Lot 136
RARE BUREAU PLAT TOUTES FACES, plaqué d'ébène.
Il ouvre par trois tiroirs en ceinture et en simule trois autres sur la face opposée.
Les tiroirs sont ornés de panneaux de laque du Japon du XVIII° siècle, à décor d'oiseaux et de paysages, alternant avec des rosaces en bronze ciselé et doré.
Les côtés du bureau sont également plaqués de panneaux de laque du Japon présentant des décors d'oiseaux et de paysages.
Il repose sur des pieds en gaine de section carrée, garnis de filets de bronze doré aux angles et ornés de guirlandes de laurier en bronze ciselé et doré en chutes, terminés par des pieds en forme de chapiteau inversé sur des boules.
Le plateau est gainé d'un maroquin noir à vignettes dorées et cerné d'une lingotière.
Fine ornementation de bronzes ciselés et dorés tels qu'entrées de serrure, rosaces, guirlandes de laurier, encadrement, lingotière et sabots
Estampillé MONTIGNY, Philippe-Claude Montigny (1734-1800), reçu maître le 29 janvier 1766
Epoque Louis XVI
H78,5,L163,P82cm
Bibliographie :
Pierre Kjellberg, " Le mobilier français du XVIII° siècle
", éditions de l'amateur, Paris, 2008.
François Quéré, " L'ébéniste Philippe-Claude Montigny ", in l'Estampille/Objet d'art, n° 423, Avril, 2007.
Ebéniste de très grand talent, Philippe-Claude Montigny s'est illustré principalement dans le premier style Louis XVI dit " à la grecque ". Reçu maître en 1766, il est établi Cour de la Juiverie, près de la Bastille, dans les ateliers de son père, Louis, ouvrier privilégié.
Il fait un large usage des placages d'ébène, de bois de rose, de satiné ou d'acajou mis en valeur par l'utilisation abondante de bronzes de belle qualité dont les motifs ne sont pas sans rappeler les dessins de l'ornemaniste Jean-Charles Delafosse (1734- 1791).
Ses œuvres sont présentes dans les collections nationales, notamment au Musée du Louvre, au Musée Jacquemart-André ou au Musée des Arts Décoratifs, mais également dans de grandes collections étrangères, dont celle du duc de Bedford à Woburn Abbey, au John-Paul Getty Museum de Los Angeles, ou au Château de Longleat en Angleterre
La carrière de Montigny est d'abord marquée, au moins dès 1761 et jusqu' à la fin des années 1770 par sa collaboration auprès des plus grands marchands- merciers de l'époque. Son contrat de mariage établit en 1764 apporte des indications sur ses relations avec ces marchands avant l'obtention de sa maîtrise. Parmi ses témoins figurait François-Charles Darnault, " marchand miroitier ", Madeleine Hécéguerre, épouse de Simon-Philippe Poirier et Jean- Jacques-François Machard " marchand bijoutier ".
François-Charles Darnault débute sa carrière avec son père, François Darnault dans le commerce de la miroiterie.
Il commence à diversifier son commerce avant le décès de celui-ci en 1758. En 1772, il devient l'un des plus importants marchands de luxe de Paris, et s'associe à son tour à ses fils avant de disparai^tre en 1790.
Les livraisons qu'ils firent à Mesdames pour Bellevue, prouvent l'extraordinaire qualité des meubles en laque qu'ils pouvaient fournir.
Montigny qui débute sa carrière au début des années 1760, entre donc en relation avec les Darnault au moment ou` ils diversifient leur stock. Son talent devait à cette date être suffisamment reconnu pour attirer leur attention, alors que Darnault travaillait depuis la fin des années 1750 avec Joseph Baumhauer, gage de l'excellence recherchée par le marchand
La présence de Marie-Madeleine Hécéguerre atteste également des relations que Montigny avait avec Poirier. On sait que Poirier livre en 1765, au duc de Coventry pour sa résidence de Croome Court, un bureau à la grecque qui était similaire à une série de petits bureaux plats signés tantôt de Montigny, tantôt de Dubois. François Quéré dans son article sur l'ébéniste pense que ce dernier livra des bureaux plats " à la grecque " de même taille ou de dimensions plus importantes mais plus richement ornés pour Poirier sans doute à l'image de celui figurant dans la collection du duc de Bedford à Woburn Abbey. On ne sait pas si sa relation avec Poirier continua après son retrait des affaires en 1777, peut être a-t-il continué à travailler pour son successeur, Dominique Daguerre.
Montigny a également collaboré étroitement avec son cousin René Dubois (1734-1798, maître en 1755), ébéniste et marchand, comme le prouvent certains meubles portant la double estampille, notamment un bureau plat plaqué d'ébène qui rappelle celui que nous présentons par sa forme.
Il semblerait, cependant, que ces ouvrages portant une double estampille, réalisés après 1780, aient été fabriqués par Montigny, Dubois se consacrant alors uniquement au commerce.
Il réalise de nombreux bureaux, tables à écrire, secrétaires, encoignures et petites tables volantes en chiffonnière, notamment dans les années 1770-1780 identifiables par leur forme et leur ornementation à dominante géométrique.
On peut considérer Montigny comme le grand spécialiste des bureaux plats. L'Almanach Dauphin le cite comme: "l'un des plus renommés pour les meubles en écaille et argent ou ébène et cuivre doré". Si c'est en effet avec ses meubles "noirs" (d'ébène) qu'il se fait connai^tre, il devient vite le "bon faiseur" des bureaux plats. On les retrouve parfois avec un cartonnier, suivant le modèle réalisé par Joseph pour Lalive de Jully (château de Chantilly), et dont plusieurs exemplaires sont connus, l'un dans les collections de la Banque de France, ou chez le duc de Bedford, à Woburn Abbey, un troisième vendu à Paris en 2009. Son style à la fois strict et opulent s'accorde particulièrement bien avec la rigueur qu'impose la fonction d'un bureau.
L'emploi du laque est cependant beaucoup plus rare, et ce matériau précieux est la plupart du temps fourni par les marchands-merciers pour des tâches spécifiques. C'est notamment le cas pour un ébéniste aussi réputé que Martin Carlin (1736-1785, maître en 1766), qui travaille pour la Couronne. La mode s'en répand vers 1780, succédant à celle du mobilier de porcelaine, et la Reine elle-même collectionne ces objets venus du bout du monde. Sous Louis XVI, les laques les plus recherchées sont japonaises, et on privilégie les oppositions des fonds noir et or.
Les motifs sont plus sobres que sur les laques chinoises polychromes plus décoratives qui avaient égayées le style Louis XV. Cette apparente austérité révèle une grande richesse de tons, les profondeurs de la matière créant celles du dessin, et Montigny, déjà adepte de cette opposition ébène/bronze doré, trouve là une nouvelle application faisant échos de ces oppositions de couleurs.
Il est probable qu'un meuble de cette qualité - plus exceptionnelle encore que d'habitude, mais caractéristique des "canons" de Montigny - ait été une commande particulière pour un amateur fortuné, recherchant modernité et classicisme, appartenant au milieu proche de la Couronne.
Estimation sur demande
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Mobilier moderne et design
À propos de la vente
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