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Lot 134
Rare vase en porcelaine de Chine « Aux Dauphins » - Pierre GOUTHIÈRE Paris, vers 1770, pour la monture, la porcelaine Qianlong (1736-1795). Vase de forme balustre en porcelaine décorée en bleu et rouge de cuivre sous la couverte sur fond bleu lavande sur une face d'un oiseau posé sur un rocher percé et fleuri de bambous et chrysanthèmes s'apprêtant à attraper un insecte, sur l'autre face un papillon survolant une pivoine près de bambou et champignon de longévité Lingzhi. Importante monture en bronze ciselé et doré à col chantourné et mouvementé maintenant les anses, en forme de dauphins reposant sur des coquillages, la base figurant des roseaux noués par un ruban est soutenue sur quatre tortues. Monture attribuée à Pierre Gouthière (Maître Fondeur-Ciseleur en 1758) Au titre de « Doreur seul ordinaire des Menus Plaisirs ». Epoque Louis XVI. (Socle manquant). Hauteur du vase 23 cm. Hauteur avec la monture : 30,2 cm. Provenance : - Collection Etienne-Anne ESCUDIER (1798 - 1864) - Vente Succession de Mme Veuve ESCUDIER, 26, 27, 28, 29 avril 1883, Me P. CHEVALLIER, Expert Charles MANHEIM. Décrit au n°99 du catalogue « Petit vase de forme balustre en céladon fleuri décoré de fleurs et d’oiseaux sur fond bleu empois et garni d’une monture en bronze ciselé et doré à anses dauphin » - Collection Octave Charles Waldemar FREMIN du SARTEL (1823 - 1894) - Puis par descendance : - Collection de Marie FREMIN du SARTEL (1849 - 1919) - Collection de Rosemonde LEROY de La BRIERE (1889 - 1981) - Collection de Ferdinande BEGOUGNE de JUNIAC (1913 - 2000) - et par descendance directe à ce jour. Note : L’attribution de la monture à Gouthière peut se faire sans aucun doute par comparaison avec une paire de vases des collections Al-Thani, provenant probablement des collections du peintre François BOUCHER, vente Christie’s 6 décembre 2012, et dont le piètement aux tortues est semblable, citons également une paire de vases similaires vendus par Sotheby’s à Londres le 4 juillet 2012. Les dauphins de notre vase sont à rapprocher des dauphins en bronzes ornant les portes vitrées du cabinet de la Méridienne, à Versailles conçu par Richard Mique pour Marie-Antoinette. Gouthière a repris en bronze les motifs des boiseries imaginés par les frères Rousseau, avec notamment les dauphins (qui sont très proches des dauphins de notre vase) posées sur des branches de lys (la pièce étant dédiée à la naissance de l’héritier du royaume). Admis à la Corporation des Doreurs en 1758, nommé « doreur seul ordinaire des Menus Plaisirs », et « ciseleur et doreur du roi » il fut le plus grand ciseleur-doreur parisien de l'époque Louis XVI et aussi l'inventeur de la « dorure au mat ». Son travail est souvent associé à des manteaux de cheminée (voir deux cheminées exécutées pour Madame du Barry à Fontainebleau 1771-2, aujourd'hui à la bibliothèque de Louis XVI à Versailles). La lenteur à payer ses clients (dont le duc d'Aumont, directeur des Menus-Plaisirs et sa fille, la duchesse de Mazarin, le comte d'Artois à Bagatelle, le marchand-mercier Daguerre,) fut l'une des principales causes qui le conduisirent à la faillite en 1787 et on sait peu de choses sur son activité ultérieure. De tels objets montés en bronze doré étaient très à la mode et recherchés au XVIIIe siècle, les vases et les objets étaient importés d'Extrême-Orient par les marchands-merciers parisiens tels que Lazare-Duvaux, Daguerre, Guesaint, Poirier…, puis montés par les principaux bronziers, comme Pierre Gouthière et fourni à la Cour de France et aux membres de l'aristocratie. Une paire similaire de vases en porcelaine céladon est décrite dans le catalogue de la vente de François Boucher en 1771 : « Deux vases de la Chine à bouquets bleu et blanc, montés chacun sur un pied composé de branchages de laurier entrelacés sur quatre tortues : un triton à chaque côté du haut, portant le revers de la gorge et soutenant une guirlande de laurier, le tout bronze doré'. Collection ESCUDIER : Etienne-Anne ESCUDIER (1798 - 1864) a pris la succession de son père Jean et a été un antiquaire de grand renom au début du XIXe siècle, installé 19-21 quai Voltaire à Paris. Plusieurs documents relatent les ventes effectuées par Etienne-Anne Escudier relatives à des meubles royaux après la chute de la monarchie et que la famille royale (notamment le duc d’Aumale pour Chantilly) a parfois rachetés chez cet antiquaire dont l’appartement privé était, semble-t-il, rempli de merveilles de l’ancien régime. C’est ce qu’indique Henri Dabot dans son livre « Registres, lettres et mots d’une famille péronnaise » qui reprend les souvenirs de son grand-père François Dabot : « Mon grand-père était très lié avec une famille Escudier, de Péronne, et par suite, avec un M. Escudier, de Paris, qui était le premier marchand de curiosités de la capitale et de la France; les plus splendides épaves de l’ancienne société française avaient passé par ses magasins. C’était un fin connaisseur et c’était chez lui que ma grand-mère avait acheté deux meubles de grand style. Ce M. Escudier eût pour successeur son fils qui était aussi fin connaisseur que son père. Quand, en 1816, à mon arrivée à Paris, j’allai faire connaissance avec lui et dîner chez lui en compagnie de ma marraine, Mme Duriez née Escudier, je fus littéralement ébloui par l’amoncellement de richesses qui remplissaient les salons du quai Voltaire. Elles étaient disposées dans de grandes vitrines de cristal, comme sont aujourd’hui placées et arrangées les merveilles de la galerie d’Apollon, au Louvre. Les salons de M. Escudier étaient continuellement visités par la famille royale et les premières familles de Paris. Le souvenir de M. Escudier est encore vivant au quai Voltaire. M. Escudier se retira à Boulogne sur Seine, dans une magnifique maison toute décorée de bibelots de choix. Il y mourut avec la réputation d’un homme excessivement bienfaisant ; il avait, en effet, donné d’un coup cent mille francs à la ville de Boulogne sur Seine pour y construire une école. » La rue ESCUDIER de Boulogne porte son nom en raison du ce don très important, qu’il a accordé à la municipalité en remerciement « des bienfaits de la divine providence » dont il avait été comblé. L’hôtel particulier, dit Hôtel Escudier, a été vendu par son fils Philippe, qui l’utilisait comme résidence secondaire, et qui est aujourd’hui l’école Notre-Dame de Boulogne. L'almanach de 1811 permet de le localiser quai Voltaire. Il est l'un des fournisseurs de Craufurd ; à sa mort, ce dernier doit 70 francs à "Escudier, marchand de curiosités". Si sa carrière reste très méconnue, mentionnons néanmoins l'acquisition, en 1816, par le célèbre collectionneur britannique George Byng, d'une garniture de vases de Sèvres montés de bronzes dorés achetés chez "Madame Escudier, quai Voltaire" (vente Christie's Londres, "Two Late Regency Collectors. Philip John Miles & George Byng", 9 juin 2005, lot 1). En 1832, l'Almanach Royal et National pour l'An 1832 publié chez A. Guyot et Scribe, mentionne quai Voltaire "Escudier fils". Une quinzaine d'années plus tard, Eugène Lami, alors chargé de décorer les appartements privés du duc d'Aumale, achète pour son mécène une assiette en porcelaine chinoise du XVIIIème siècle chez "Escudier, marchand de curiosités, quai Voltaire". Plusieurs ventes d'objets d'art, de curiosité et d'ameublement ont lieu à la suite de sa cessation de commerce en 1846. La première vente se déroule du 2 au 5 mars. Une autre vente a lieu du 21 au 23 décembre de la même année, dans les magasins d'Escudier situés au 19 quai Voltaire. Etienne-Anne Escudier a développé une grande fortune déjà commencée par son père, Jean, et son grand-père, Antoine, originaire de Dienne dans le Cantal d’où sont partis de nombreux marchands de curiosités ou bronziers d’art, devenus par la suite antiquaires à Paris. Collection Octave du SARTEL. Octave Charles Waldemar Fremin du Sartel (1823-1894) officier de marine, membre de la commission de perfectionnement de la Manufacture de Sèvres, auteur de publications sur l'histoire de la porcelaine et des arts céramiques. Notamment : 'La porcelaine de Chine. Origines, fabrication, décors, marques, imitations, contrefaçons', Paris, 1881. Aux côtés de grands collectionneurs comme Albert JACQUEMART (1808-1875) et Ernest GRANDIDIER (1833-1912), Octave du SARTEL (1823-1894) a permis le développement d’une approche scientifique des objets comme de la culture chinoise. Ainsi, dans ses nombreuses publications, il a décrypté les décors et les inscriptions, et tenté d’établir un historique des porcelaines chinoises. Les collections de Du Sartel et Grandidier sont tous deux devenus à leur manière ce que l'on pourrait appeler des « collections références » réunies avec méthodologie puis publié par leurs propriétaires. La collection Du Sartel est dispersée au cours deux ventes publiques, en 1882 puis en 1894, Mais la mention de cette origine perdure jusque dans les années 1900 comme un gage de valeur. Experts : M. Xavier de Clerval pour la monture, Mme Alice Jossaume pour la porcelaine, visible sur rendez-vous au cabinet Portier à Paris avant la vente.
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Objets d'art et de décoration anciens
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