Lot 239
TRéS RARE BUREAU PLAT en placage d'ébéne et marqueterie Boulle en contre-partie d'écaille de tortue sur fond de laiton. Il ouvre à trois tiroirs en façade et en simule trois autres sur la face opposée. Les entrées de serrure sont ornées de bronze et de poignées de préhension mobiles. Les faces latérales sont ornées en leur centre de deux grands mascarons représentant des tétes d'hommes barbus couronnés d'une coquille. Il repose sur des pieds de section triangulaire, marquetés et ornés en partie haute de chutes à tétes de femmes, le buste flanqué d'enroulements et chaussés de sabots à motifs de feuillages. Le plateau est garni d'un maroquin brun à vignettes dorées et ceint d'une lingotiére. époque Régence Estampillé DUBOIS, Jacques Dubois (1694-1763), reçu maître le 5 septembre 1742 H 84, L 146, P 78 cm (usures) On sait que la faveur dont jouit le mobilier de Boulle ne connut pas d'éclipse. Tout au long du XVIII° siècle, amateurs et collectionneurs recherchérent ces piéces, et nombre d'ébénistes tentérent de l'imiter, y compris ses fils, avec des succés divers. On lui doit sans doute la conception (vers 1710) du bureau plat tel que nous le connaissons aujourd'hui. La suppression du piétement en entretoise (type Mazarin) et l'agrandissement du plateau furent compensés par la mise en place d'arcs-boutant, comme en architecture. Comme ornemaniste, il utilisa à fond la marqueterie de bois d'abord, comme Gole, et aussi celle plus précieuse d'écaille et de laiton, notamment en partie et contrepartie. Là encore, même s'il n'en est pas l'inventeur, son nom s'impose, peut-être au détriment d'autres artisans moins connus et d'un savoir-faire comparable. Parmi eux, il faut citer Noél Gérard (vers 1690-1736). Ebéniste et marchand d'abord à l'enseigne du Cabinet d'Allemagne, il ouvrit en 1725, au coeur de la capitale dans l'ancien hôtel particulier du banquier Jabach, le fameux Magasin général, fournissant à une clientéle aristocratique et internationale du mobilier à la mode, en marqueterie Boulle. Il appartenait à une dynastie familiale établie dans le faubourg Saint-Antoine. Sa mére était la soeur de Claude Montigny (lui-même pére de Louis et grand-pére de Philippe-Claude (maître en 1766), beau frére de Fidelis Schey), autre spécialiste de la marqueterie Boulle, et par le second mariage de celle-ci, il était le demi-frére de Jacques Dubois (1694-1763, pére de Louis et René Dubois, maitres en 1755, et beau-pére de Jean Goyer), etc. C'est chez Noél Gérard que se forma Jacques Dubois dont nous retrouvons l'estampille sur notre bureau. Il ne prit la maitrise qu'en 1742 (â 48 ans) ce qui incline à penser, avec A. Pradére, qu'il travailla dans l'atelier de son demi-frére ou comme ouvrier libre dans le faubourg Saint-Antoine lui revendant des piéces. La construction du bâti reste assez frustre, dans la tradition de la menuiserie louis-quatorzienne. Le dessin ne correspond pas à des modéles connus, mais s'en approche, avec des emprunts manifestes, sans chercher la copie. Là où Boulle accolait les tiroirs, un bandeau les sépare, solution de continuité qui crée un équilibre en façade, créant un rythme particulier. L'élégance avec laquelle le piétement, au galbe prononcé, est traité, la sobriété du plateau simplement ceinturé d'un astragale amati, affirme la maitrise de la conception, comme la virtuosité de la marqueterie qui a gardé la fleur de sa gravure du laiton simplement verni. Si les bronzes de notre bureau ne semblent pas appartenir au répertoire de Boulle, on sait pourtant que Gérard en acquit un stock aprés sa mort. Les masques de Démocrite placés sur les côtés sont en effet une reprise un peu affadie d'un modéle de poignée du maitre. Aux angles, les tétes de femmes aux longues tresses, une marguerite épanouie au front, paraissent d'un esprit plus Régence que celles habituellement rencontrées sur les bureaux de Boulle, aux deux boucles paralléles caractéristiques. L'aréte des pieds est protégée par une tige de bronze à motif de quadrillage fleuri que l'on retrouve fréquemment chez Dubois ou chez Gérard. Probablement exécuté tôt dans la carriére de Dubois, notre bureau se dégage harmonieusement des modéles d'André-Charles Boulle, sans les renier. Les canons édictés par le maître sont ici respectés, mais dans un esprit plus léger, conférant à notre meuble une grâce juvénile.
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Mobilier classique
À propos de la vente
Catalogue
26/09/2012
Proposé par Europ Auction
01 42 46 43 94