Lot 132
RARE TABLE de forme rectangulaire en placage d'ébène, acajou, bois de rose et filets de laiton. Le plateau présente une marqueterie de marbres de couleur au centre une plaque en pierre dure. Elle ouvre à deux tiroirs latéraux et repose sur des pieds fuselés, cannelés à asperges et pans coupés réunis par une entretoise mouvementée. Riche décoration de bronze ciselé et doré tels que : chutes décorées de pampres de vigne et héliotropes, encadrement de frises d'oves et fleurons avec au centre un tablier et une tête d'Apollon sur des rayons, sabots. Estampillée M. Carlin et poinçon de jurande Époque Louis XVI 84,5 x 83 x 47,5 cm Martin Carlin, ébéniste reçu maître en 1766. Provenance : Collection Jacques Doucet, vente Paris les 7 et 8 juin 1912, Galerie Georges Petit no 333. Bibliographie : “Le style Louis XVI” par Seymour de Ricci, Hachette et Cie Paris 1913, p. 89. Rangée n° 1 de 1 à 15 : 1.giallo antico bréchata 3.bleu Turquin 4.jaune antique de Numidie 5.verde di Corsica 6.jaune de Chemtou 7.brèche africaine 8.jaspé ou brèche de Sicile 9.noir antique 12.rosé de Numidi 13.cipolin antique de Grèce 14.brèche d'arabide Rangée n° 2 de 16 à 30 : 16.giallo antico 17.vert moulin 19.brèche de Sicile 21.grand antique 22.giallo antico 23.vert antique de Grèce 24.violet de vilette 25.brèche pernicé 26.rouge de Languedoc 27.brèche grise de Lez 29.brèche violette 30.brèche pernicé Rangée n° 3 de 31 à 45 : 31.gris du Bourdonnais 33.porta santa 35.brocatelle du Jura 36.sarrancolin 37.bleu vénato 38.porphyre rouge d'Égypte 39.brèche de Lavale 40.trèt 41.granite d'Assouan 42.jaune antique 43.campan grand mélange 44.brèche de Tholonet Rangée n° 4 de 46 à 57 : 46.sarrancolin 47.brèche d'arzo 49.vert moulin 50.onyx 51.petit antique 53.onyx 55.brocatel du Jura 57.vert antique de Grèce Rangée n° 5 de 58 à 69 : 58.brèche de gougnie 59.brocatel du Jura 60.brèche violette 62.Portor 63.griotte rouge de Felines 64.trèt 65.vert de mer 66.rouge de caunes 67.Levanto 68.giallo antico Rangée n° 6 de 70 à 84 : 70.blanc bleuté de St Béat 71.griotte rouge de Campan 72.brocatel de Tortosa 75.gris de gougnies à fossile 76.violet de vilette 77.spath fluor 78.rouge antique 79.onyx 81.violet de vilette 82.brocatel de Turquie 83. Caunes minervois 84.sarrancolin Rangée n° 7 de 85 à 99 : 85.Porta Santa 86.Sarrancolin 87.Campan grand mélange 88.sarrancolin 89.petit granité 90.brèche de Sicile 91.Levanto 92.jaune antique 93.campan vert 94.brèche rouge de madreporique 95.porphyre antique de Grèce 96.granit 97.pavonazzetto 98.giallo antico 99.brèche africaine Rangée n° 8 de 100 à 114 : 100.sarrancolin 104.rosé vif des Pyrénées 105.vert antique de Grèce 107.vert Ranocchia d'Egypte 109.Levanto 111.griotte rouge des Pyrénées 112.brèche caroline Martin Carlin, ébéniste d'origine allemande (vers 1730-1785), commence à travailler à Paris dans l'atelier de l'ébéniste Jean-François Oeben. Il épouse la sœur de ce dernier en 1759 ; les ébénistes Oeben et Roger Vandercruse sont ses témoins. Carlin s'établit, à l'enseigne de “la Colombe”, rue du Faubourg Saint-Antoine comme artisan libre et reçoit ses lettres de maîtrise en 1766. Il travaille essentiellement pour des “marchands-merciers” qui lui fournissent des plaques de porcelaine, des panneaux de laque et des bronzes ciselés et dorés. Ses meubles essentiellement de style Louis XVI, toujours de grande qualité et raffinés sont pour la plupart des meubles de commande ; ils se caractérisent souvent par des pieds élevés à section octogonale et cannelures de cuivre, un ressaut central, et des motifs de bronzes : festons de draperie, frise de branches de laurier, guirlandes de fleurs et fruits attachées à des nœuds de ruban, lambrequins frangés, bustes de vestales. Ces bronzes étaient vraisemblablement réalisés par le bronzier Joachim Provost dont le nom apparaît dans la succession de Carlin pour 679 livres “pour ouvrages de sa profession par lui faites pour led. S. Carlin”. Carlin n'est pas attaché au garde-meuble mais réalise de nombreuses commandes pour la Couronne livrées par les “marchands-merciers” tels Poirier, Daguerre et Darnault. Ce dernier livre au château de Bellevue une commode secrétaire et deux encoignures pour Mesdames en 1781 ainsi qu'une commode et deux encoignures en 1785 pour Madame Victoire. Madame du Barry, Mademoiselle Laguerre, les duchesses de Bourbon et de Mazarin, Madame de Brunoy, les comtesses d'Artois et de Provence, possèdent elles aussi des meubles de ce prestigieux ébéniste. A sa mort, Carlin laisse un atelier prospère et sans dettes. Roger Vandercruse devient le tuteur de ses trois enfants et sa veuve épouse l'année suivante l'ébéniste Caspar Schneider. On connaît deux autres tables similaires à notre exemplaire. L'une provenant de la collection Guérault (1) présente la même construction mais sans entretoise et avec un décor de marqueterie Boulle et des chutes à masques de bacchantes ; La seconde du même modèle que la première, provenant de l'ancienne collection André Meyer (2), est ornée de panneaux en laque du Japon. Le Musée du Louvre possède vingt meubles de cet illustre ébéniste dont une grande partie de la production fut réalisée sous l'influence du célèbre marchand-mercier Dominique Daguerre. On retrouve dans l'inventaire de ce dernier (3) des panneaux de laque orientale et des panneaux de “pietre dure” “Item vingt six petits et moyens panneaux de pierre de rapport sujet de fruit et d'oiseaux, ouvrage de Florence, dix autres de même genre un peu plus grands prisés cent huit francs, cy”. La vie de Dominique Daguerre n'est pas documentée avant l'année 1772. Cette année là, “en considération des bons offices que leur a rendu led. S. Daguerre depuis un grand nombre d'années” (4), les Poiriers, célèbres marchands-merciers, s'associent avec Daguerre et son épouse pour une période de cinq ans. Simon-Philippe Poirier et sa femme (5), cousine de Daguerre, semblent avoir adopté une attitude parentale envers ce jeune homme devenu orphelin. En effet, les Poirier signent son contrat de mariage et lui versent 20 000 livres. Daguerre est vraisemblablement logé chez eux puisqu'il est recensé vivant rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache. De plus, il perçoit 10 000 livres à la mort de Mme Poirier et 20 000 livres à la mort de M. Poirier. Daguerre apprend donc le métier au contact du marchand- mercier le plus célèbre et novateur de son époque. A la fin du contrat en 1777, Poirier se retire et Daguerre lui succède à la tête de l'entreprise. Comme son maître, Daguerre achète des plaques de porcelaine à la Manufacture Royale de Sèvres et les fait monter sur des meubles par les meilleurs ébénistes. Il collabore avec Carlin, Weisweiller et le bronzier Gouthière. Il innove en développant une activité de décoration d'intérieur. Invité par le roi George IV dès 1787, Daguerre réside en Angleterre quelques années pendant que son nouvel associé, le marchand-mercier Martin-Eloi Lignereux, demeure à Paris. Le traité de navigation et commerce entre la France et l'Angleterre en 1786, favorise la reprise des échanges entre ces deux pays. Daguerre saisit cette opportunité et développe ses affaires. En tant que “fournisseur ordinaire du roi”, il livre de nombreux meubles au Garde-Meuble Royal dont une table à écrire exécutée par Weisweiller pour Marie-Antoinette à Saint-Cloud en 1784 (6), ainsi qu'une commode pour le cabinet de Louis XVI à Saint-Cloud en 1788 (7). Parallèlement il travaille pour une clientèle internationale : le duc de Sachen-Teschen gouverneur des Pays-Bas, le grand duc Petrovitch, l'Impératrice Maria Feodorovna pour le Palais de Pavlosk, le duc de Northumberland, Lors Spencer à Althorp, le duc de Bedford à Woburn et le Prince de Galles à Carlton House et au Brighton Pavilion. Daguerre devient également représentant des industriels anglais en France, en particulier pour la manufacture de Wedgwood dont il est le seul distributeur à Paris. Il meurt en 1796, Ligneureux poursuit une activité internationale depuis Paris jusqu'en 1809, date à laquelle il cède l'entreprise à Duterme. Jacques Doucet (1853-1929) Héritier du magasin de chemiserie et lingerie de ses parents rue de la Paix, il transforme l'entreprise familiale en maison de haute couture. Le succès fulgurant de ses créations auprès des actrices et femmes du monde, françaises et américaines, lui assure une fortune considérable. Celle-ci lui permet de satisfaire ses passions de collectionneur et de bibliophile. Il fait l'acquisition dans un premier temps de mobilier, d'œuvres d'art et de livres du XVIIIe siècle de très grande qualité. La vente de cette collection en 1912 est le grand évènement artistique de l'année. Elle se déroule sur quatre jours et comprend 357 lots de tableaux, sculptures, porcelaines, sièges, meubles, orfèvrerie, bronzes, tapis et tapisseries. Jugée comme “la vente du siècle”, elle rapporte près de 14 millions de francs or, davantage que les ventes records des collections Lelong et Spitzer. Les chefs-d'œuvre présentés sont disputés par les plus grands marchands et collectionneurs de l'époque dont le Baron Henri de Rothschild, M. Weil-Picard, M. Founes, M. Hoentschel, M. Seymour de Ricci, M. Seligman pour le compte de M. Pierpont Morgan, Mme Paulme, le Comte de Gramont, M. Meyer et M. Hodgkins qui acquiert la table que nous présentons (8). A la suite de cette vente ce collectionneur impénitent abandonne le XVIIIe siècle pour se tourner vers des œuvres contemporaines. Il achète des toiles cubistes, dont l'un des chefs-d'œuvre de Pablo Picasso Les Demoiselles d'Avignon, des tableaux surréalistes, du mobilier Art Déco, de l'art africain et d'Extrême-Orient. Doucet fréquente les artistes de son époque : Tzara, Aragon, Eluard, Picabia, Man Ray, Derain, Matisse, dont il achète les œuvres et avec lesquels il entretient une correspondance. Parallèlement à sa passion de collectionneur, il est également le mécène d'écrivains (Suarès, Breton, Aragon), de revues (Nord-Sud, Littérature), d'éditions bibliophiliques et d'outils bibliographiques. Il crée deux bibliothèques : l'une d'art et d'archéologie, l'autre de littérature française dont il fait relier les ouvrages par des artistes contemporains et qu'il offre ensuite à l'Université de Paris. (1) Collection Francis Guérault, 1re vente, Paris Galerie F. Guérault 3 rue Roquépine, 21-22 mars 1935 n° 96, repr. planche LII. (2) “The Collection of the late André Meyer” New york, 26 octobre 2001, n° 50. (3) “Weisweiller” par Patricia Lemonnier, 1983 p. 164 (4) “The James A. de Rothschild collection at Waddesdon Manor. Furniture, clocks and gilt bronzes II” par G. De Bellaigue. Ed. Office du Livre 1974, p. 858. (5) Marguerite-Madeleine Heucquere est la fille du marchand-mercier Heucquere (Hequerre, Hecker, Hécéguerre) (6) “Le Mobilier Royal Français. Vol. I” par Pierre Verlet, Picard 1990, n° 13 p. 30 pl. XVI. (7) “Le Mobilier Royal Français. Vol. I” par Pierre Verlet, Picard 1990, n° 18 p. 46 pl. XXIII. (8) Gazette de l'Hôtel Drouot, supplément du mois de juin 1912. Cf : “Jacques Doucet ou l'art du mécénat” par François Chapon, Ed. Perrin 1996. 800 000 / 1 000 000 €
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Mobilier classique
À propos de la vente