Lot 51
Zao WOU-KI «9.4.66», 1966 Huile sur toile signée en bas à droite, contresignée, dédicacée et datée 9.4.66 au dos 22,5 × 27,5 cm Provenance : - Collection Manuel Muller, Lausanne - Soka Art Center, Taipei - Galerie Hopkins Custot, Londres Pour saisir toute l´intensité et la force de la peinture de Zao Wou-Ki, il faut remonter à ses origines familiales datant de l´époque Song entre le Xe et le XIIe siècle de notre ère, période unanimement reconnue comme un des sommets de la peinture et de la calligraphie chinoise mais également ère de raffinement extrême concernant la virtuosité atteinte dans la connaissance de la technique de la porcelaine et dans sa réalisation. De cette culture et de son imprégnation ne pouvait nous venir d´Extrême Orient, du pays de « la feuille d´érable rouge », conte chinois, qu´un tout jeune peintre arrivé au début des années 1950 à Paris, carrefour et creuset cosmopolite et international du rayonnement artistique mondial. Paris et la France, Capitales des Arts depuis le XIXème siècle, attirent de nombreux talents. Il a été souvent répété que l´œuvre du Chinois opérait une synthèse miraculeuse entre l´Occident et l´Orient ce qui est exact au regard des techniques et matériaux utilisés l´huile et la toile ainsi que pour la connaissance qu´il eut de grands peintres et théoriciens occidentaux comme Cézanne ou Klee qui le marquèrent profondément. Il apporta de Chine l´idée que la manière de tracer un signe importe davantage que sa réalisation, un point suggéré tel « un grain de sable (est) miroitement de l´infini » (Edmond Jabès) tandis que trop de matière masque le vide et sature l´espace comme la pensée. « Trop montrer n´est pas trop voir, trop musclé n´est pas musclé » dit-il, « la grande peinture est sans image » (Lao Tseu). Il démontra aux Occidentaux que dans le vide réside l´essence comme l´infini, que le plein n´est point le Tout et que dans le « rien » on trouve l´espace du possible et l´espace du pensable. L´infiniment petit renvoie à l´infiniment grand : entre une planète et la galaxie et la vision microscopique d´une cellule du corps humain, tout n´est qu´une question d´échelle. Tout est Rien et Rien est Tout. Marqué par l´esprit des grands maîtres de la peinture et de la calligraphie de l´époque Song, il en développe l´âme et en poursuit l´éveil. Pour Zao Wou-Ki comme pour Lao -Tseu, la « lumière diffuse demande au néant sa forme ». «9.4.66» retranscrit matérialisation du souffle et miroitement de l´infini, nous fait voir, percevoir «la force de l´infiniment petit face à la fragilité de l´illimité » (Mark Tobey) : le souffle et la lumière, une rencontre de forces et de formes contrariées ou contraires qui se cristallisent en un instant sur et dans l´espace de la toile. Le peintre chinois nous fait prendre conscience : Qu´est-ce donc que la peinture si ce n´est l´orchestration d´un flux et reflux de forces et de formes, de rythmes et de couleurs, de suggestions et d´apports, de retranchements comme d´avancées qui doivent se rassembler en un moment donné pour atteindre une certaine harmonie Mais cet équilibre doit rester fragile sinon il ne vaudrait pas la peine d´être recherché parce qu´une fois trouvé, il n´a plus lieu d´être. Voir dans la peinture du Maître chinois, comme dans le poème de Baudelaire «Elévation» des étangs, des vallées, des montagnes, des bois, des nuages, des mers serait à la fois trop peu et trop fort. Trop peu car dans ce voyage baudelairien ascensionnel et horizontal ou vertical avec « le soleil, les éthers les confins des sphères étoilées », ce serait limiter ou bêtement illustrer la peinture de Zao donc en réduire sa force et sa portée. Et trop fort parce qu´il ne s´agit pas d´illustrer des vers aussi flamboyants fussent-il par une ou plusieurs images picturales de la même intensité. Libre bien évidemment au spectateur d´y voir, d´y projeter ce qu´il ressent. C´est justement la grandeur d´une peinture comme celle de Zao Wou-Ki d´être « sans os », sans image : libre à chacun d´y inscrire des sens ou sensations qui se font ou se défont, s´y lient ou s´y délient en fonction des aléas de chaque vie, du temps qu´il fait, de l´humeur. Sa peinture est à la fois confluence et conflagration du concret et de l´abstrait, du terrestre et du céleste, de la matière et de l´esprit.
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Catalogue
14/12/2014
Proposé par Maître DE CRISNAY
01 39 50 69 82