Lot 34
TABLE TRIPODE À TROIS ÉTAGES Par Christophe WOLFF (1720-6 août 1795) Reçu Maître le 10 décembre 1755 Paris, Époque Transition Louis XV - Louis XVI MATÉRIAUX Laque de Chine, laque européen, placage de satiné et d'ébène Estampillée WOLFF Poinçon de jurande JME Marque au fer à chaud de l'inventaire royal Marque à l'encre du n°103 de l'inventaire du château de Bellevue pour l'année 1786 H. 83 cm, Diam. 31 cm Certifi cat détaillé de M. Michel Germond, daté de 1999 Rapport d'examen du Laboratoire Gilles Perrault pour les marques et les inscriptions . Ce ravissant petit meuble de commande d'une très grande qualité d'exécution présente trois tablettes superposées de forme circulaire en laque de la Chine ornées de motifs d'Extrême Orient, montrant des pagodes dans des paysages lacustres, ceint d'une double frise de fl eurs et branchages sur fond or. Chaque tablette est cernée d'un jonc en bronze doré entourant une frise en marqueterie géométrique de bois satiné et d'ébène. Chacune d'entre elle est surmontée d'une galerie repercée en bronze doré. Ces trois plateaux circulaires reproduisent à l'identique des assiettes creuses que les artisans de la Chine fabriquaient pour le marché européen à cette époque du XVIII° siècle. La tablette supérieure est reliée à la tablette centrale par trois montants à cannelures simulées incrustées de bois d'ébène sur un fond de bois satiné pour la partie haute et, pour la partie basse, ces montants se cambrent pour former les pieds de cette table tripode en présentant un décor de laque européen sur un fond de bois satiné orné de fleurettes et ponctué d'un anneau au niveau de la tablette inférieure. Un détail vient témoigner de la grande qualité de ce meuble et de la virtuosité du menuisier : la tablette intermédiaire n'est pas équidistante des deux autres mais plus proche de celle du niveau inférieur permettant ainsi une très bonne stabilité de cette petite table légère. Ce guéridon tripode a, comme en témoigne l'inscription « n°103 » et la marque de l'inventaire royal, selon toute vraisemblance garni la Garde Robe de l'Appartement 14 du Château de Bellevue. Ceci semble se confi rmer au regard de l'inventaire dressé en 1786 de cette demeure royale. On peut y lire, sous le numéro 103, le terme de « gradin » pour évoquer notre meuble, terme qui n'est plus usité de nos jours mais que l'on retrouve dans d'autres inventaires notamment celui du Château de Choisy sous le N° 1247 qui évoque : « Deux petits gradins à trois tablettes chacune de bois de la Chine verni rouge et noir de 25 pouces de haut et pouces par le milieu pour servir dans une des garde-robes des appartements du premier étage de Choisy. » Un tel descriptif s'applique à un meuble similaire au notre, le terme « par le milieu » indiquant une tablette ronde ; sinon, on aurait indiqué une largeur et une profondeur. Notons que ce meuble décrit pour le Château de Choisy se trouvait dans une Garde-Robe, à l'instar de celui que nous présentons et que l'inventaire du Château de Bellevue situe dans une pièce à la fonction similaire. Le fait que le nom de WOLFF n'apparaît pas dans l'inventaire peut s'expliquer notamment par le fait que plusieurs meubles reproduits à l'identique et garnissant des pièces de même destination (ici une Garde-Robe), ont souvent un même numéro. Ceci peut alors laisser supposer qu'ils furent commandés en même temps et reçus le même numéro d'inventaire, bien qu'ils proviennent d'ébénistes différents. Ils étaient alors inventoriés uniquement sous leur numéro. Notons enfin que la table de nuit de Madame de Pompadour, attribuée à BVRB et aujourd'hui conservée au Metropolitan Museum of Art de New York, d'une remarquable qualité de réalisation ornait cette Garde-Robe du Château de Bellevue, preuve supplémentaire de la très belle facture de notre meuble qui se devait de ne pas dénoter par rapport aux autres éléments mobiliers l'entourant. Christophe WOLFF, d'origine allemande, s'installe vers 1770 rue Neuve Saint Denis. Réputé pour sa grande qualité d'exécution, il confère à toute son OEuvre un grand raffi nement emprunt de féminité comme le montre cette petite table à trois tablettes, meuble de dame par excellence. Il a su maîtriser toutes les techniques de l'ébénisterie comme de la marqueterie et l'utilisation du laque. Aujourd'hui, plusieurs de ses oeuvres sont conservées dans les plus grands musées réputés pour la qualité de leur mobilier du XVIIIe siècle tels le Louvre, le Musée des Arts Décoratifs ou encore le Musée Cognacq Jay. Le Château de Bellevue est décrit par certains auteurs comme « un condensé de l'art du milieu du XVIIIe siècle ». Son emplacement sur la commune de Meudon fut choisi par Madame de Pompadour en 1748 qui tomba immédiatement sous le charme du site. Jean Cailleteau dit Lassurance, associé à Gabriel en assurèrent la construction. Les plus grands artistes de l'époque furent appelés pour sa décoration. Citons par exemple Falconnet, Coustou et Pigalle pour la sculpture, Verbeckt pour les lambris, Van Loo, Boucher et Oudry pour la peinture. En 1757, Louis XV le rachète et l'offre à ses fi lles « Mesdames » qui l'habiteront jusqu'en 1791. À la Révolution, le Château est destiné « à servir aux jouissances du peuple ». Se dégradant petit à petit, il est définitivement rasé en 1997. Table de nuit de madame de Pompadour à Bellevue, estampillée BVRB, New York, Metropolitan Museum of Art. BIBLIOGRAPHIE Pierre KJELLBERG : Le Mobilier français du XVIIIe siècle. Ed. de l'Amateur. Paris, 2002. Comte François de SALVERTE : Les ébénistes du XVIIIe siècle. Ed. Vanoest. Paris, 1927. Pierre VERLET : Le mobilier royal, vol.III. Ed. Picard. Paris, 1994.
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