Lot 48
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Les jeux du collage et de l'amour
Au Château de Mai qui abritait ses amours, l'artiste ne se contenta pas de peindre, il se livra passionnément au collage d'objets sur toile. Si ce n'était le choix exclusif d'éléments plats (pièces de monnaie, médailles, mètre de couturière, passementeries, épingles à cheveux, peignes, anneaux de rideau, plumes, pailles de bar, cure-dents, pâtes alimentaires, couvercles de pots de peinture, pinceaux, semelles de chaussures et espadrilles, emplâtres pour cors aux pieds, fusibles, ficelles), on serait tenté d'évoquer une exploration délurée sans aucun complexes, ni critères. A ce propos, le dialogue entre George Charbonnier et Picabia est assez éclairant. Tandis que le premier engageait prudemment la conversation sur un terrain un peu marécageux :
"On admet que pour faire un tableau, il faut une toile, de la couleur, des brosses. Vous avez cependant fait des tableaux en y intégrant les objets les plus divers : peignes, chalumeaux, etc.",
Picabia enfonçait les portes ouvertes et parlait, sans hésitation, de peinture :
"Ecoutez : une fois, en rentrant chez moi - j'habitais la campagne -, je trouvais une invitation à exposer. Je n'avais pas de couleurs. J'ai envoyé mon chauffeur au bourg voisin m'acheter du Ripolin, des chalumeaux de bar, des cure-dents, et avec tout cela, j'ai fait des natures mortes : des fleurs que j'avais vues. Bonne occasion pour échapper aux moyens traditionnels de la peinture !"4
L'artiste décrivait sa pratique du collage comme le résultat d'une sorte d'acte par défaut, commis dans l'urgence et la précipitation. Sans couleur pour peindre, il se contenta de substituts comme la peinture industrielle des frères Ripolin, tandis que l'assemblage d'objets plats sur la toile lui permit de faire l'économie de traits de pinceaux. Marcel Duchamp expliqua ce choix par le "souci d'invention" et l' "aspect de peinture fraîche qui garde l'intensité du premier moment"5. Destinée à la décoration intérieure, cette peinture séchait surtout beaucoup plus vite que l'huile et permettait, vraisemblablement en un seul jour, d'exécuter le fond coloré de plusieurs tableaux et de coller promptement les objets qui déterminaient des formes.
Au même moment, d'autres collagistes s'essayaient à des montages beaucoup moins audacieux : Cocteau évoquait le principe de "poésie plastique", Picasso décomposait et recomposait la forme d'une Guitare post-cubiste en mélangeant clous, carton, corde et serpillière. La démarche de Picabia n'était ni sculpturale, ni poétique. C'était celle d'un peintre qui faisait voler en éclats les thèmes traditionnels de la peinture.
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