Lot 8
Pierre-Auguste RENOIR (Limoges, 25 février 1841 - Cagnes-sur-Mer, 3 décembre 1919)
LA FONTAINE OU JEUNE FILLE PRES D'UNE FONTAINE, 1895
Huile sur toile
Signé en bas à gauche
47 x 30 cm
Bibliographie
Sera inclus au Catalogue Critique du peintre Pierre-Auguste Renoir en préparation par Wildenstein Institute établi à partir des fonds d'archives François Daulte, Durand-Ruel, Venturi, Vollard et Wildenstein
Ambroise Vollard, Tableaux, Pastels et Dessins de Pierre-Auguste Renoir, Paris, 1918, n°561, p. 141 (illustré), éd. Alan Wofsy Fine Arts, San Francisco, 1989
Provenance
Paris, Ambroise Vollard
Londres, O'Hana gallery
Collection Larcade
Vente, Sotheby's Londres, 25 juin 2008, lot 55
L'OEuvre de Renoir est paré de toutes les séductions, attiré par le côté joyeux et souriant des choses en excluant les côtés tourmentés, sombres et austères de l'humanité.
En 1854, alors âgé de 14 ans, Pierre-Auguste Renoir entre en apprentissage dans une fabrique de porcelaine, rue du Temple, où il est initié à la peinture sur céramique.
En 1861, il s'inscrit à l'École des Beaux-Arts.
Parallèlement aux cours de l'Ecole, il fréquente l'atelier privé de Charles Gleyre où il se lie d'amitié avec Alfred Sisley, Frédéric Bazille et Claude Monet.
Suivant la recherche de ses amis du Café Guerbois, en particulier Bazille et Monet, sur la lumière naturelle, il travaille souvent «sur le motif» en forêt de Fontainebleau.
Ses recherches artistiques vont alors couvrir un large éventail, étant moins sûr que d'autres peintres de la direction à prendre.
En effet, il est tenu par la double nécessité de vendre des tableaux pour vivre et de se forger une place sur la scène parisienne.
Renoir ne s'approprie un mode de représentation picturale qu'à l'été 1869, lorsqu'il travaille à La Grenouillère avec Monet, peignant l'animation de ce lieu de loisirs de la bourgeoisie parisienne, avec des touches de couleur rapides et vigoureuses simplifiées à l'extrême, des personnages à l'état d'esquisse, un art de la lumière rendue par des reflets mobiles, rendant ainsi compte de l'« impression » régnant dans ce lieu.
Pourtant, si Renoir, avec La Grenouillère et quelques autres toiles datées de 1869 et 1870, affirme les composantes essentielles de la peinture impressionniste, en particulier la division des tons, sa recherche délibérée d'une clarté accrue par une couche légère de peinture qui apparaît dès 1872, va caractériser l'exécution de la plupart des oeuvres traditionnellement rattachées à sa période impressionniste.
Ce parti pris semble bien constituer l'élément capital sur lequel s'appuient alors ses recherches plastiques et, petit à petit, naît une oeuvre que certains n'hésiteront pas à qualifier d'anti-impressionniste .
« Renoir, comme Cézanne, fut un peintre anti-impressionniste », dira André Lhote.
Sa caractéristique principale est l'emploi d'une pâte plus ou moins épaisse mais toujours résineuse, c'est-àdire, contrairement à la pâte d'un Monet, fort peu diluée dans l'essence de térébenthine, donc peu dégraissée.
Après sa participation aux expositions impressionnistes « maudites » de 1874, 1876 et 1877, il réintègre le Salon en 1879 où il présente Madame Charpentier et ses enfants, son commanditaire, Georges Charpentier, éditeur très en vue de Zola, Maupassant et Daudet apporte alors une aide précieuse au peintre en le cautionnant auprès des amateurs de portraits.
« Renoir a un grand succès au Salon. Je crois qu'il est lancé, tant mieux, c'est si dur la misère ! », déclare alors Paul-Emile Pissarro.
En 1881, grâce à la vente de ses tableaux, Renoir peut enfin voyager vers le sud, sur les traces de Delacroix en Algérie, puis en Italie, où il découvre les maîtres florentins et les fresques Pompéiennes, enfin à l'Estaque, près de Marseille, où il peint avec Cézanne, avec des coloris plus violents.
Renoir se détache de plus en plus de l'impressionnisme, « Vers 1883, il s'est fait comme une cassure dans mon oeuvre.
J'étais allé jusqu'au bout de l'impressionnisme et j'arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner.
En un mot, j'étais dans une impasse » Renoir cité par Vollard, dans Renoir, Paris, 1920.
A partir de ce moment, Renoir doute et remet son oeuvre en question.
Il s'éloigne de plus en plus de l'impressionnisme, les contours de ses personnages deviennent plus précis.
Il dessine les formes avec plus de rigueur, les couleurs se font plus froides.
Renoir est en perpétuelle recherche d'un art pictural absolu.
« Je suis encore dans la maladie des recherches. Je ne suis pas content et j'efface, j'efface encore... », écrit-il à Durand-Ruel en 1881.
Sa nouvelle manière, qui correspond à la période dite « sèche » ou « ingresque », est d'abord caractérisée par un dessin plus précis et par des aplats comme dans Les Parapluies (1882-1884) ou La Danse à la ville (1883), puis par un contour net, une matière lisse et une répartition uniforme de la lumière comme dans Les Grandes Baigneuses (1884-1887).
Si l'épisode ingresque est de courte durée, il marque la production de Renoir jusqu'à la fin : les formes s'inscrivent davantage dans l'espace, la gamme colorée est plus vive.
Mais critiqué car mal compris, Renoir s'échappe de la période « sèche ».
Sans revenir à un coup de pinceau purement impressionniste, il va assouplir le trait, abandonner la rigueur tout en conservant le modelé de ses sujets.
Délicatesse, forme, couleur, lumière et volupté sont les maîtres mots de cette nouvelle période.
Abandonnant le style linéaire, Renoir adopte une facture plus souple et onctueuse, avec plus de fluidité et des effets de transparence.
C'est ce que l'on a appelé la période « nacrée ».
Cette évolution de Renoir qui approche la cinquantaine est aussi due au fait suivant :
« Il s'aperçut en effet, à cette époque, que ses oeuvres de jeunesse se craquelaient et que les tons s'altéraient. Il surveilla donc ses mélanges, qu'il réduisit, comme Rubens, au minimum, et se contenta d'une couche mince et unique »
André Lhote.
Renoir transforme son style qui le conduira à un épanouissement final en peignant de plus en plus en volume, vers une plastique plus sculpturale.
La jeune fi le à la fontaine intègre ces nouveaux éléments, douceur, harmonie des tons, rondeur des formes et luminosité.
La jeune fille coiffée d'un chapeau, prétexte au déploiement coloré des fleurs qui l'ornent, nous apparaît de profil, toute occupée à se désaltérer.
Prise comme un instantané photographique, elle ne porte guère attention au peintre.
Evoluant dans un environnement végétal harmonieusement coloré, elle concentre l'attention du spectateur grâce à la blancheur de sa robe, blancheur, presque virginale, qui est accentuée par ce fort contraste des couleurs.
L'intérêt du public est enfin immense.
Après 1897 et jusqu'à la fi n de sa vie, Renoir en vint à une manière impulsive, directe, sans retouche, à laquelle vont se rattacher d'innombrables fi gures de femmes plantureuses et nues (Baigneuse s'essuyant la jambe, 1905), peintes souvent en une seule séance dans des coloris à dominante ocre-rouge.
Souffrant de rhumatismes articulaires, Renoir fut contraint, au début du siècle, de rechercher le climat du Midi.
Il s'établit tout d'abord à Grasse en 1900 puis au Cannet en 1902, et enfin à Cagnes-sur-Mer en 1903 aux Collettes, où il fut frappé, en janvier 1912, d'une paralysie des jambes et des bras.
Opéré au mois d'août de la même année, il continua de peindre, son pinceau attaché à la main, durant les sept années qui lui restaient à vivre.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Collectif, Choix de Textes de Nicholas Wadley, Renoir, un Peintre, une Vie, une OEuvre, éd. Belfond, Paris, 1989.
1890, Renoir peint souvent le sujet d'une jeune femme avec un chapeau et en premier lieu une jeune modiste, Aline Charigot, qu'il épousera.
L'artiste est inspiré par les couvre-chefs luxueux des dames de la fi n du siècle.
Il en arrive parfois à commander des chapeaux aux formes insolites dont il parait ses modèles.
Chez lui, la femme n'est pas peinte comme une femme au foyer ou une ouvrière, mais comme une création de la nature et son ornement.
On retrouve donc dans ces portraits les couleurs vives et gaies de la nature et le rouge des fleurs vibrant, sur les lèvres, les joues et la robe du modèle au doux visage ovale .
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Dessins, aquarelles et pastels
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