Lot no. 57
57suite : Wifredo LAM 1902-1982
SANS TITRE, 1942
En 1938, âgé de trente-six ans et muni d'une lettre de recommandation du sculpteur Manolo Hugué, Wifredo rencontre Picasso dont il devient aussitôt l'ami. “Même si tu n'étais pas venu avec la lettre de Manolo dans ta poche, lui dit Picasso, je t'aurais vu dans la rue et je me serais dit : je veux être l'ami de cet homme”.
Picasso l'introduit dans la cour des grands peintres, Miró, Léger, Matisse, Braque… et dans celle des marchands de renom, Pierre Lœb et Henri Kahnweiler. Lors de son séjour de deux années à Paris (1938-1940), Lam visite Picasso, voit ses tableaux et travaille avec lui. En 1939, la Perls Gallery les réunit à New York dans une exposition commune. Une amitié réelle et une admiration commune s'instaurent entre les deux artistes, Picasso ayant sur la peinture du jeune cubain une influence pour le moins certaine, voire évidente.
En effet, durant les années 1938-1940, Picasso peint une série de toiles avec pour sujet Dora Maar assise dans un fauteuil, ou chaise, dont on voit le dossier. On peut citer, par exemple, Femme assise (27 avril 1938), encre, gouache et craies de couleur sur papier (Collection Beyeler, Zervos IX, 133), Femme assise sur une chaise (7 mai 1938) huile sur toile (Zervos IX 145), Dora Maar assise (13 mai 1938) (fig. 1) ou Le chandail jaune (31 octobre 1939) huile sur toile (collection Berggruen) etc...
“Rigidité de sphinx, stricte frontalité, [...] volumes géométriques mis en relief par des entrelacs de cernes noirs”, écrit Brigite Léal sur ces œuvres. On pourrait en écrire tout autant sur Untitled, en ajoutant le terme asexué.
Lorsque Lam exécute Untitled en 1942, il a depuis deux ans quitté Paris pour Cuba, son île natale, non sans avoir, avant son départ, confié son atelier à Picasso. Entre 1940 et 1942, il transcrit dans sa peinture ses douleurs personnelles et celles du monde en guerre. Pour la première fois il éprouve le désir de montrer ses propres états d'âme. Il “synthétise ses sentiments” en peignant des personnages isolés, muets, hiératiques, immobiles dans leur douleur. Ces personnages sont toujours des femmes, de face, en buste, souvent assises sur une chaise ou dans un fauteuil dont on voit le dossier. La réminiscence des œuvres picassiennes dans l'expression picturale de Lam est visible, mais il est intéressant de noter que les sentiments qui animent les deux hommes sont d'ordre différents : Picasso peint une femme, une femme qui pleure car Dora pleure souvent, Lam la désespérance.
José Allyon écrit au sujet de ces portraits, dont Untitled, l'un des derniers peints : “L'austérité de l'image est accentuée par la sobre utilisation de la couleur. La souffrance fut rarement représentée avec aussi peu de moyens, avec autant de vraisemblance et de conviction plastique”.
L'artiste, mûri par ses expériences stylistiques et porté par son retour au pays, est en état de grâce. Untitled entre dans cette série magnifique, celle qui précède le grand moment durant lequel Wifredo Lam va exécuter La Jungle.
Bibliographie :
Max-Pol Fouchet, Wifredo Lam, Éditions Cercle d'Art, 1976 ;
1983, Paris, Musée d'art moderne de la Ville, Wifredo Lam (Texte de José Ayllon Lam, un peintre prédestiné) ;
Lou Laurin-Lam, Wifredo Lam, Catalogue raisonné of the Painted Work, vol.1, Acatos, 1996 ;
Picasso et le portrait, Texte de Brigitte Léal, “Per Dora Maar tan rebuffon”*, Réunion des musées nationaux, Flammarion, 1996.
* en catalan : “Pour Dora Maar si charmante”.
95 000 / 120 000 €
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Old paintings
About the sale12/08/2003
Catalog
Art Moderne - Part I Dont Ensemble d'Oeuvres d'Otto Freundlich
75008 Paris - France