Lot 48
Très importante commande d'époque Louis XV, à avant corps orné d'un panier de fleurs, estampillée J.F. Œben, Ébéniste du Roi.
Elle ouvre à cinq tiroirs dont trois en ceinture. Ceux-ci sont marquetés ainsi que les retours d'une frise de grecques en amarante sur fond de loupe de frêne.
Les deux grands tiroirs sur ornés sur le ressaut d'un cartouche à bordures géométriques et mouvementées contenant un bouquet de fleurs placé dans une corbeille sur fond de sycomore, avec cartouches en loupe de frêne. Les parties latérales sont marquetées de cubes sans fond et les côtés de bâtons rompus. Les montants avant arrondis s'achèvent en léger ressaut. Importante garniture en bronze ciselé et doré : moulure, chutes à tête de bélier, anneaux de tirages, rosettes, cul de lampe et sabot.
Par Jean François Œben (1721-1763).
Haut. 84 cm, Larg. 129 cm, Prof. 54,5 cm.
Dessus de marbre brèche d'Alep rapporté postérieurement.
Provenance :
Paris, Collection Viel, vente, galerie Georges Petit, 24 mai 1932, n° 101,
Paris, Collection M.B., vente, palais Galliera, 13 décembre 1962, n° 217,
Paris, Collection Ben Simon, vente, hôtel Drouot, 18 et 19 juin 1981, n° 99.
Références bibliographiques :
J.H. Guiffrey, « Inventaire [après décès] de Jean-François Œben, 1763 » Nouvelles Archives de l'Art Français, 3ème série, t. XV, année 1889, pp. 298 à 367.
Connaissance des Arts, Janvier 1964, rep. p. 76.
Pierre Kjellberg, Le Mobilier français du XVIIIe siècle, Paris, 1989, rep. p. 618.
Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, 1989, rep. p. 253.
Rosemarie Stratmann-Dolher, Jean-François Œben 1721-1763, Paris, 2002, catalogue n° 7, p. 7.
Le 4 février 1763, Gilles Joubert, ébéniste du Roi, et Jacques Dubois inventorièrent dans la chambre de Jean-François Œben «?une commode de 5 pieds de long sur 32 pouces de haut, 22 pouces de profondeur, à deux grands tiroirs ornés d'un beau cartel par devant par les deux costés, les pieds et les chutes des pieds de devant ornés de bronzes à testes de belier, le tout de bois de rose, compartiments et filets d'amarante et cinq panneaux remplis de fleurs nuancées, dont le fond est de bois argenté, sans être doré et sans dessus marbre?», et l'estimèrent à 1 500 livres en faisant de très loin le meuble le plus cher de la succession du maître.
Cette commode fit partie de la vente de l'intégralité de l'atelier de Œben qui se déroula le 5 septembre et les jours suivants, recommença le 19 septembre, et dont les invendus furent à nouveau proposés aux enchères le 19 mars 1765 et les jours suivants. Ventes dans lesquelles la veuve Œben racheta un certain nombre d'effets pour reconstituer l'atelier dont elle avait désormais la tutelle.
Ce n'est pas sans raison que Jean-François Œben est passé à la postérité comme le plus grand marqueteur de fleurs du XVIIIe siècle, renouant en cela avec un art qu'avant lui, André-Charles Boulle avait porté au pinacle. Ses sources d'inspiration primordiales furent les cinq recueils de gravures de fleurs et de bouquets que publia Louis Tessier (c. 1719-1786), peintre à la Manufacture de Sèvres.
Les commodes à panneaux de fleurs de Jean-François Œben sont rares, et celles appartenant à la partie la plus néo-classique de son œuvre le sont encore plus. Outre celle étudiée, on ne peut en citer que trois, toutes avec de légères variantes, soit dans le décor de la frise, soit dans celui des côtés : Vente, Londres, Sotheby's, 4 juin 1971, estampillée Oeben et Riesener ; vente, Monaco, Sotheby's, 7 février 1982, non signée?; et vente, Sotheby's, Londres, coll. Giuseppe Rossi, 12 mars 1999, n° 1240.
Sa forme à avant-corps et petits pieds en ressaut est très caractéristique de la production d'Œben des années 1758-1763, y compris l'emploi des chutes à tête de bélier et cul-de-lampe dont fera aussi usage Riesener.
La corbeille de fleurs sur fond de sycomore qui orne sa partie centrale est une des plus réussies d'Œben par l'ampleur de la composition et la diversité des espèces représentées.
Elle se distingue, comme les trois autres commodes citées, par le choix fait par le maître de traiter différemment les parties latérales de la face et les côtés. Si les premières présentent une marqueterie de cubes sans fond, motifs presque spécifique de son style, en revanche les côtés sont traités ici en marqueterie de bâtons rompus, motifs dont il apparaît comme l'initiateur dans la marqueterie de bois précieux et qui seront repris par ses élèves, et tout particulièrement par Martin Carlin. Avec la commode de la collection Rossi, elle est la seule des quatre à posséder une frise de grecques en marqueterie dont la distinction et l'exécution sont parfaites.
Tous ces éléments en font la commode la plus pure dans le style néo-classique sortie de ses mains qui nous soit parvenue.
Jean François Œben (1721-1763), né à Heinsberg, dans la Gueldre espagnole près de la frontière allemande. Arrivé à Paris au court des années 1740, il épousa en 1749 la fille aînée de l'ébéniste François Vandercruze-Lacroix. Le 1er décembre 1751, il entra en apprentissage dans l'atelier de Charles-Joseph Boulle, dernier fils vivant d'André-Charles Boulle, aux Galeries du Louvre. Les règlements propres à cette institution lui permettaient de gagner la maîtrise sans respecter les règles corporatives.
Il sous-loua par la même occasion une partie des locaux, et en fait d'apprentissage commença la production de ses propres œuvres. En 1754, bénéficiant déjà d'une réputation flatteuse et de hautes protections, notamment celle de Madame de Pompadour, il obtint un logement à la Manufacture des Gobelins, avec le titre d'Ébéniste du Roi, puis quelques années plus tard un emplacement plus spacieux, pour lui et sa femme leurs vies durant, à l'Arsenal de Paris.
C'est de ces années aux Gobelins qu'il faut dater la commode livrée pour la Chambre de la Dauphine au château de Choisy, marquetée sur un bâti acquis à la vente après décès de l'atelier de la veuve de Jean-Pierre Latz qui se déroula fin février-début mars 1757. C'est de la même période, ou un peu avant qu'il convient de dater les meubles, une commode, un secrétaire et deux tables, livrés pour le duc des Deux-Ponts, grand ami de Madame de Pompadour, aujourd'hui conservés à la Résidence de Munich. Sa carrière se déroula ensuite brillamment, tant par les commandes du Garde Meuble que par celles des mécènes les plus à l'avant-garde du goût dont le duc de Choiseul, et on lui doit la mise au point des bureaux à cylindre à lamelles.
Bensimon Antiquaire. Cette maison fondée en 1905, au 5 de la rue Royale, ferma définitivement ses portes en 1981, après le décès Maurice Bensimon. Pendant toutes ces années, elle fut une des premières de Paris dans son domaine : l'art français du XVIIIe siècle. Parmi bien d‘autres choses, ses deux derniers dirigeants, les frères Gaston et Maurice Bensimon furent parmi les valeureux acheteurs des ventes des Soviets aux enchères du début des années 1930.
Ils en furent aussi les clients lors de transactions privées. C'est eux qui acquirent la commode en 1962, et qui substituèrent à un marbre blanc celui en brèche d'Alep, matériau qu'Œben affectionnait d'ailleurs particulièrement et en vogue lors de la création du meuble.
Important marquetry commode of the Louis XV period, with break-front decorated with a flower basket, stamped J.F. Œben, Ébéniste du Roi.
Crédits photos : Contacter la maison de vente
Mobilier classique
À propos de la vente
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