Photo 1/1 du lot

Retrouvez des lots similaires en vente sur Interencheres

Lot 24
René MAGRITTE 1898-1967 LA MAGIE NOIRE, 1948 Gouache sur papier signé en bas à gauche 46,5 x 37,5 cm (18,14 x 14,63 in.) Provenance : Ancienne collection Jacob-Baal Teshuva, New York Collection particulière, France Exposition : Paris, Galerie du Faubourg, “Magritte peintures et gouaches”, 11 mai - 5 juin 1948, n° 22 Marseille, Musée Cantini, “René Magritte, la période vache”, 28 février - 3 mai 1992, reproduit en couleurs page 111 Bibliographie : David Sylvester, “René Magritte, catalogue raisonné gouaches, temperas, aquarelles et papiers collés 1918-1967”, Tome IV, Menil Foundation, Fonds Mercator, Anvers, 1994, n° 1262, reproduit page 103 René Magritte exécuta une dizaine d'œuvres sur le thème de La magie noire - huiles et gouaches - entre 1934 et 1949, dont celle vendue aujourd'hui, peinte en 1948. Le thème de la Magie noire, qui mettait la femme en exergue, permit à l'artiste d'aborder le nu féminin dans une écriture nouvelle. En effet, l'apparition dans son œuvre d'une femme nue, dans une pose naturelle, lui fut inspirée par le sculpteur français, Aristide Maillol. Ensemble, ils avaient participé à Bruxelles, en février-mars 1934, à l'exposition Le nu dans l'art vivant. Maillol montrait un bronze, Nu (n° 50), aux rondeurs sensuelles et Magritte trois tableaux dont l'Evidence éternelle, (n° 47) où le corps de la femme était présenté en morceaux choisis (fig. 1). En rupture avec l'Evidence éternelle peinte en 1930, Magritte, qui retient la leçon de Maillol, peint quatre ans plus tard une femme au corps désirable, qui sera le modèle de La magie noire. Le premier tableau de La magie noire, huile sur toile, (n° 355 du Catalogue raisonné) fut donc peint dans le courant du printemps 1934. Il présente un dégradé de bleus dans la moitié supérieure, et dans la moitié inférieure, il est peint dans le ton de la chair. Magritte prête La magie noire et son célèbre tableau le Viol (fig. 2) pour une exposition surréaliste* réalisée à l'occasion du premier anniversaire de la revue parisienne Minotaure, en juin de la même année. Le 22 juin, il écrit à André Breton :“[…] ceux qui achètent mes tableaux sont davantage attirés par des tableaux comme la “Magie Noire” par exemple, qui les séduit immédiatement par leurs jolies couleurs ou que sais-je ? […]” Les “jolies couleurs” se rapportent au bleu qui recouvre la moitié du tableau et au ton de chair qui recouvre l'autre. Un bouleversement des valeurs picturales avec une métamorphose du corps faisait forcément jaser. Le titre provocateur ne faisait qu'amplifier les réactions du public. Le “que sais-je” renvoie avec humour à quelque notion de voyeurisme qui n'a pas de raison d'être ici. Dans toutes les œuvres de La magie noire, la pose du modèle change peu : modèle nu et frontal, la tête de face ou de profil, la main droite posée sur un rocher, la cuisse droite légèrement en avant. La présence d'une colombe sur l'épaule, ou bien une rose dans la main gauche, ou encore les éléments du décor font la différence. La magie noire de 1945 par exemple, (n° 587 du Catalogue raisonné) (fig. 3) montre le modèle de face avec son profil angélique couronné d'une chevelure bouclée, yeux baissés. Un encadrement de pierres jointées et lisses contraste par sa rigueur géométrique avec l'ensemble habité de subtiles harmonies. Le corps est là aussi moitié ciel et moitié chair. Cette pose séduisante deviendra récurrente et sera celle également des Fleurs du mal, exécuté en 1946 et dont Magritte s'inspirera pour la gouache La magie noire de 1948. Dans une conférence, en 1957, l'artiste explique la genèse des Fleurs du Mal : “Les yeux ouverts ou fermés, il m'apparaît parfois des images imprévisibles, qui sont des modèles de tableaux que j'aime peindre : C'est en représentant l'image qui m'est apparue un jour, que j'ai peint le tableau “Les Fleurs du Mal”. C'était l'image imprévisible d'une statue de chair, une femme entièrement de chair, tenant à la main une rose de chair, devant la mer que je voyais entre deux rideaux rouges. Le titre : “les Fleurs du mal” accompagne le tableau comme un nom correspond à un objet sans l'illustrer, ni l'expliquer […]” La gouache La magie noire, peinte dans une harmonie exclusive de bleus, reprend la pose et le décor des Fleurs du Mal. Elle fut exécutée en mai-juin 1948 pour la première exposition personnelle de Magritte à Paris, galerie du Faubourg, où elle figurera sous le numéro 22 (fig. 4). Quelque temps auparavant, Magritte avait écrit : “[…] on fera donc une exposition en mai - sans illusions - mais comme j'envisage cette entreprise également comme une manifestation du “plaisir”, les résultats commerciaux, pour souhaitables qu'ils soient, ne sont pas pour l'instant prévus comme formidables”. En l'espace de cinq semaines, il exécute pour cette seule exposition un ensemble de toiles, comme Le Galet (fig. 5), et de gouaches au style outrancier, qualifié de “vache” ou de “fauve”. “Frapper un grand coup”, “ne pas enchanter les parisiens mais les scandaliser”, telle était la démarche de Magritte. Louis Scutenaire, dans la préface du catalogue intitulé “Les pieds dans le plat”, appuie cette démarche avec des propos lestes et drôles. Nous citons un extrait : “[…] Et un soir Mag a trouvé le truc qui fait pièce. Vous aurez beau chipoter vos orchidées, chauler le cabanon, brasser l'eau à bran, vous irriter l'ulcère, faire les rossignols amoureux, vous foutre le trait dans l'abs et l'atif sur la figure, passer vos camisoles de forces à la benzine, fourbir les rêves au tripojus, vous en avez plein le caleçon et plus rien à faire pour nous en mettre. Hop ! On veut pas vous faire du mal, notez dépayser, vous effrayer, c'est pour ça qu'on vous cause nègre américain comme vous êtes habitués […]” Certains historiens ont écrit que Magritte prit le risque qu'on ne le reconnaisse plus. La magie noire de 1948, seule de la série à être une œuvre “vache”, trouve ses fondements dans les Fleurs du mal. Elle garde donc la facture classique de l'écriture magritienne, mais puisque selon Paul Nougé, “c'est un acte de magie noire de transformer la chair de la femme en ciel”, peut-on dire qu'elle était “vache” avant l'heure ? *12 mai - 3 juin 1934, Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, Minotaure. Fig. 1 : L'Evidence éternelle, 1930, huile sur toile (5 toiles encadrées et montées sur verre), Houston, The Menil Collection. Fig. 2 : Le Viol, 1934, huile sur toile, 73 x 54 cm, Houston, The Menil Collection. Fig. 3 : La magie noire, 1945, huile sur toile, 80 x 60cm, Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts. Fig. 4 : Fac simile de la liste manuscrite par Magritte pour l'exposition à la galerie du Faubourg à Paris. Fig. 5 : Le Galet, 1948, huile sur toile, 100 x 81 cm, Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts. Bibliographie : Harry Torczyner, René Magritte, Signes et Images, Draeger, Le Soleil Noir, Paris, 1977 ; David Sylvester, René Magritte, Catalogue raisonné, Flammarion/Fonds Mercartor, 1993 28 février - 3 mai 1992, Marseille, Musée Cantini, René Magritte, la période “vache”; 6 mars - 28 juin 1998, Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts, Magritte, Catalogue du Centenaire. RENE MAGRITTE LA MAGIE NOIRE, 1948 René Magritte executed some ten works on the theme of La magie noire (black magic) - oils and gouaches - between1934 and 1949, including the work presented today and painted in 1948. The theme of black magic, highlighting the woman, enabled the artist to approach the female nude with a new approach. The arrival of the female nude in a natural pose in his oeuvre was inspired by the French sculptor Aristide Maillol. Together they participated in the exhibit Le nu dans l'art vivant in Brussels in February and March of 1934. Maillol showed a bronze entitled Nu (n° 50) with sensual rounded forms, and Magritte three paintings including Evidence éternelle, (n° 47) where the woman's body was presented in pieces (fig. 1). In a break from Evidence éternelle, painted in 1930, Magritte, who remembered Maillol's lesson well, painted a woman with a desirable body four years later who was to become the model La magie noire. The first painting of La magie noire, oil on canvas, (n° 355 of the Catalogue raisonné) was painted during the spring of 1934. The painting has a gradation of blues in the upper half, and in the lower half it is covered with the color of skin. Magritte loaned La magie noire as well has his famous painting Viol (fig . 2) to a Surrealist* exhibit to celebrate the first anniversary of the Parisian magazine Minotaure in June of that same year. On June 22nd, he wrote to André Breton : “[…] those who buy my paintings are attracted more by paintings such as “Magie Noire”, for example, which appeals to them instantly because of their pretty colors or whatever, what do I know? […]” The “pretty colors” refer to the blue covering half of the painting and the skin color that covers the other half. A revolution of pictorial values with a metamorphosis of the body naturally set people talking. The provocative title could only amplify the public's reactions. The “what do I know” refers humorously to some idea of voyeurism which has no real justification here. In all the works entitled La magie noire, the model's pose changes little. The model is a frontal nude, the head facing forward or in profile, the right hand resting on a rock, the right thigh slightly advanced. The presence of a dove on the shoulder, or a rose in the left hand, or other elements of the décor, differentiate them. La magie noire from 1945, for example (n° 587 in the Catalogue raisonné) (fig . 3), shows the model facing forward with an angelic profile crowned with curly hair, her eyes lowered. The geometrical rigor of the frame of smooth, jointed stones contrasts with an ensemble of inhabited by subtle harmonies. The body also is half sky, half flesh. This seductive pose was to recur frequently, and was also present in Fleurs du mal, executed in 1946. It served as inspiration for Magritte in painting the 1948 gouache La magie noire. In a conference held in 1957, the artist explained the genesis of Fleurs du Mal: “Eyes opened or closed, sometimes unpredictable images come to me which serve as models for the paintings I like to paint. It's by representing the image that appeared to me one day that I painted the canvas “Les Fleurs du Mal”. It was an unexpected image of a flesh statue, a women entirely made up of flesh, holding in her hand a rose of flesh, standing in front of the sea that I could perceive between two red curtains. The title “Les Fleurs du Mal” accompanied the paintings as a name corresponds to an object without illustrating or explaining it.[…]” The gouache La magie noire, painted exclusively in blue harmonies, returns to the pose and décor of Fleurs du Mal. It was executed in May-June 1948 for the first one-man show of Magritte in Paris at the Galerie du Faubourg, number 22 (fig . 4). Some time previously Magritte had written “[…] we plan to an exhibit in May - without any illusions - but as I plan on this project also as a manifestation of ‘pleasure', commercial success, however desirable, is not currently expected to be fantastic”. In the space of five weeks, he executed a number of canvases for this exhibit, including Le Galet (fig . 5), as well as gouaches in an extreme style he qualified as “wicked” or “wild”. “Strike a major blow”, “not to enchant the Parisians but to scandalize them” - this was Magritte's ambition. Louis Scutenaire, in his preface to the catalogue entitled “Les pieds dans le plat” (putting your foot in it), supported the concept in his witty, amusing style. A citation follows: “[…] Et un soir Mag a trouvé le truc qui fait pièce. Vous aurez beau chipoter vos orchidées, chauler le cabanon, brasser l'eau à bran, vous irriter l'ulcère, faire les rossignols amoureux, vous foutre le trait dans l'abs et l'atif sur la figure, passer vos camisoles de forces à la benzine, fourbir les rêves au tripojus, vous en avez plein le caleçon et plus rien à faire pour nous en mettre. Hop ! On veut pas vous faire du mal, notez dépayser, vous effrayer, c'est pour ça qu'on vous cause nègre américain comme vous êtes habitués […]”*** Some historians have written that Magritte took the risk that no one would recognize him. La magie noire from 1948, the only one of the series to be a “nasty” piece, is fundamentally based on Fleurs du mal. It thus keeps the classical style of Magritte's technique, but since, as Paul Nougé puts it, “it's an act of black magic to transform a women's flesh into sky”, can we say it was “wicked” in advance? *12 May - 3 June 1934, Brussels, Palais des Beaux-Arts, Minotaure. ** p. 134-135 of the catalogue. ***Untranslatable French slang of the period. Fig. 1 : L'Evidence éternelle, 1930, oil on canvas (5 canvases framed and mounted under glass), Houston, The Menil Collection. Fig. 2 : Le Viol, 1934, oil on canvas, 73 x 54 cm, Houston, The Menil Collection. Fig. 3 : La magie noire, 1945, oil on canvas, 80 x 60 cm, Brussels, Musées Royaux des Beaux-Arts. Fig. 4 : facsimile of the manuscript list by Magritte for the exhibit at the Galerie du Faubourg in Paris. Fig. 5 : Le Galet, 1948, Oil on canvas, 100 x 81 cm, Brussels, Musée Royaux des Beaux-Arts. Litterature : Harry Torczyner, René Magritte, Signes et Images, Draeger, Le Soleil Noir, Paris, 1977; David Sylvester, René Magritte, Catalogue raisonné, Flammarion/Fonds Mercartor, 1993 28 February - 3 May 1992, Marseilles, Musée Cantini, René Magritte, la période “vache” ; 6 March - 28 June 1998, Brussels, Musées royaux des Beaux-Arts Magritte, Catalogue du Centenaire.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Dessins, aquarelles et pastels
À propos de la vente
Catalogue
Art Moderne I
75008 Paris - France
02/04/2007
Proposé par Oger-Semont

Retrouvez des lots similaires en vente sur Interencheres

Voir plus de lots en vente sur Interencheres
Estimation :100 000 € 140 000 €
Live
05/06/2026
Proposé par DAME MARTEAU
Estimation :8 000 € - 12 000 €
Live
07/06/2026
Proposé par ROUILLAC
Estimation :400 € - 600 €
Live
08/06/2026
Proposé par MILLON
Estimation :30 000 CHF 50 000 CHF
Live
10/06/2026
Proposé par Piguet Hôtel des Ventes
Estimation :300 € - 400 €
Live
09/06/2026
Proposé par ALDE
Estimation :40 € - 120 €
Live
13/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :100 € - 150 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :300 € - 400 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :100 € - 150 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :50 € - 80 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :2 000 € - 4 000 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :200 € - 300 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :3 000 € - 3 500 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :4 500 € - 6 000 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :150 € - 200 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :300 € - 400 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :60 € - 80 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :300 € - 400 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :1 800 € - 2 500 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :2 000 € - 3 000 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :50 € - 80 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :30 € - 50 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :4 500 € - 5 500 €
Live
14/06/2026
Proposé par Militaria auctions
Estimation :20 € - 30 €
Live
12/06/2026
Proposé par Maître Nicolas CONSTANTY
Estimation :8 000 € - 10 000 €
Live
15/06/2026
Proposé par KÂ- MONDO / KAPANDJI MORHANGE
Estimation :1 000 € - 1 500 €
Live
15/06/2026
Proposé par KÂ- MONDO / KAPANDJI MORHANGE
Estimation :40 000 € 60 000 €
Live
16/06/2026
Proposé par MAY ASSOCIES
Estimation :20 000 € 30 000 €
Live
17/06/2026
Proposé par AGUTTES
Estimation :50 000 € 70 000 €
Live
16/06/2026
Proposé par TAJAN
Estimation :200 € - 300 €
Live
19/06/2026
Proposé par ENCHERES OCCITANES