Lot 103
RARE SECRÉTAIRE À SECRETS PAR FERDINAND SCHWERDFEGER (1734-1818)
Secrétaire à abattant les côtés en doucine, plaqué d'acajou. La partie supérieure ouvrant à un abattant surmonté d'un tiroir. Sous le tiroir supérieur (clef à trèfle) est un glissant secret dévoilant un range-document et libérant des planchettes latérales à poussoirs-ressorts dont l'une (à gauche) est marquée au revers à l'encre noire : "FERDINAND SCHDVERDFEGER / ME . EBENISTE . APARIS". L'abattant (clef à trèfle) dévoile un grand tiroir supérieur sur quatre casiers et quatre tiroirs séparés par un compartiment secret. Partie inférieure du meuble ouvrant à un vantail dévoilant un casier et un rangement sécurité (clef en as de pic). Dessus de marbre gris Sainte Anne à galerie ajourée de bronze doré. Étoiles de bronze doré appliquées, petits bronzes ciselés et dorés en mufles de lions, filets dorés et pieds en pattes de lions.
Fin de l'époque Louis XVI, fin du XVIIIe siècle.
Hauteur : 143,5 cm - Largeur : 96 cm - Profondeur : 67 cm
(Bel état général, rares petits accidents, restaurations et manques)
BIBLIOGRAPHIE :
- Marc-André Paulin, "Schwerdfeger, ébéniste de Marie-Antoinette", in L'Estampille / L'Objet d'Art, octobre 2003, n°384, p.66-79 (reproduit) ;
- Connaissance des Arts, 1990, n° 468 à 460, p. 68.
- Michel Beurdeley, Trois siècles de ventes publiques, Paris : Tallandier, 1988, pp. 162 et 163 (reproduit)
PROVENANCE :
- Galerie Ghislaine David ; y acquis en 1991 (facture).
Le présent secrétaire à abattant constitue un témoignage précieux du talent et de la virtuosité de Ferdinand Schwerdfeger (1734–1818), l’ébéniste auquel l’on doit le célèbre serre bijoux offert à la reine Marie-Antoinette par la Ville de Paris en 1787 (Paris, musée du Louvre, dépôt au château de Versailles, OA 5515). Les œuvres de cet artisan d’exception apparaissent rarement sur le marché, offrant ici l’occasion rare d’acquérir un meuble authentiquement signé de sa main. Réalisé à la fin de l’Ancien Régime, il annonce déjà, par certains éléments de son vocabulaire décoratif — telles les étoiles ornant la façade — les formes que l’on retrouvera sous l’Empire.
Né en Allemagne, Schwerdfeger s’établit à Paris en 1760 et obtient la maîtrise en mai 1786. Il installe alors son atelier dans la capitale et se distingue rapidement par la qualité et l’originalité de ses créations. Proche des cercles de la Cour et du Garde-Meuble royal, il collabore avec Jean-Henri Riesener et Guillaume Benneman, dont il partage la rigueur du montage et l’exigence dans le travail du placage. Son œuvre s’inscrit dans le goût Louis XVI finissant, adouci par un néoclassicisme d’une grande pureté. Il exécute également du mobilier pour la cour de Russie — notamment une grande console desserte — dont les bronzes sont réalisés par Gouthière et Thomire.
L’ingéniosité technique de Schwerdfeger se manifeste pleinement dans le présent meuble. Le retrait du tiroir supérieur a récemment permis d’accéder à un système de lames-ressorts dissimulé dans le fond : en le faisant coulisser vers l’avant, il libère deux planchettes latérales, dont l’une révèle, sur sa face interne, la signature manuscrite de l’ébéniste — particularité rare, exécutée à l’encre plutôt qu’au fer à froid, comme c’était l’usage. L’abattant découvre en outre de petits tiroirs secrets, destinés autrefois à dissimuler correspondances ou objets précieux.
Cette fascination pour les mécanismes ingénieux s’explique par les collaborations de Schwerdfeger avec les plus grands horlogers de son temps — Antide Janvier, Jean-Simon Bourdier ou encore Robert Robin — pour lesquels il réalisa plusieurs caisses de régulateurs et de pendules. Si quelques pièces majeures sont bien connues et conservées dans des institutions muséales, tel le serre-bijoux de Marie-Antoinette, la plupart des réalisations de ce compatriote de Riesener demeurent méconnues. Cette rareté s’explique probablement par son habitude de dissimuler sa signature, comme ici, dans un endroit inhabituel.
De sa main, sont également répertoriés un bureau de dame signé et daté 1788 (musée du Louvre, OA 6871), une paire d’encoignures passée à Drouot en 2013, une commode vendue chez Sotheby’s (vente Ezra & Cecile Zilkha, 20 novembre 2020, lot 127), une commode à encoignures conservée au musée des Arts décoratifs de Bordeaux, ainsi qu’une petite commode et un secrétaire en acajou (Museum of Fine Arts, Boston).
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Mobilier classique
À propos de la vente
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