny, Fondation Gianadda, 1998, n°78, reproduit p.133, catalogue par R.Pickvance Bibliographie : - Paul Gauguin, Cahier pour Aline,1892 - 1893, édition en fac-similé avec commentaires de Victor Merlhès, Paris, 1989, pp.35-36, reproduit. - Richard Brettel, Françoise Cachin, Claire Frèches-Thory, Charles F.Stuckey, catalogue de l'exposition Gauguin, Washington-Paris, 1988-1989, p.270, sous le n°148, reproduit. - L'Oeil, Juillet-Août , 1998, n°498, p.73. Œuvres en rapport: -Te nave nave fenua (terre délicieuse), tableau conservé au Kurashihi Ohara Museum of Art -Cahier pour Aline, manuscrit conservé à la bibliothèque d'art et d'archéologie, fondation Jacques Doucet, visage de la quatrième de couverture. -Dessin de la même tête en sens inverse, connu par une photographie de chez Druet. -Petite aquarelle sur la couverture du manuscrit de Noa Noa, conservé au musée du Louvre. Ce dessin figurera au catalogue raisonné de Sylvie Crussard en préparation à l'Institut Wildenstein. Si les blancs d'Ingres chantent, on peur dire que les œuvres de Gauguin enivrent. Noa Noa: “parfumé”. Sans être jamais allé à Tahiti, on peut comprendre Victor Segalen, lorsqu'il déclara à Monfreid: “je puis dire n'avoir rien vu du pays et de ses maoris avant d'avoir parcouru et presque vécu les croquis de Gauguin”. Et devant ce pastel de Gauguin, on peut s'imprégner de son idéal vahiné : “Tous ses traits offraient une harmonie raphaélique dans la rencontre des courbes, et sa bouche avait été modelée par un sculpteur qui parle toutes les langues de la pensée et du baiser, de la joie et de la souffrance. Et je lisais en elle la peur de l'inconnu, la mélancolie de l'amertume liée au plaisir, et ce don de la passivité qui cède apparemment et, somme toute, reste dominatrice” (in Noa Noa). Rome n'est plus dans Rome, disait Delacroix, et Gauguin l'avait compris. Rome est dans notre tête, là où nous mène notre quête de la perfection. Pour Gauguin, ce sera la civilisation maori, Te nave nave fenua, terre délicieuse. Teha'amana, Tehura dans Noa Noa, la vahiné de Gauguin en 1891-1892, fut la modèle de toute une série d'études de têtes au fusain. Ces têtes de trois-quart sont souvent accompagnées d'un profil au trait moins chargé de craie et décalé, qui semble dialoguer avec le modèle comme un alter-ego caractérisé dans un état psychologique. Dans ce pastel, l'inclinaison songeuse du modèle, dont les paupières baissées accentuent la rêverie, intériorise ce sentiment. Il se matérialise à travers le tronc d'arbre qui semble servir de vecteur à l'étrange chimère rouge qui plane au-dessus de sa tête comme un état mental mystérieux. Tupapan, esprit malfaisant? Ou forme simplifiée du lézard ailé rouge qui tente Eve dans Te nave nave fenua? Il nous semble que oui, car ce serpent tentateur devenu, par correspondance et par résonance, dans le culte maori inventé par Gauguin, un lézard (il n'y a pas de serpent à Tahiti, à l'origine), est le désir du péché, de l'interdit, qui plane dans nos esprits et que Gauguin retourne: les ailes du désir déployées avec majesté dominent comme un auréole de sainteté naturelle ce pur profil maori. 600 000/700 000 €
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Dessins, aquarelles et pastels
À propos de la vente
Catalogue
26/03/2003
Proposé par Piasa
33 (0)1 53 34 10 10